Au Musée national de Lagos, au Nigeria, un guide a surpris les visiteurs en leur disant, devant deux grandes défenses d’éléphant gravées du XVIe siècle exposées : « Vous pouvez les toucher délicatement. »
L’une des trois galeries de ce musée, situé au cœur de la capitale culturelle et du divertissement du pays, a été réaménagée pour permettre aux visiteurs d’interagir avec certaines œuvres, levant ainsi l’interdiction habituelle de toucher les pièces exposées. Ils peuvent également prendre des photos librement, dans le but de capter l’attention d’un public plus jeune, a expliqué à l’AFP la conservatrice Nkechi Adedeji.
Tandis que le groupe appréciait la texture des défenses d’éléphant au son d’une musique afrobeat diffusée par des haut-parleurs, un jeune photographe s’affairait à immortaliser la scène, probablement pour la publier sur les réseaux sociaux.
Selon Tinuke Odunfa, l’architecte d’intérieur de la galerie, l’objectif était de moderniser l’espace et de présenter l’histoire du Nigeria dans un environnement « intentionnel » et « immersif ».
« Tout a été pensé dans la manière dont l’espace est perçu, dans le choix des couleurs, dans la façon dont il guide le visiteur », a déclaré Odunfa à l’AFP.
La galerie abrite l’une des collections les plus importantes du pays, comprenant des objets archéologiques et ethnographiques majeurs, comme des terres cuites du Ve siècle réalisées par le peuple autochtone Nok.
Ses murs blancs sont tapissés d’objets sous vitrine, classés chronologiquement du plus ancien au plus récent, chacun accompagné d’une brève notice.
Quelques autres pièces de l’exposition permanente « Échos du passé », notamment celles en bois et en métal, sont disposées de manière à ce que les visiteurs puissent les toucher et les « ressentir », a expliqué Olusegun Adeleye, 51 ans, responsable des expositions du musée.
Un éclairage d’ambiance tamisé diffuse une douce lumière dans la galerie, créant une atmosphère calme et propice à la contemplation.
Lagos, la mégapole dynamique de plus de 20 millions d’habitants, souvent décrite comme le creuset culturel du Nigeria, a inspiré la conception d’Odunfa.
Un afflux massif
Depuis sa réouverture au public en avril, la galerie rénovée attire plus de visiteurs qu’auparavant, a déclaré Adedeji, sans toutefois donner de chiffres.
Ses espaces photogéniques, parfaits pour Instagram, attirent de plus en plus d’écoliers et de jeunes adultes. Les photos et vidéos sont de plus en plus partagées en ligne, faisant du musée une destination prisée des créateurs de contenu.
« Ils viennent ici, créent du contenu et, en un rien de temps, c’est partout », a expliqué Adedeji. « Les jeunes affluent désormais en masse.»
« J’adore la façon dont les objets sont présentés », a confié à l’AFP Oyin Isioye, une photographe de 25 ans qui visitait le musée pour la première fois. « J’ai appris beaucoup de choses… d’où viennent les objets, ce qu’ils représentent.»
Appel au rapatriement
Dans un coin de la galerie, trois vitrines vides contiennent une feuille de papier portant l’inscription : « Musée britannique, où en sommes-nous ?» (ce qui signifie « Quoi de neuf ? » en pidgin nigérian).
Cette installation envoie un message aux musées étrangers : le Nigéria est prêt à œuvrer pour la restitution de ses objets pillés.
Ces dernières années, des musées occidentaux, notamment en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Allemagne, ont restitué plusieurs centaines d’objets, mais d’innombrables autres demeurent dans des galeries en Europe et en Amérique.
« Cette rénovation prouve que nous sommes capables de protéger et de préserver nous-mêmes nos objets ; nous n’avons besoin de l’aide d’aucun autre pays », a déclaré Adedeji.
Financé par un organisme privé, le réaménagement visait également à créer davantage d’espaces d’exposition pour la collection, dont la majeure partie est conservée en réserve.
D’autres projets sont en cours. Une autre galerie du musée de Lagos a fermé ses portes pour rénovation, ainsi que d’autres sites à travers le pays.
Les autorités nigérianes recherchent des partenaires pour soutenir de futurs travaux d’amélioration en vue de la restitution d’autres objets.




