L’ananas peut-il pousser dans la région du Sahel ? Dans un contexte de volonté politique d’atteindre l’autosuffisance, un agriculteur démontre que ces fruits tropicaux peuvent y prospérer.
Des canards déambulent entre les rangées d’ananas.
Sous leurs pas, le sol est rouge, sablonneux et pierreux.
C’est loin d’être l’environnement luxuriant généralement requis pour la culture de l’ananas.
Pourtant, cette exploitation située au Burkina Faso — pays aride et enclavé — s’inscrit dans les efforts nationaux visant à développer cette culture.
Le gouvernement cherche à réduire la dépendance globale aux importations et à s’adapter à un climat de plus en plus rude, marqué par la chaleur sèche du Sahel africain.
« Il y avait des idées reçues. Nous en étions nous-mêmes victimes », explique l’agriculteur Oumarou Compaoré. « Nous nous disions que nous étions dans un pays sahélien. Au bout du compte, nous ne pouvions cultiver que du coton, du maïs ou du sorgho. »
L’ananas est devenu un symbole de souveraineté au Burkina Faso : il est cultivé au sein même d’une base militaire à Ouagadougou et figure dans le plan de développement officiel du pays, qui vise à renforcer l’autosuffisance alimentaire.
En avril, un panier d’ananas trônait aux côtés du drapeau burkinabè alors que le chef de la transition, Ibrahim Traoré, accordait une longue interview aux médias internationaux sur la chaîne nationale.
S’inscrivant dans une volonté plus large de s’affranchir de la dépendance extérieure, la culture de l’ananas illustre la dimension politique prise par les questions alimentaires : les autorités ont vanté l’augmentation de la production nationale de concentré de tomate et ont interdit les importations de riz en avril dernier, dans le but affiché de favoriser la production locale.
M. Compaoré s’est tourné vers la culture de l’ananas durant la pandémie de COVID-19. Issu d’une famille d’agriculteurs — son grand-père avait été primé pour son travail sous la présidence de Thomas Sankara —, il a pourtant subi, durant sa jeunesse, des pressions pour s’orienter vers un emploi administratif.
« Mais, au fond de moi, j’avais toujours cet attrait, cet amour pour l’agriculture », confie-t-il.
Kaba Séré, elle aussi productrice d’ananas, raconte qu’on lui disait, lorsqu’elle était jeune, que les pays du Sahel ne pouvaient pas cultiver de tels fruits.
« En voyant ce que faisait Oumarou, nous avons compris que c’était réellement possible », explique-t-elle. Elle a depuis agrandi son exploitation, qui compte désormais environ 60 000 plants. « C’est une réalité : les ananas poussent au Burkina », dit-elle.




