Gouvernance, légitimité, partenariats et influence mondiale façonneront les perspectives politiques de l’Afrique en 2026, selon un nouveau rapport phare publié à l’issue d’un forum de haut niveau de deux jours à Bruxelles.
Le rapport d’Africa Political Outlook (APO), intitulé « Rapport sur l’état de la gouvernance en Afrique : les forces de l’avenir », examine les tendances politiques, les défis de la gouvernance et les perspectives de stabilité sur le continent, dressant un tableau prometteur mais fragile.
« Nous pensons qu’il existe des tendances positives en matière de gouvernance en Afrique, et nous pensons qu’il est important de les mettre en lumière. Il faut en parler », a déclaré Viwanou Gnassounou, présidente du Conseil consultatif d’APO.
« Dans nos rapports, nous pointons du doigt les aspects du continent où nous pensons pouvoir faire beaucoup mieux. Notamment les élections », a ajouté Mme Gnassounou.
« Oui, des élections se sont déroulées de manière équitable le jour du vote. Mais si l’on considère l’ensemble du processus, il existe un moyen d’éliminer certains candidats relativement légalement, ce qui ne garantit pas une élection véritablement équitable », a-t-il ajouté. « Si vous aspirez à une réelle légitimité et si vous voulez que vos citoyens aient le sentiment d’être représentés, veillez à ne pas susciter de frustration ni l’impression que leurs problèmes ne sont pas pris en compte. »
Le rapport souligne que 15 élections sont prévues en Afrique cette année, ce qui constitue un test crucial pour déterminer si les pays sont capables d’évoluer vers des processus électoraux plus crédibles, pacifiques et inclusifs.
Selon l’APO, la crédibilité du cycle électoral de 2026 dépendra largement de la capacité des institutions électorales à renforcer la transparence et la confiance du public.
Tensions géopolitiques : une opportunité de réforme
Lors du Grand Dialogue du forum, les dirigeants et les décideurs politiques ont décrit un contexte international fragmenté où les tensions géopolitiques redéfinissent les alliances et les priorités. Ils ont toutefois souligné que la situation actuelle offre également des opportunités de réforme et de progrès, comme l’ont fait remarquer les ministres zambien et guinéen.
Le ministre zambien des Affaires étrangères, Mulambo Haimbe, a déclaré qu’il était nécessaire de déployer des efforts plus importants et concrets en matière d’intégration et d’investissement. Il a souligné que la ZLECAf et ses principes n’étaient pas encore pleinement intégrés dans le domaine du commerce, des obstacles persistant. Selon lui, cette situation n’est pas viable dans le contexte géopolitique actuel.
D’après M. Haimbe, l’Afrique doit également s’engager pleinement dans les réformes. « Pour sortir des sentiers battus et aborder les questions de gouvernance et de gestion des affaires dans nos pays respectifs de manière à favoriser l’émergence des idées que nous proposons, nous devons parler d’une seule voix », a-t-il affirmé.
« Il est contre-productif pour moi, en Zambie, de tenir un discours différent de celui tenu au Bénin. Nous devons parler d’une seule voix, d’un commun accord. Et bien sûr, nous devons également comprendre que les partenariats sont essentiels. »
Pour la Guinée, si les rapports sont importants, l’expérience récente du pays démontre comment la discipline, la bonne gouvernance et l’état de droit peuvent être des moteurs de changement, faisant d’elle l’une des réussites émergentes du continent.
« La Guinée a élaboré un plan de développement économique sur 15 ans, articulé autour de cinq piliers principaux et d’un ensemble de mesures incitatives », a déclaré le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaïl Nabé.
Ce plan de 200 milliards de dollars, baptisé projet Simandou 2040, vise à transformer la Guinée en une économie industrialisée grâce aux revenus tirés des plus importants gisements de minerai de fer inexploités au monde. La première phase majeure s’étend de 2025 à 2030.
L’Afrique, « plus influente que jamais sur la scène internationale »
Concernant la place de l’Afrique dans les affaires mondiales, le rapport « Forces de l’avenir » constate que le continent pèse plus lourd dans la prise de décision internationale qu’il ne l’a jamais été depuis l’indépendance.
Cependant, le rapport souligne que peser lourd ne signifie pas nécessairement être influent et exhorte les gouvernements et les institutions à faire des choix résolument conformes aux intérêts de l’Afrique, « des choix qui préservent la légitimité institutionnelle, la souveraineté fiscale et l’autonomie de développement à long terme ».
Concernant les partenariats, le rapport conclut que la Chine demeure le principal partenaire économique de l’Afrique et son premier partenaire commercial bilatéral, mais souligne que cette relation entre dans une phase qualitativement différente.
Selon Adebissi Djogan, fondatrice et directrice générale, l’ère des bailleurs de fonds étant révolue, « l’avenir dépendra non pas de ce que le monde offre à l’Afrique, mais de ce que l’Afrique exigera d’elle-même et des forces capables de façonner son destin ».
Le rapport de l’APO dresse un tableau éloquent des perspectives du continent africain en 2026 : ni marginales, ni passives. « Elles sont disputées, convoitées et porteuses de conséquences », y est-il indiqué.
Notre journaliste rapporte que « Forces de l’avenir » décrit un continent sous pression, mais aussi en pleine transition. Lors du forum de Bruxelles, des experts, analystes et dirigeants ont souligné que, si les défis en matière de gouvernance s’intensifient, la demande de réformes croît également, notamment parmi les jeunes générations qui, de plus en plus engagées, impulsent le changement et redessinent les débats politiques à travers l’Afrique.
Reportage de Jerry Fisayo-Bambi pour Africanews. | Africa News




