Des cuves et des chaudrons de produits chimiques ont été retrouvés dans un hangar abandonné, dissimulé dans une forêt nigériane : vestiges d’un important trafic de méthamphétamine transnational, estimé à plusieurs millions de dollars.
Mercredi, les autorités ont démantelé ce laboratoire rudimentaire de fabrication de méthamphétamine, après qu’un procès impliquant trois ressortissants mexicains se soit tenu sur place pendant une journée la semaine dernière.
L’AFP s’est rendue sur les lieux, dans l’État d’Ogun, au sud-ouest du pays, en compagnie d’agents de l’Agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA). Ces derniers avaient dépêché un soudeur et un charpentier locaux pour démanteler les cuves et le matériel de filtration utilisés pour la fabrication de la drogue.
Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante du trafic de drogue en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Europe, principalement de la cocaïne.
Mais ce coup de filet, qui a permis de démanteler le plus grand laboratoire de ce type jamais découvert au Nigeria, laisse présager l’implication des cartels mexicains dans le pays, selon les autorités locales. « Quant à notre capacité à lutter contre le cartel… oui, nous sommes prêts », a déclaré à l’AFP James Taalba, commandant adjoint de la brigade des stupéfiants de la NDLEA.
« Nous avons des personnes capables de maîtriser une telle situation.»
Le laboratoire était situé sur un terrain d’environ 4 000 m² dans une forêt à la frontière des villages d’Abidagba et d’Iroto.
En mai, les autorités ont arrêté dix personnes, dont sept Nigérians, et ont mené un raid sur le laboratoire, ainsi que sur deux propriétés résidentielles dans un quartier huppé de Lagos. Elles ont saisi pour 360 millions de dollars de méthamphétamine et les produits chimiques nécessaires à sa fabrication.
La procédure judiciaire est toujours en cours, devant les tribunaux de Lagos.
Le tribunal a ordonné le démantèlement du laboratoire pour des raisons environnementales, a indiqué Patricia Afolabi, directrice du service médico-légal de la NDLEA, évoquant la pollution des eaux souterraines et de l’air causée par les produits chimiques utilisés pour la fabrication de la drogue.
Des barils de produits chimiques et des produits partiellement finis ont été laissés dans le hangar comme preuves, dégageant encore des vapeurs suffocantes lors de la visite de l’AFP.
Trafic international, production locale
Les ports d’Afrique de l’Ouest sont devenus des points d’escale populaires pour les cargaisons transcontinentales de cocaïne à destination de l’Europe, et une partie de la contrebande se retrouve sur les marchés locaux de la drogue – un phénomène que les services de santé de la région, sous-financés, peinent à gérer.
D’autres substances comme la méthamphétamine peuvent être produites localement.
Les saisies de méthamphétamine et les descentes dans les laboratoires clandestins au Nigéria sont en augmentation depuis environ 2011, selon un rapport de 2019 de l’Institute for Security Studies, alors que des spécialistes latino-américains exportent leur expertise dans le pays.
Un autre ressortissant mexicain a été arrêté lors d’un coup de filet contre un laboratoire de méthamphétamine en juin, dans l’État d’Oyo.
Florence Banjo, une agricultrice locale, a déclaré que l’odeur nauséabonde provenant du laboratoire de méthamphétamine parvenait parfois jusqu’à son village voisin d’Abidagba, situé à environ un kilomètre.
Bien que des terres agricoles s’étendent jusqu’à moins de 500 mètres du site, le laboratoire était dissimulé par la forêt.
Banjo pensait que l’odeur provenait d’une porcherie ; elle n’aurait jamais imaginé qu’elle puisse venir d’un laboratoire de méthamphétamine.
L’activité intense et les travaux de construction autour du site lui avaient d’abord donné de l’espoir.
« On avait entendu des rumeurs selon lesquelles ils allaient y construire un lotissement, et j’étais contente qu’ils aient enfin goudronné la route qui mène à notre village », a déclaré cette femme de 59 ans à l’AFP.




