Du XVe siècle à nos jours, la ville de Tombouctou[1] n’a cessé de susciter les convoitises commerciales, culturelles et religieuses. Située aux confins du Sahara et du Sahel, elle s’est imposée comme l’un des plus prestigieux centres intellectuels de l’Afrique de l’Ouest. Grâce à ses mosquées-écoles[2] et à ses nombreuses bibliothèques privées, qui conservaient d’importantes collections d’ouvrages, en particulier autour de la mosquée de Sankoré[3], la cité accueillait des savants et des étudiants venus de tout l’Afrique de l’Ouest pour approfondir leurs connaissances en droit, en théologie, en littérature, en astronomie, en médecine et dans les sciences islamiques. Tombouctou devint ainsi un véritable carrefour du savoir, où circulaient les hommes, les idées et les livres[4].
Tombouctou atteignit son apogée politique, économique et intellectuelle au XVIᵉ siècle, sous l’Empire songhaï[5]. Sa prospérité, fondée sur le commerce transsaharien de l’or, du sel et d’autres marchandises, s’accompagnait d’un rayonnement intellectuel exceptionnel, qui lui valut des surnoms évocateurs tels que « Perle du désert » ou « Légende du Sahara ». Selon certaines sources historiques, au milieu du XVIᵉ siècle, la ville comptait environ 25 000 élèves répartis dans 180 écoles, pour une population estimée à 100 000 habitants[6]. Les récits des voyageurs arabes[7], puis surtout européens[8], contribuèrent à forger une image presque mythique de cette cité lointaine, présentée comme une métropole très prospère où l’or était si abondant qu’elle était considérée comme l’une des villes les plus riches du monde de son époque[9].
Le voyageur et géographe Léon l’Africain[10], qui visita la ville au début de ce siècle, souligne l’importance et la prospérité de ce commerce. Les manuscrits étaient importés d’Afrique du Nord et d’Égypte, tandis que les pèlerins revenant de La Mecque profitaient souvent de leur séjour dans les grands centres intellectuels, notamment au Caire, pour copier ou acquérir à des prix exorbitants des ouvrages qu’ils rapportaient ensuite afin d’enrichir leurs bibliothèques personnelles[11].
Toutefois, les érudits de Tombouctou, et plus largement ceux de l’Afrique de l’Ouest, ne se sont pas contentés de copier ou de transmettre les ouvrages provenant du monde arabe. Ils ont également développé une production intellectuelle abondante et originale dans des domaines variés, contribuant ainsi à l’enrichissement du patrimoine scientifique et culturel islamique et mondial. Pourtant, cette contribution demeure encore largement sous-estimée, voire marginalisée, tant dans les milieux académiques contemporains que dans une partie du monde arabo-musulman.
Malgré l’importance de ce patrimoine exceptionnel et la renommée de Tombouctou pour ses manuscrits, celui-ci demeure largement méconnu du grand public. Cette situation soulève plusieurs interrogations : qui connaît véritablement la ville aux 333 saints ? Qui sait que ses manuscrits constituent l’une des plus importantes collections documentaires d’Afrique ? Quels domaines du savoir couvrent-ils ? Quels témoignages apportent-ils sur l’histoire, la culture et les civilisations de l’Afrique de l’Ouest ? Et face aux menaces qui pèsent sur ce patrimoine fragile, comment assurer sa préservation, sa valorisation et sa transmission aux générations futures ?
Tombouctou : un demi-million de manuscrits au cœur du Sahara.
Parmi les trésors qui ont traversé les siècles, les manuscrits de Tombouctou occupent une place unique. Répartis dans de nombreuses bibliothèques familiales, ils sont aujourd’hui estimés entre 300 000 et 500 000 documents, rédigés ou copiés entre le XIIIe et le XIXe siècle. Ces manuscrits en arabe couvrent un éventail remarquable de disciplines : études religieuses, sciences humaines et sociales, linguistique, biologie, astronomie, mathématiques, littérature, poésie, commerce ou encore la diplomatie, etc. Ils témoignent de l’intensité des échanges intellectuels entre l’Afrique sahélienne, le Maghreb, l’Égypte et le reste du monde islamique, tout en révélant l’originalité de la production scientifique des savants africains.
Les manuscrits de Tombouctou présentent d’ailleurs des caractéristiques matérielles qui les distinguent des ouvrages européens de la même époque. Ils se composent généralement de feuillets séparées, souvent non reliés, soigneusement conservés dans des pochettes ou des étuis en cuir, les pages comportent des réclames (raqqas[12]) en bas de page, destinées à faciliter l’assemblage du livre. Cette particularité témoigne de la remarquable maîtrise des textes par les Ulémas, les copistes et les étudiants, qui mémorisaient souvent les œuvres qu’ils copiaient ou enseignaient. De nombreux manuscrits sont également enrichis de notes marginales, de commentaires, de gloses, d’actes de propriété ou de mentions de la vie quotidienne. Ces annotations constituent aujourd’hui une source historique de premier ordre, offrant un témoignage précieux sur la vie intellectuelle, sociale, économique et religieuse de Tombouctou à travers les siècles.
Entre mythe et réalité, les manuscrits de Tombouctou ne sont donc pas seulement les vestiges d’un passé prestigieux ; ils incarnent la mémoire vivante d’une tradition savante africaine qui a profondément marqué l’histoire intellectuelle du continent et du monde islamique. Les étudier, c’est redécouvrir une page essentielle de l’histoire universelle, longtemps négligée, mais dont la portée dépasse largement les frontières du Sahara.
Tombouctou et ses manuscrits : une encyclopédie des sciences.
Les manuscrits conservés à Tombouctou, mais également dans d’autres grands centres de savoir du Sahara et du Sahel tels que Chinguetti, Oualata, Djenné[13] ainsi qu’au sein de certaines tribus du bassin du Niger,[14] témoignent de l’existence d’une vaste tradition intellectuelle qui s’est développée entre le XIIIe et le XIXe siècle. L’ensemble de ces collections révèle l’importance de l’écrit dans les sociétés savantes de l’Afrique sahélienne et illustre l’émergence d’une véritable culture du livre.
La théologie, la jurisprudence islamique (fiqh), l’exégèse coranique (tafsir) et le mysticisme (tasawwuf) occupent une place prépondérante dans ces manuscrits. Les Ulémas y recherchent des réponses aux transformations politiques, sociales et spirituelles que connaît alors la région, en s’appuyant sur le Coran, les hadiths et les grands auteurs de la tradition islamique. Toutefois, cette prédominance des sciences religieuses ne doit pas masquer la diversité des savoirs cultivés à Tombouctou.
Les manuscrits révèlent également un intérêt marqué pour la philosophie, la logique et les débats intellectuels. L’historien John Hunwick[15] a notamment mis en lumière un manuscrit intitulé Al-Futuḥat al-Rabbaniyya, rédigé au début du XIXe siècle par le neveu du célèbre cheikh Mohammed Bello[16], qui témoigne de la vitalité de la réflexion philosophique dans la région. Un autre érudit tombouctien a écrit vers 1828 un ouvrage de philosophie, consacré à
« l’évaluation critique de la conception de la vie chez les matérialistes, les naturalistes et les physiciens avec des considérations sur la nature transitoire du monde, l’existence ou la non-existence de l’esprit et la nature des sphères célestes.[17]»
Le patrimoine scientifique constitué à Tombouctou présente une autre caractéristique remarquable : il est profondément mobile. Les manuscrits circulent constamment grâce aux réseaux commerciaux, aux pèlerinages et aux échanges entre savants. Des ouvrages venus du Caire, de La Mecque, de Fès, de Tlemcen, de Gao, d’Araouane, du Bornou ou encore de l’Andalousie rejoignent les bibliothèques de Tombouctou, tandis que des copies réalisées par les copistes locaux diffusent les productions intellectuelles de la cité à travers le monde islamique. Cette circulation permanente des textes favorise les échanges d’idées et l’enrichissement mutuel des traditions savantes.


Les collections témoignent également de l’étude des auteurs de l’Antiquité grecque, dont les œuvres étaient connues par leurs traductions arabes et intégrées depuis plusieurs siècles dans la philosophie islamique. Les savants de Tombouctou lisaient ainsi, commentaient et transmettaient des textes issus de cette tradition, aux côtés des grands penseurs musulmans[18]. Au-delà des ouvrages importés, une part importante des manuscrits reflète une production intellectuelle propre aux érudits de Tombouctou. Les domaines abordés sont particulièrement variés et ne se limitent pas aux sciences religieuses : l’histoire, la littérature, la poésie, la médecine, l’astronomie, les mathématiques, la grammaire, la philologie, la géomancie, la chimie ou encore la météorologie.
Parmi ces œuvres figurent plusieurs traités remarquables. L’un d’eux, rédigé au XIVe siècle, est consacré aux phénomènes naturels, aux reliefs et aux manifestations climatiques extraordinaires. La tradition l’associe à une lignée de savants de la région, parmi lesquels le célèbre Sherif Sidi Yahya[19], dont la mosquée demeure l’un des principaux monuments historiques de Tombouctou.
Dans le domaine de la médecine, les découvertes faites dans des manuscrits remontant à la deuxième partie du XIVe siècle[20] montrent un degré certain dans l’art de soigner comme dans celui de pratiquer la chirurgie. On apprend ainsi qu’un certain Ibn Hayttham rédigea un document décrivant l’opération de la cataracte selon les méthodes inspirées de l’ophtalmologue Al-Ghafiqi de Cordoue au XIIe siècle. On découvre que, dès le XIIIe siècle, le traitement par les plantes était monnaie courante pour guérir les maladies tropicales[21].
Ce que l’on sait moins, c’est que la récurrence locale de la médecine a permis à certains praticiens de se faire un nom. C’est le cas d’un certain Aben Ali, médecin formé à l’université de Sankoré à Tombouctou, qui suivra son maître Ysalguier[22] installé à Gao mais originaire de Toulouse, cité qu’il retrouvera à la fin de sa vie. Il ira s’y installer en 1419 et restera dans l’histoire pour avoir, en cinq jours à peine, sauvé de la fièvre jaune le futur Charles VII alors que les médecins du roi l’avaient condamné[23].
Les collections comprennent également un traité d’astronomie rédigé selon la tradition saharienne, aujourd’hui conservé au Centre Ahmed Baba[24], ainsi que plusieurs copies de traités composés entre le XIe et le XVIIe siècle portant sur la géomancie, la philologie et certaines pratiques de la chimie ancienne. « il existe un manuscrit, conservé au centre Ahmed Baba, faisant état de la préparation de composés chimiques à base de plomb et d’arsenic rouge[25] ».
L’ensemble de ces manuscrits démontre que Tombouctou ne fut pas seulement un centre de conservation du savoir, mais également un foyer actif de création intellectuelle. Les érudits qui y vivaient participaient pleinement aux grands débats scientifiques et philosophiques du monde islamique, tout en développant des travaux originaux adaptés aux réalités politiques, sociales et culturelles de l’Afrique sahélienne.
Les manuscrits de Tombouctou et l’émergence du savoir africain.
Les manuscrits de Tombouctou constituent un patrimoine documentaire d’une exceptionnelle richesse. Ils se présentent aujourd’hui sous deux formes principales : les manuscrits originaux, rédigés sur parchemin, papier ou, plus rarement, sur papyrus, et leurs reproductions modernes sous forme de photographies ou de microfilms, réalisées dans le cadre de programmes de sauvegarde et de numérisation.

La littérature occupe une place particulière dans cette production savante. Au-delà de sa dimension esthétique, elle constitue souvent un moyen d’expression politique et morale. De nombreux auteurs dénoncent les abus du pouvoir, les injustices sociales ou les dérives des gouvernants tout en rappelant les principes de justice, d’équité et de bonne gouvernance prescrits par la loi islamique. À partir des XVIIe et XVIIIe siècles, les textes insistent fréquemment sur la nécessité d’une application plus rigoureuse des prescriptions juridiques et éthiques de la charia. Les écrits du juriste maghrébin al-Maghili, arrivé dans le Bilad as-Sudan à la fin du XVe siècle, illustrent parfaitement cette volonté de conseiller les souverains sur leurs devoirs politiques et religieux.
La personnalité d’al-Maghili demeure toutefois controversée. Son influence doctrinale fut considérable dans plusieurs royaumes sahéliens, mais certaines sources lui attribuent également un rôle dans les persécutions dirigées contre les communautés juives du Touat à la fin du XVe siècle. Cette dimension rappelle que les manuscrits constituent aussi des témoins des débats religieux et des tensions politiques qui traversaient les sociétés de l’époque[29].
La diffusion du savoir ne fut pas l’œuvre d’un seul groupe. Les Kunta, les Kanouri, les Haoussa, les Songhaï, les érudits Touaregs, ainsi que les Peuls, contribuèrent largement à l’enseignement, à la prédication et à la production des manuscrits. Les Peuls, installés progressivement dans différentes régions du Bilad as-Sudan à partir du XVe siècle, jouèrent notamment un rôle majeur dans le développement des études islamiques. Plusieurs familles de lettrés exercèrent les fonctions d’enseignants, de juges, de conseillers religieux et de copistes, favorisant la diffusion du savoir dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Cette activité intellectuelle favorisa également l’émergence d’une importante littérature en arabe et en ajami (c’est-à-dire l’écriture des langues africaines à l’aide de l’alphabet arabe). Le kanouri fut l’une des premières langues africaines à être transcrite de cette manière, suivi notamment du peul (fulfulde), du wolof (Sénégal) et du yoruba et haoussa (Nigeria) [30]. Cette adaptation de l’écriture arabe permit de diffuser les enseignements religieux auprès des populations locales tout en favorisant l’émergence d’une littérature originale dans plusieurs langues africaines.
L’un des premiers auteurs connus de cette tradition est le poète Abu Ishaq Ibrahim al-Kanemi[31], originaire de l’ancien royaume du Kanem. Jusqu’à l’époque contemporaine, l’arabe demeure la principale langue de la production savante en Afrique de l’Ouest. Les érudits l’utilisent pour leurs traités de théologie, leurs ouvrages juridiques, leurs manuels d’enseignement, mais aussi pour la poésie religieuse, les panégyriques consacrés au Prophète, les éloges des maîtres soufis ou les élégies dédiées aux défunts. Au cours du XXe siècle, notamment dans le nord du Nigeria, cette tradition continue de coexister avec l’essor de l’enseignement moderne en anglais et dans les langues nationales[32].
Les manuscrits historiques occupent une place privilégiée dans cet héritage. Deux grandes chroniques rédigées à Tombouctou constituent encore aujourd’hui des sources majeures pour l’histoire de l’Afrique de l’Ouest : le Tarikh al-Fattash, attribué à Mahmoud Kati et poursuivi par ses descendants, et le Tarikh as-Sudan, composé au XVIIe siècle par Abd al-Rahman al-Sa’di. Ces deux œuvres retracent l’histoire des empires du Mali et du Songhaï, de Tombouctou, de Djenné, ainsi que des dynasties Sonni et Askia. Traduites au début du XXe siècle par Octave Houdas et Maurice Delafosse, elles demeurent des références incontournables pour la connaissance du Bilad as-Sudan médiéval.
L’âge d’or de la production intellectuelle ouest-africaine s’étend principalement du XIVe au XVIe siècle, période durant laquelle Tombouctou atteint son plus grand rayonnement. Les témoignages de géographes et d’historiens tels qu’al-Umari, Ibn Battuta ou Ibn Khaldoun, évoquent la prospérité des royaumes sahéliens, l’importance des échanges transsahariens et le prestige des centres d’enseignement. Si certains de ces auteurs n’ont pas tous visité personnellement Tombouctou, leurs récits, fondés sur des informations recueillies auprès de voyageurs et de marchands, contribuent néanmoins à mesurer l’importance intellectuelle et culturelle qu’avait acquise cette région dans le monde islamique.
À travers cette exceptionnelle production manuscrite, Tombouctou apparaît comme bien davantage qu’une cité commerçante : elle fut l’un des principaux foyers de transmission et de création du savoir en Afrique, où la religion, la culture, l’enseignement et les sciences formaient les fondements d’une civilisation dont l’héritage continue aujourd’hui d’éclairer l’histoire du continent et s’imposa ainsi comme l’un des symboles les plus éclatants du prestige intellectuel de l’Afrique précoloniale.
Héritage, transmission et enjeux contemporains des manuscrits de Tombouctou.
Les manuscrits de Tombouctou et de l’Afrique de l’Ouest ne constituent pas seulement un patrimoine ancien : ils forment également un ensemble documentaire dispersé, conservé aujourd’hui dans des bibliothèques publiques, des centres de recherche et de nombreuses collections privées, en Afrique comme en Europe. Parmi ces fonds, certains ensembles conservés à Paris témoignent de l’histoire des circulations intellectuelles et des contacts entre le monde sahélien et l’espace colonial. Ils comprennent notamment des documents issus des bibliothèques de grandes figures religieuses et politiques du XIXe siècle ouest-africain, dont celles liées aux États musulmans du Soudan occidental[33].
Dès la période coloniale, ces manuscrits ont suscité l’intérêt des administrateurs et des chercheurs français[34]. À partir des années 1930, plusieurs missions scientifiques se sont attachées à collecter, inventorier et traduire les sources arabes et ajami d’Afrique de l’Ouest. Cette dynamique s’est renforcée avec la création de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN), qui a joué un rôle central dans la constitution de fonds documentaires et dans le développement des études islamiques et historiques sur la région.
Dans ce cadre, plusieurs chercheurs ont contribué à la mise en valeur de ces sources. Des travaux importants ont permis de recenser et de publier une partie des manuscrits ouest-africains, notamment ceux du Sénégal et du Sahel. L’un des bilans les plus connus reste celui établi au milieu du XXe siècle par des spécialistes des manuscrits arabo-africains, qui a ouvert la voie à des recherches plus systématiques sur ces corpus encore largement méconnus. Par la suite, des équipes associant le CNRS, l’IFAN et les universités africaines, notamment l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ont poursuivi ce travail de traduction et d’édition des grandes œuvres historiques et littéraires de la région.
Au Nigeria, des initiatives similaires ont vu le jour, d’abord sous l’administration coloniale, puis de manière plus structurée après la colonisation. Plusieurs institutions ont été créées afin de préserver et d’étudier les manuscrits en langues arabes et africaines : centres de recherche en études islamiques, programmes d’histoire régionale et institutions universitaires spécialisées[35]. Ces efforts ont permis de redécouvrir l’importance des productions intellectuelles liées aux réformes religieuses et politiques du XIXe siècle en Afrique de l’Ouest.
Dans la période postcoloniale, la valorisation de ce patrimoine s’est intensifiée. Des organisations religieuses, des centres de recherche et des institutions universitaires ont entrepris la collecte, la conservation et la numérisation des manuscrits. Un projet numérisation lancé en 2008 à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, en France, a toutefois été interrompu en 2012 en raison de la guerre au Mali. D’autres initiatives, comme le « Tombouctou Manuscripts » Project de l’Université du Cap en Afrique du Sud, ont également contribué à l’étude et à la préservation de ce patrimoine[36].
En 2022, Google Arts & Culture a lancé le projet « Mali Magic », grâce auquel plus de 40 000 manuscrits anciens issus de collections privées et de bibliothèques de Tombouctou ont été numérisés, contribuant ainsi à leur préservation et à leur diffusion auprès du grand public et des chercheurs[37]. Bien qu’encore insuffisants, ces efforts visent à protéger des documents fragilisés par le temps, les conditions climatiques et les conflits armés qui affectent la région du Sahel[38].
En conclusion
Les manuscrits de Tombouctou constituent un témoignage exceptionnel de la richesse intellectuelle et culturelle de l’Afrique de l’Ouest. Ils révèlent l’existence d’une tradition savante ancienne, dynamique et profondément ancrée dans les échanges avec le monde islamique. Bien au-delà des idées reçues, Tombouctou apparaît comme un véritable foyer de savoir où se sont développées des réflexions en théologie, en sciences, en philosophie et en littérature.
La prospérité intellectuelle de Tombouctou connut un tournant décisif en 1591 avec l’invasion de la ville par les troupes marocaines, motivée notamment par la volonté de contrôler les riches circuits du commerce transsaharien de l’or. Cette conquête entraîna le pillage des bibliothèques, la déportation de nombreux savants vers le Maroc[39] ainsi que la dispersion d’une part importante du patrimoine manuscrit de la cité. Afin de préserver leurs précieuses collections, les familles[40] détentrices de bibliothèques privées mirent en œuvre diverses stratégies de protection : certains manuscrits furent dissimulés dans les murs en banco des habitations, d’autres enfouis dans le désert ou cachés dans des lieux tenus secrets. Malgré ces efforts, un grand nombre de manuscrits furent perdus, détruits ou dispersés au cours des événements et des déplacements qui suivirent la conquête.
Cependant, la partie de cet héritage qui a pu être préservée et transmise de génération en génération par les familles de Tombouctou demeure encore largement méconnue et demeure fragile face aux menaces contemporaines : dispersion des collections, fragilité des supports, manque de moyens techniques et risques liés à l’instabilité politique et sécuritaire en Afrique subsaharienne. Les opérations de sauvegarde menées depuis le début du XXIe siècle, notamment à la suite des crises sécuritaires au Mali, ont montré à la fois la vulnérabilité de ce patrimoine et la mobilisation remarquable des acteurs locaux pour le protéger. Sa préservation et sa valorisation représentent donc un enjeu majeur pour la mémoire historique de l’Afrique et pour le patrimoine mondial. Ainsi, redonner aux manuscrits de Tombouctou la place qu’ils méritent, c’est reconnaître l’apport fondamental des civilisations africaines à l’histoire universelle du savoir.[41]
Parmi les nombreuses évocations contemporaines de Tombouctou, celle du philosophe français Michel Onfray apparaît particulièrement éclairante. Dans la préface de Tombouctou, réalité d’un mythe, il écrit : « Une ville du désert, voilà une formule intéressante pour ce qu’elle révèle du désert. Le désert n’est pas le lieu du rien, du manque, du vide, mais celui du trop : trop d’espace, trop de sable, trop de temps, trop de soleil, trop de cosmos, trop de ciel, trop d’histoire… Trop de mythe également, et voilà probablement par où l’on entre dans Tombouctou. Par le mythe[42]. »

Bibliographie
[1] Les origines de Tombouctou remontent au XIᵉ siècle. Selon la tradition, la ville fut fondée par les Touaregs qui établirent un campement saisonnier à proximité d’un puits gardé par une femme touareg nommée Bouctou. Le lieu fut progressivement désigné sous le nom de « Tin Bouctou » (« le puits de Bouctou » en langue tamasheq), qui évolua ensuite en « Tombouctou ». Grâce à sa position stratégique, à la jonction des routes caravanières transsahariennes et des voies fluviales du fleuve Niger, ce campement se transforma progressivement en un important centre d’échanges commerciaux reliant l’Afrique du Nord, le Sahel et l’Afrique subsaharienne. Son essor fut favorisé par son intégration successive aux grands empires du Mali puis du Songhaï, qui contribuèrent à son développement politique, économique et culturel.
[2] Je préfère ce terme à l’expression plus courante « écoles coraniques » car ces écoles n’enseignent pas uniquement le Coran.
[3] Sankoré est à la fois une mosquée et une université. construite en 1325, l’une de plus ancien centres de formations universitaires en Afrique. Également l’une des trois grandes mosquées de Tombouctou (Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahya). L’université de Sankoré a contribué en 1988 à l’inscription de la ville de Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco pour ses richesses culturelles (mosquée, mausolées , manuscrits).
[4] Il existe aussi des manuscrits similaires préservés précairement dans des bibliothèques privées à Chinguetti en Mauritanie, et des collections de textes islamiques sahariens sont conservées à Niamey au Niger.
[5] Empire Songhaï, ou royaume Songhaï, était un État d’Afrique de l’Ouest qui a prospéré de 1464 à 1591. Il succéda à l’empire du Mali sous l’influence de la dynastie Sonni, et plus particulièrement de Sonni Ali Ber. Il atteignit son apogée sous la dynastie Askia, notamment sous Askia Mohammed, et s’étendait principalement sur des territoires correspondant aujourd’hui au Mali et au Niger.
[6] https://whc.unesco.org/fr/list/119/
[7] Le premier à mentionner Tombouctou dans les sources arabes fut le grand voyageur Ibn Battuta lors de sa visite de la ville en 1353.
[8] Le premier européen à atteindre la ville de Tombouctou fut le Britannique Alexander Gordon Laing en 1826, suivi du Français René Caillié en 1828. Cependant, c’est l’Allemand Heinrich Barth qui, lors de son séjour entre septembre 1853 à avril 1854, a laissé la description la plus complète et la plus précise, fournissant un compte rendu de référence de la ville au XIXe siècle.
Voir : Heinrich Barth, Voyages et découvertes dans l’Afrique septentrionale et centrale pendant les années 1849 à 1855, trad.. de l’allemand par Paul Ithier, (Tome I, II, III, IV, V), A. Bohné libraire, Paris, 1861.
[9] Il existe une certaine exagération autour de « l’or de Tombouctou ». Si la ville était un important carrefour du commerce transsaharien, elle ne possédait pas elle-même d’importantes mines aurifères, celles-ci étant situées dans des régions éloignées de Tombouctou.
La réputation de richesse de Tombouctou provient surtout du célèbre pèlerinage à La Mecque du roi Mansa Moussa en 1324, dont l’immense fortune impressionna l’Égypte, l’Arabie et le monde méditerranéen. On dit qu’il fut l’homme le plus riche du monde.
[10] Hassan al-Wazzan, connu sous le nom de Léon l’Africain (1488-1554), était un érudit, diplomate et grand voyageur. En 1518, alors qu’il revenait du pèlerinage à La Mecque, le navire à bord duquel il se trouvait fut attaqué en Méditerranée et il fut capturé par des marins siciliens. Il fut emmené à Rome comme présent au pape Léon X, qui le persuada de se convertir au christianisme et de rester enseigner l’arabe à Rome.
Il est l’auteur de Description de l’Afrique, publié en 1530. son œuvre un témoignage majeur sur l’Afrique, c’est en particulier grâce à ce livre que Tombouctou devient une ville mythique dans l’imaginaire européen.
[11]Le roi Mansa Moussa contribua également au rayonnement intellectuel de Tombouctou. Il revint de la péninsule arabique avec une vaste bibliothèque, accompagné d’architectes, notamment un architecte cairote qui conçut la mosquée Djinguereber (la Grande Mosquée en langue Songhaï), aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
[12] Un mot ou de quelques mots écrits au bas d’un feuillet, qui correspondent au début du feuillet suivant.
[13] Villes historiques actuellement situées au Mali et en Mauritanie.
[14] Comme chez Kel es-Souk, Kel Insar, les marabouts Peuls, et bien d’autres encore.
[15] John Owen Hunwick (1936 – 2015) était un universitaire, auteur et africaniste britannique. Il a publié plusieurs livres et articles en études africaines.
[16] Mohammed Bello (1781-1837) , est le deuxième souverain du Sultanat de Sokoto. Il règne de 1817 à 1837, à la suite de son père Ousman dan Fodio, fondateur du sultanat de Sokoto.
[17] Jean-Michel Djian, Les Manuscrit de Tombouctou, JC Lattés, Paris, 2012, p121.
[18] Aujourd’hui considérés classiques, comme Ptolémée, Aristote, Platon et Avicenne..
[19] Sidi Yahya al-Tadlisi est considéré comme l’un des plus grands érudits de Tombouctou et demeure vénéré comme un saint. La mosquée qui porte son nom, construite vers 1440, figure parmi les plus anciens édifices religieux de la ville encore conservés aujourd’hui.
[20] Cités dans le recueil de sources arabes concernant l’Afrique occidentale du VIIIe siècle au XVIe siècle, traduit et annoté par Joseph Cuog, CNRS, 1985.
[21] Ibn al-Haytham (965-1040), connu en Occident sous le nom d’Alhazen, est un mathématicien, philosophe, physicien du monde médiéval arabo-musulman, considéré comme le fondateur de l’optique moderne.
Muhammad ibn Aslam Al-Ghafiqi, était un médecin andalou du XIIe siècle, l’une des premières personnes à pratiquer une chirurgie oculaire dont on a le témoignage détaillé et est notamment l’auteur du livre Guide de l’oculiste (Al-Murshid fil-Kuhhl).
[22] Anselme d’Ysalguier (1380 – 1420) est un chevalier et aventurier français qui aurait voyagé en Afrique occidentale. Il serait parvenu en 1402 par un itinéraire non précisé à travers le Sahara jusqu’à le fleuve Niger, et aurait vécu huit ans à la cour de Gao (la capitale de l’Empire songhaï). Il y aurait épousé une princesse noire et serait retourné à Toulouse avec elle et un groupe d’Africains. Si cette information était avérée, il s’agirait alors du premier voyage connu d’un Européen en Afrique de l’Ouest.
On rapporte aussi qu’à la suite d’Ysalguier, un eunuque et maître-guérisseur africain du nom d’Aben Ali se serait installé à Toulouse, au grand dam des médecins chrétiens locaux. Il aurait été le seul à obtenir en mars 1420 la guérison du futur roi Charles VII (1403-1461), tombé gravement malade à Toulouse.
Voir: Philippe Wolff, Une famille du XIIIe au XVIe siècle : les Ysalguier de Toulouse, Regard sur le Midi médiéval, Toulouse 1978.
[23] Deux écrits postérieurs: Les Annales de Toulouse, parues en 1687, ainsi qu’un article dans les Essais de littérature pour la connaissance des livres, daté de 1702, valident ce récit.
Voir : Jean-Michel Djian, Les Manuscrit de Tombouctou, JC Lattés, Paris, 2012, p91.
[24] Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB) aussi appelé Centre Ahmed Baba, fondé à Tombouctou avec le soutien de l’UNESCO et des capitaux koweïtiens. Le centre a été officiellement inauguré en 1973.
[25] Jean-Michel Djian, Les Manuscrit de Tombouctou, JC Lattés, Paris, 2012, p.121.
[26] En septembre 1853, le cheikh Ahmad al-Bakkay accueillit chaleureusement Heinrich Barth et, grâce à sa protection, permit à l’explorateur de séjourner à Tombouctou pendant environ 8 mois. Il dut le défendre à plusieurs reprises contre l’hostilité de l’émir du Massina, Amadou Amadou, qui s’opposait à la présence de cet étranger dans la ville et avait ordonné soit son exécution, soit son expulsion. al-Bakkay s’opposa fermement à ces injonctions, assurant la sécurité de Barth par son autorité religieuse et son influence locale. À son départ, il l’accompagna sur plus de 500 kilomètres jusqu’à Gao et lui délivra un sauf-conduit particulièrement bienveillant, qui s’avéra précieux pour la poursuite du voyage de Barth jusqu’à son retour en Europe.
[27] Le terme « Bilad as-Sudan » signifie « Pays des Noirs » et correspond approximativement à l’Afrique de l’Ouest actuelle. Une partie de cette région était appelée Soudan français (Mali) durant la colonisation.
[28] Seyni Moumouni, Vie et oeuvre du Cheik Uthmam Dan Fodio (1754-1817) : De l’islam au soufisme , Thèse Doctorat, Université Bordeaux 3, 2003. p 47.
[29] John O. Hunwick, The writtings of central sudanic Africa , Leiden, News York, E.J. Brill, 1995. p52.
[30] Idem, p5.
[31] Abu Ishaq Ibrahim al-Kanemi (1159-1212), était un poète et grammairien originaire de Bilma dans l’Empire Kanem-Bornu, actuel Niger. Il a été le premier écrivain arabisant originaire Soudan central. Dans la dernière décennie du XIIe siècle, Ibrahim quitte le Kanem et entame un long voyage vers l’ouest. Il traverse le Sahara, puis gagne Marrakech, capitale de l’empire almohade. Ibrahim s’installe après à Séville, au sud de l’actuelle Espagne, alors l’une des plus grandes villes d’Andalousie, centre de savoir et d’échanges culturels.
[32] Bouba Nouhou, Islam et politique au Nigeria : Genèse et évolution de la charia, Karthala, 2005, p46-47.
[33] De nombreux manuscrits, furent emportés de Tombouctou et du Soudan français (Mali) vers la France par des administrateurs, des militaires et des chercheurs. Une partie de ces manuscrits est aujourd’hui conservée dans des institutions françaises, notamment à la bibliothèque nationale de France (BNF), où figurent le fonds Archinard et le fonds Oumarien.
Au moment où nous achevons la rédaction de cet article, la Guinée a officiellement demandé à la France la restitution de manuscrits pillés durant la période coloniale. Conakry souhaite notamment récupérer le Coran de Samory Touré (1830-1900), l’une des grandes figures africaines de la résistance à la conquête coloniale française. Ce Coran est actuellement conservé au Musée de l’Armée à Paris.
Voir :https://www.france24.com/fr/vidéo/20260722-la-guinée-réclame-à-la-france-la-restitution-du-coran-de-samory-touré
[34] À l’instar de l’anthropologue français Georges de Gironcourt, qui a collecté plus de 200 manuscrits lors de sa mission au Soudan français en 1911-1912, ces documents sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque de l’Institut de France à Paris. La liste de ces manuscrits figure dans son ouvrage Missions de Gironcourt en Afrique occidentale, à la page 358.
[35] Un corpus d’environ 30 000 textes est par ailleurs conservé au centre Ahmed Baba.
[36] Voir : https://tombouctoumanuscripts.uct.ac.za
[37] Voir : https://artsandculture.google.com/experiment/les-manuscrits-de-tombouctou/BQE6pL2U3Qsu2A
[38] Ces manuscrits sont souvent conservés dans des conditions médiocres. En octobre 2008, notamment, une de ces bibliothèques domestiques fut inondée et 700 manuscrits furent alors détruits.
Avec la disparition du système d’éducation arabe au Mali pendant la colonisation française, la reconnaissance de la valeur de ces manuscrits médiévaux a diminué et certains d’entre eux ont été vendus. Le magazine Time a ainsi relaté qu’un imam a vendu certains d’entre eux 50 $US pièce.
[39]Comme le cas d’Ahmed Baba (1556-1627), l’un des plus grands savants de Tombouctou, issu d’une famille de lettrés berbères sanhadja. Après l’invasion marocaine du Songhaï en 1591, il fut arrêté et déporté à Marrakech, où il dénonça notamment le pillage de sa bibliothèque, pourtant riche d’environ 1 600 ouvrages, considérée par lui comme modeste par rapport aux grandes collections de la ville. Malgré l’exil, il poursuivit ses recherches, rédigea de nombreux ouvrages et prit position contre la traite des esclaves liée au commerce transsaharien. En 1608, il fut autorisé à retourner à Tombouctou.
Ahmed Baba demeure aujourd’hui une figure majeure du patrimoine intellectuel africain. Son nom est notamment associé à l’Institut Ahmed Baba de Tombouctou, consacré à la conservation et à l’étude des manuscrits.
[40] La plupart des manuscrits sont partagés entre plusieurs dizaines de bibliothèques familiales privées de Tombouctou comme : Fondo Kati, Bibliothèque des Manuscrits al-Wangari et Bibliothèque commémorative Mamma-Haïdara.
[41]https://www.nationalgeographic.fr/histoire/archeologie-connaissance-les-manuscrits-de-tombouctou-tresors-de-sagesse-et-derudition
[42] Milet Éric, Tombouctou, réalité d’un mythe, Paris, Arthaud, 2006, p6 .
[43] Jean-Michel Djian, l’auteur de les Manuscrits de Tombouctou : « L’essentiel est sauvé parce que les bibliothécaires de Tombouctou ont pris les devants, en sortant dès fin août les manuscrits les plus anciens afin de les protéger ailleurs au Mali ». Notamment évacué clandestinement vers la capitale, Bamako. Selon la presse malienne, les autorités ont entamé la restitution des manuscrits de Tombouctou en août 2025, soit 12 ans plus tard.
- Début 2013, le MNLA (Indépendantistes du nord Mali) annonce avoir récupéré trois caisses remplies de manuscrits anciens de Tombouctou. Le Mouvement national de libération de l’Azawad affirme avoir récupéré cette précieuse cargaison dans un véhicule de djihadistes lors d’un accrochage à In Khalil le 23 février. il s’agit de manuscrits du centre Ahmed Baba de Tombouctou, centre d’études islamiques qui a été pillé et ravagé par les islamistes. Les manuscrits rapatriés à Kidal en attendant de les remettre au centre Ahmed Baba de Tombouctou. Ambeiry Ag Rissa, chargé de la culture pour le MNLA à Kidal : « On constate, dit-il, que les manuscrit sont rangés dans des chemises cartonnées et dans de simples feuilles de papier. Ils sont numérotés. Des chemises ou des feuilles leur servent de couvertures. Ils sont parfois complets».
Voir : http://www.rfi.fr/afrique/20130312-manuscrits-tombouctou-recuperes-le-mnla-mali




