La Guinée-Bissau s’est prononcée dimanche par référendum sur un projet de nouvelle constitution renforçant considérablement les pouvoirs présidentiels et réduisant la taille du Parlement. Ce scrutin est perçu comme un test pour le gouvernement militaire, qui souhaite remodeler le système politique avant les élections prévues en décembre.
Le référendum propose de remplacer le système semi-présidentiel actuel par un modèle présidentiel renforcé, conférant au chef de l’État une autorité accrue sur le pouvoir exécutif.
Selon le projet de constitution, le président dirigerait le Conseil des ministres et aurait le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre. Le nombre de parlementaires passerait de 102 à 65, et celui des circonscriptions électorales de 29 à 12.
Les partisans du gouvernement affirment que ces changements permettraient d’endiguer les conflits récurrents entre la présidence, le gouvernement et le Parlement, qui ont contribué à l’instabilité politique.
Le général Tomás Djassi, chef d’état-major des armées, a défendu les réformes, expliquant que la constitution visait à clarifier la hiérarchie des pouvoirs et à prévenir les conflits répétés entre le président et le Premier ministre.
L’opposition appelle au boycott
L’opposition a rejeté les modifications proposées et exhorté les électeurs à boycotter le référendum.
Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) a déclaré que le projet de constitution affaiblirait le Premier ministre, le Parlement et les partis politiques, et concentrerait trop de pouvoir entre les mains de la présidence.
Des critiques remettent également en question la légitimité des autorités de transition à réécrire la constitution, arguant qu’un gouvernement militaire ne devrait pas apporter de changements fondamentaux au système politique.
L’analyste politique Paulino Quadé s’est interrogé sur l’identité des rédacteurs du document et sur les intérêts qui bénéficieraient finalement de ces réformes.
Participation estimée à plus de 55 %
Malgré les appels au boycott, la Commission électorale nationale a indiqué que la participation pourrait dépasser 55 %.
Le secrétaire général de la Commission, Idriça Djaló, a déclaré que le vote s’était déroulé dans le calme et sans incident majeur. Il a fait état d’une forte participation dans des régions comme Bafatá, Gabú et Oio, tandis que la participation était plus faible dans certains quartiers de la capitale, Bissau, et dans d’autres zones.
La commission a indiqué que des difficultés logistiques et organisationnelles avaient été signalées dans certaines localités, mais qu’elles avaient été progressivement résolues.
Le vote devait se terminer à 17 heures, après quoi le dépouillement et la centralisation des résultats commenceraient. La commission électorale a précisé que les résultats préliminaires pourraient être disponibles sous trois à sept jours.
Transition suite à une élection contestée
Ce référendum intervient moins de quatre mois avant l’élection présidentielle prévue le 6 décembre, qui vise à rétablir un régime civil après le dernier coup d’État militaire.
L’armée a pris le pouvoir le 27 novembre 2025, trois jours après une élection présidentielle contestée au cours de laquelle le président sortant Umaro Sissoco Embaló et le candidat de l’opposition Fernando Dias ont tous deux revendiqué la victoire.
L’armée a suspendu le processus électoral et installé un gouvernement militaire dirigé par le général Horta N’Tam.
Le coup d’État a aggravé la crise démocratique en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays sont tombés sous le joug militaire ces dernières années.
Longue histoire d’instabilité politique
Depuis son indépendance du Portugal en 1973, le pays a connu de nombreux coups d’État et tentatives de coups d’État.
Son instabilité politique est également liée à une pauvreté endémique et à son rôle de plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe.
La Banque mondiale indique que le pays possède d’abondantes ressources naturelles par rapport à sa population, pourtant plus de la moitié de ses quelque 2,2 millions d’habitants vivent dans la pauvreté.
Les citoyens restent divisés
Certains habitants se disent plus préoccupés par la stabilité politique et les conditions de vie que par la réforme constitutionnelle.
Bacar Camará, professeur de lycée, estime que les autorités de transition devraient plutôt se concentrer sur la réconciliation et l’instauration d’un climat politique plus favorable.
Carolina Djeme, une autre habitante de Bissau, a déclaré qu’elle voterait contre la nouvelle constitution car elle n’en connaissait pas suffisamment le contenu pour la soutenir.
Les partisans de la réforme affirment toutefois que la concentration du pouvoir exécutif pourrait réduire les conflits institutionnels et instaurer un système politique plus stable.
Le résultat du référendum déterminera désormais si ces changements proposés entreront en vigueur, alors que le pays se dirige vers un retour prévu à un régime civil en décembre.




