L’entrepreneur ghanéen Emmanuel Akuoko rentre au pays après que la xénophobie a brisé son rêve sud-africain
Emmanuel Akuoko n’est pas rentré au Ghana avec le succès qu’il avait promis à sa famille. Au contraire, il est revenu avec l’amertume d’avoir été contraint de détruire plus d’une décennie de sa vie en quelques jours seulement.
Lundi dernier, l’entrepreneur ghanéen a quitté l’Afrique du Sud à bord d’un vol de rapatriement organisé par les autorités de son pays. Il s’y était installé après son arrivée en 2014, suite à l’obtention d’une licence de mathématiques à l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah du Ghana. Comme beaucoup d’autres, il avait suivi des collègues partis s’installer en Afrique du Sud, attirés par les opportunités professionnelles et la forte demande de professeurs de mathématiques dans le pays.
Mais son parcours s’est progressivement heurté à des obstacles administratifs et à un climat d’hostilité croissant envers les migrants africains.
En 2018, Akuoko affirme avoir perdu son statut d’immigrant légal alors qu’il travaillait dans le secteur de l’éducation publique. Ne pouvant plus enseigner, il s’est reconverti dans la coiffure et a ouvert son propre salon. Il affirme que les autorités sud-africaines n’ont pas renouvelé ses documents de séjour, indispensables à la poursuite de son activité. D’après d’autres migrants, cette situation n’est pas un cas isolé : certains Nigérians font également état de difficultés prolongées pour renouveler leurs permis de séjour.
Pour Emmanuel, cependant, le point de rupture n’était pas seulement une question de paperasse. Il se situait dans la rue, dans les attitudes des gens, dans les conversations quotidiennes, même entre enfants.
C’est cette xénophobie ordinaire, moins visible que les agressions physiques mais de plus en plus banalisée, qui l’a convaincu qu’il n’avait plus sa place en Afrique du Sud.
« De plus en plus souvent, en me promenant, un petit enfant pouvait simplement me demander : “Quand est-ce que tu rentres dans ton pays ?” », se souvient-il. Dans son quartier, dit-il, être étranger était devenu une étiquette indélébile.
Cette question, posée par un enfant, représentait pour Emmanuel une forme de rejet plus profonde. Elle lui montrait que l’hostilité ne se limitait plus aux groupes politiques ou aux manifestations de rue, mais qu’elle s’infiltrait dans les communautés et se transmettait de génération en génération.
Son traumatisme a également été alimenté par les images de violence qui circulaient au sein des communautés migrantes. Il se souvient s’être réveillé devant des vidéos montrant des personnes qu’il connaissait, rouées de coups au point d’être à peine reconnaissables, accompagnées d’appels à l’expulsion des étrangers.
Avec l’intensification des campagnes anti-immigration, les membres de la communauté ghanéenne sont devenus des cibles de plus en plus visibles, explique-t-il. Si la xénophobie existe depuis longtemps en Afrique du Sud, Emmanuel estime que la situation s’est considérablement aggravée ces dernières années.
Les groupes anti-immigration ont maintes fois accusé les étrangers d’être responsables du chômage, de la criminalité et des difficultés économiques. Le président Cyril Ramaphosa a rejeté ces accusations, affirmant que les migrants étaient responsables des problèmes socio-économiques de l’Afrique du Sud.
Pour Emmanuel, cependant, le débat politique est devenu une réalité quotidienne : la peur de sortir, la conscience constante d’être perçu comme un étranger et le sentiment que la violence pouvait éclater à tout moment.
Lorsqu’il a appris que le gouvernement ghanéen offrait à ses citoyens la possibilité de rentrer chez eux, il a décidé de partir. Sa décision a été rapide. Son salon de coiffure, fruit d’années de labeur et d’innovation, a été vendu pour environ 600 dollars, bien en deçà de sa valeur estimée. Il a également dû abandonner la construction d’une église.
Derrière ces pertes matérielles se cachait une promesse non tenue à sa famille.
Emmanuel avait quitté le Ghana déterminé à réussir. Il souhaitait rentrer chez lui après avoir bâti un avenir stable pour lui et ses proches. Son retour soudain fut bien loin de ce qu’il avait imaginé.
« Ça me fait mal. Je n’avais rien prévu de tout ça. Ma femme et moi ne nous sommes jamais dit : “Rentrons au Ghana.” Nous voulions rentrer une fois notre réussite assurée, comme promis à notre famille. »




