Après une décennie à la tête du Bénin, le président Patrice Talon s’apprête à céder le pouvoir ce dimanche 24 mai 2026. Alors que les adieux et le bilan commencent dans la capitale, le dirigeant sortant a présidé son dernier conseil des ministres mercredi, tandis que le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji, tenait une ultime conférence de presse. Il y a abordé la question des licenciements à la radio, défendu avec vigueur le bilan politique de Talon et refusé de qualifier les opposants emprisonnés de « prisonniers politiques ».
Premier point à l’ordre du jour : le licenciement de 169 employés de la Radio-Télévision du Bénin (SRTB), effectif depuis le 13 mai 2026.
Houngbédji a renvoyé les journalistes à la direction de la chaîne pour obtenir des explications détaillées, tout en déplorant que les personnes concernées n’aient été informées qu’au dernier moment.
« Humainement, c’est déplorable », a-t-il reconnu.
« Nous n’avons pas 500 ans de démocratie » — Le bilan de Talon défendu
Concernant l’héritage de Talon — qui sera transmis à Romuald Wadagni le 24 mai —, Houngbédji a dressé un tableau positif, en passant en revue les principales réformes économiques.
Interrogé sur les réformes politiques régulièrement contestées par l’opposition, il a fermement défendu son point de vue : « Nous n’avons pas cinquante ans de pratique démocratique continue au Bénin. Les pays occidentaux appliquent la démocratie différemment. Les principes sont les mêmes. Nous devons les adopter et les adapter. Il était inutile pour nous d’imiter ce que d’autres font depuis 300, voire 500 ans.»
Grâce présidentielle ? « En 96 heures, tout peut arriver »
Interrogé sur la possibilité d’une grâce présidentielle avant dimanche pour des figures de l’opposition détenues comme Reckya Madougou, Joël Aïvo et Olivier Boko, Houngbédji a répondu de manière sibylline : « En 96 heures, tout peut arriver, y compris des choses que l’on n’espère pas, et d’autres que l’on espère ne se réaliseront peut-être pas. » Il a ajouté : « Ce sont des acteurs politiques emprisonnés pour divers délits. Cela ne fait pas d’eux des prisonniers politiques. »
Redressement économique : De 3,3 % à 7,5 % de croissance
Derrière les tensions politiques se cache une transformation économique indéniable.
Lorsque Talon a pris ses fonctions en avril 2016, le Bénin était dans une impasse : croissance irrégulière, déficits importants et climat des affaires peu attractif.
Entre 2016 et 2024, la croissance du PIB est passée de 3,3 % à 7,5 %. Même pendant la pandémie de Covid-19, le pays a maintenu une croissance positive de 3,8 %.
L’inflation a été maîtrisée à 2,2 % en 2024, tandis que la dette publique, estimée à 52,4 % du PIB en 2025, demeure nettement inférieure au seuil régional de 70 %.
Le déficit budgétaire, qui s’élevait à 6 % en 2015, devrait se réduire à 2,9 % en 2025.
Le ratio impôts/PIB est passé de 13 % à 15,5 % entre 2017 et 2024.
Rehaussement de la notation souveraine, levée de 1 milliard d’euros
En 2024, Standard & Poor’s a relevé la notation du Bénin à BB- avec une perspective stable. En mars 2025, Fitch a confirmé sa notation à B+.
En janvier 2025, le Bénin a levé un milliard d’euros et de dollars, répartis entre 500 millions de dollars via une obligation en euros à 16 ans et 500 millions d’euros sous forme de prêt structuré garanti par l’IDA, une première mondiale.
Le 3 avril 2025, le Trésor béninois a levé plus de 20 milliards de francs CFA sur le marché de l’UEMOA, avec un taux de couverture supérieur à 400 %.
À la tête du gouvernement se trouve Romuald Wadagni, désigné meilleur ministre des Finances d’Afrique fin 2024.
GDIZ : 14 000 emplois et un nouveau modèle industriel
La Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ), lancée en 2021, a créé plus de 14 000 emplois et attiré des investisseurs d’Asie, d’Europe et du Moyen-Orient.
Le Bénin se repositionne comme un acteur de transformation industrielle plutôt que comme un simple exportateur de matières premières, rompant ainsi avec le modèle traditionnel du continent, souvent qualifié de « maladie hollandaise ».
Bilan social : 1,2 million d’élèves, scolarité gratuite pour les filles
Le programme Aqua-Vie a amélioré l’accès à l’eau potable.
Le Programme national intégré d’alimentation scolaire (PNASI) couvre désormais plus de 1,2 million d’élèves.
La scolarité gratuite pour les filles a été étendue jusqu’à la fin du premier cycle du secondaire et sera déployée à l’échelle nationale à partir d’octobre 2024. Le taux d’électrification rurale atteint 36 %, contre 69 % en zone urbaine.
« Une méthode sans effets de manche »
Alors que Talon quitte ses fonctions, une question se pose : sa méthode technocratique, axée sur les résultats, survivra-t-elle à son départ ?
En dix ans, le Bénin a jeté les bases d’un avenir différent. La question est maintenant de savoir qui perpétuera cet héritage.




