L’Éthiopie a révoqué mardi la licence du média en ligne indépendant Addis Standard, l’accusant de porter atteinte aux intérêts nationaux. Cette mesure constitue la dernière restriction en date à la liberté de la presse. Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, l’Éthiopie se classe 145e sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
Selon un communiqué publié sur Facebook par l’Autorité éthiopienne des médias (EMA), dont le directeur est nommé par la Chambre basse du Parlement, Addis Standard « a diffusé à plusieurs reprises des informations qui violent la déontologie journalistique, les lois éthiopiennes et mettent en danger les intérêts nationaux du pays et de sa population ».
Le communiqué précise qu’Addis Standard a ignoré plusieurs avertissements lui enjoignant de « corriger sa conduite et de cesser ses pratiques préjudiciables ».
« Par conséquent… le certificat d’enregistrement du média en ligne Addis Standard est révoqué à compter d’aujourd’hui, le 24 février 2026 », ajoute le communiqué. Addis Standard est l’un des rares médias indépendants du pays, suivi par près d’un million de personnes sur X.
Le journal a couvert la situation en Amhara, où des rebelles affrontent les forces fédérales depuis plusieurs années, ainsi qu’au Tigré, région du nord du pays où la recrudescence des tensions fait craindre un nouveau conflit. L’Éthiopie a intensifié la répression contre les journalistes à l’approche des élections législatives, prévues début juin.
En février, les accréditations de presse de trois correspondants éthiopiens de Reuters n’ont pas été renouvelées après la publication par l’agence d’une enquête affirmant que l’Éthiopie abrite une base d’entraînement pour les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire qui combat l’armée régulière au Soudan voisin depuis avril 2023.
En décembre, des journalistes locaux travaillant pour Deutsche Welle ont été suspendus à titre permanent et les accréditations de correspondants de la BBC n’ont pas été renouvelées.
Quatre journalistes, emprisonnés depuis près de trois ans, sont poursuivis pour terrorisme et risquent la peine de mort, bien que celle-ci soit rarement appliquée.
Selon Reporters sans frontières (RSF), le paysage médiatique sous le Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018, reste « fortement polarisé et marqué par une culture de l’opinion au détriment de la vérification des faits ».




