Malgré l’attention mondiale renouvelée portée à la protection des écosystèmes lors de la Journée de la Terre, les forêts du bassin du Congo – parmi les puits de carbone les plus importants au monde – sont confrontées à des menaces croissantes.
Au Congo-Brazzaville, la superposition des usages des terres, de l’exploitation minière à l’exploitation forestière en passant par l’extraction artisanale d’or, accélère la déforestation et la perte de biodiversité dans certains des massifs forestiers les plus fragiles du pays.
Partout au pays, la superposition des activités minières, forestières et artisanales sur un même territoire exerce une pression sans précédent sur les écosystèmes.
Ce phénomène est particulièrement visible dans le massif de Mayombe à Kouilou et dans le massif de Chaillu à Lékoumou.
À Mayombe, des villages comme Louvoulou sont cernés par des projets concurrents.
Des projets miniers comme Ntombo et Zibati empiètent sur l’Unité de Gestion Forestière de Ntombo (UGF), dont plus de la moitié – soit 58 292 hectares – est désormais touchée.
Dans la réserve de biosphère de Dimonika, aire protégée reconnue par l’UNESCO, les anciennes exploitations aurifères de City SARL ont laissé de profondes cicatrices écologiques malgré l’arrêt officiel des activités en 2024.
De vastes zones forestières ont été défrichées et des collines culminant à 700 mètres d’altitude ont été dynamitées à la recherche d’or, de granit, de cassitérite et de gravier.
On estime que plus de 3 000 mineurs artisanaux opèrent dans la zone, contribuant à la destruction de près de 30 % de la réserve.
Chevauchement des activités minières et forestières dans le massif de Chaillu
Dans la région de Chaillu, le permis d’exploitation minière universelle (PEU) de Mpoukou-Ogooué, géré par TAMAN Industries, chevauche le permis d’exploitation de minerai de fer de Zanaga, détenu par MPD, ainsi que d’autres concessions aurifères telles que Ngonaka et Bikelélé.
La superficie totale impactée atteint 91 784 hectares, soit environ 24 % de la zone.
Il en résulte une déforestation massive, des montagnes décapitées et la libération d’importantes quantités de carbone stockées dans les arbres et les sols.
La biodiversité menacée par la dégradation des écosystèmes
Les conséquences environnementales vont bien au-delà de la végétation. À Dimonika, la pollution chimique – notamment au mercure utilisé dans l’extraction de l’or – a dévasté la biodiversité aquatique.
Certaines espèces ont totalement disparu, comme le Killi Cap Lopez (Aphyosemion australe), aux couleurs éclatantes, autrefois endémique de la région.
Le gouvernement promet d’agir, mais la mise en œuvre tarde à se concrétiser
Le Congo-Brazzaville s’est engagé à promouvoir une utilisation durable des terres, notamment par un décret de 2009 créant un comité interministériel chargé de traiter les chevauchements d’usages des sols.
Cependant, ce comité a à peine fonctionné, une seule session ayant eu lieu en mars 2024. Les demandes d’éclaircissements adressées aux ministères concernés restent sans réponse depuis des mois.
Les responsables reconnaissent la nécessité d’une meilleure planification. « Nous devons prioriser l’attribution des terres et définir des critères clairs », a déclaré Étienne Paka, conseiller du Premier ministre, lors de la session de mars du comité.
Un défi régional qui exige des solutions coordonnées
Le Congo-Brazzaville n’est pas un cas isolé. Presque tous les pays du bassin du Congo sont confrontés à des conflits similaires liés à l’utilisation des terres.
Au Gabon, la commission nationale d’attribution des terres a réaffirmé en février son engagement à prévenir ces conflits en garantissant la compatibilité des projets économiques.
La survie du bassin du Congo – la deuxième plus grande forêt tropicale du monde – repose sur une planification rigoureuse.
Le Programme d’utilisation durable des terres 2024-2028 du Congo-Brazzaville vise à jeter les bases d’un plan national d’aménagement du territoire, mais sa réussite dépendra d’une mise en œuvre cohérente et d’une volonté politique forte.




