En 2017, la RDC a adopté une loi interdisant la fabrication et l’importation de sacs et de bouteilles en plastique, mais cette réglementation reste largement ignorée.
La collecte des déchets est quasi inexistante à Kinshasa, faute de financements adéquats de la part des autorités locales.
Le puissant fleuve Congo nourrit des millions de personnes le long de son cours à travers l’immense République démocratique du Congo, mais les pêcheurs vivant près de la capitale trouvent désormais plus de plastique que de poissons dans leurs filets.
Certains ont même complètement abandonné la pêche, car il est plus rentable de vendre les déchets plastiques qu’ils remontent du fleuve, le deuxième cours d’eau le plus puissant au monde après l’Amazone.
Selon les chiffres du gouvernement, environ 60 000 tonnes de poisson sont pêchées chaque année dans le Congo, qui s’étend sur plus de 4 300 kilomètres d’est en ouest à travers cet immense pays d’Afrique centrale.
Mais ces dernières années, les pêcheurs des abords de Kinshasa ont constaté une diminution de leurs prises.
« Il y a quelques années, je pêchais de gros poissons comme des chabots et des silures, mais à cause de la pollution, ils ont migré vers le large », a déclaré le pêcheur Gilby Mwana-Fioti à l’AFP.
Depuis l’aube, avec une vingtaine de collègues, il pagaye le long des berges du fleuve dans leurs pirogues en bois usées par le temps.
La pêche est maigre : des petits poissons, beaucoup de bouteilles en plastique et trop de couches usagées.
« Nous allons finir par disparaître », déplore Willy Ngepa, pêcheur depuis plus de 40 ans en RDC, l’un des pays les plus pauvres du monde.
Niveaux de pollution alarmants
Kinshasa, ville surpeuplée de plus de 17 millions d’habitants, produit au moins 10 tonnes de déchets plastiques par jour, selon les experts environnementaux.
Des bouteilles en plastique vides s’amoncellent sur les trottoirs de ses rues défoncées.
Les déchets se déversent dans les cours d’eau qui sillonnent la capitale et, de là, rejoignent le fleuve Congo où ils nuisent à la faune et polluent l’eau.
Selon une étude de 2023 menée par l’Université de Kinshasa, les déchets plastiques exposés au soleil se décomposent en microplastiques, lesquels sont ingérés par les poissons. Ceci affecte leur croissance et leur reproduction, et peut parfois entraîner leur mort.
Les microplastiques finissent par s’accumuler dans la chaîne alimentaire, nuisant aux humains et aux autres animaux qui consomment ces poissons.
Ces déchets peuvent également obstruer la végétation aquatique où les poissons se nourrissent et se reproduisent, et contaminer l’eau dont ils dépendent.
« La pollution plastique a atteint des niveaux alarmants », a déclaré Vincent Kunda, directeur de Kongo River, une ONG qui sensibilise le public à ce fléau.
« Moins de 20 % des déchets sont traités », a-t-il ajouté.
En 2017, la RDC a adopté une loi interdisant la fabrication et l’importation de sacs et de bouteilles en plastique, mais cette réglementation reste largement ignorée.
La collecte des déchets est quasi inexistante à Kinshasa, faute de financements adéquats de la part des autorités locales.
Les dépôts sauvages d’ordures sont légion, notamment le long des cours d’eau.
Survie
À quelques kilomètres de Kinshasa, la pêche artisanale assure encore la subsistance de plus de 600 familles sur la petite île fluviale de Kimpoko.
L’argent est rare, et la vie aussi. 00:40-01:08 SON 1 – Charles Moluwa Nzeni Masela, pêcheur (homme, lingala, 28 sec) :
« La pêche sur cette rivière étant devenue très compliquée, je me suis mis à pêcher le plastique. Vous imaginez ? Attraper du poisson est devenu difficile, alors je pêche le plastique. Hier, je suis allé le vendre ; malheureusement, aujourd’hui je suis en retard, je n’en aurai pas beaucoup, mais d’autres jours, je reviens de la rivière avec ma pirogue pleine de plastique. Hier, j’ai vendu du plastique pour 70 000 francs congolais (environ 26 euros), et parfois j’en vends même jusqu’à 100 000. »
Précaire
Les pêcheurs, qui vivent dans des maisons en bois rudimentaires sur pilotis, disent ne plus gagner que 10 à 20 dollars par semaine grâce à leurs prises, contre 100 dollars il y a dix ans.
Charles Moluwa Nzeni Masela, 71 ans, a passé toute sa vie au bord du fleuve.
Pagaie à la main, il ramasse désormais les déchets qui s’accumulent dans les roseaux le long des berges marécageuses pour les vendre à des entreprises de recyclage.
Un kilogramme de déchets se vend environ 40 centimes de dollar (1 000 francs congolais), ce qui est plus rentable que la vente de poisson.
« C’est désolant d’en arriver là, mais nous n’avons pas le choix. C’est une façon de survivre », dit-il.
Par endroits, les déchets accumulés forment de véritables îlots de plastique.
Certains pêcheurs affirment ramasser jusqu’à 50 kilos de déchets par semaine.
Résignés, ils espèrent que ce travail permettra à leurs enfants d’aller à l’école et d’apprendre un meilleur métier.
D’autres s’accrochent à l’espoir que la pêche sur le Congo survivra à la pollution.
Ils souhaitent que les autorités les aident à acheter des canoës motorisés afin de pouvoir pêcher en toute sécurité plus au large, là où l’on trouve encore du poisson.




