Un immeuble de plusieurs étages, encore en construction, s’est effondré vendredi dans la capitale kényane. On craint que de nombreuses personnes ne soient piégées sous les décombres, tandis que des accusations portent sur la dangerosité des travaux.
Des vidéos diffusées en ligne montrent l’effondrement spectaculaire et d’épais nuages de poussière alors que le bâtiment — qui aurait compté environ 18 étages — s’écroulait dans le quartier d’Eastleigh, une zone densément peuplée mêlant commerces et habitations.
L’immeuble a été réduit à un amas de décombres. À leur arrivée sur place, les équipes de secours ont eu du mal à accéder au site, coincé entre d’autres immeubles de grande hauteur.
La police a indiqué avoir déjà extrait une femme des décombres et a précisé pouvoir entendre la voix d’une autre personne.
« Il y a beaucoup de gens piégés ici », a déclaré à l’AFP Bibiye Mahmoud, présidente de l’Institution of Engineering Technology of Kenya, présente sur les lieux du drame.
« Les entrepreneurs et les ingénieurs sont censés veiller à ce que les travaux soient suivis par des professionnels. Mais ce n’est souvent pas le cas. C’est pourquoi nous assistons à de telles catastrophes… Il n’y a aucune responsabilité », a-t-elle ajouté.
Un rapport de l’Inspection nationale du bâtiment du Kenya a révélé que 87 % des immeubles contrôlés à travers le pays l’an dernier ne répondaient pas aux normes ou ne disposaient pas des autorisations requises.
« Notre priorité est de sauver des vies », a déclaré aux journalistes le gouverneur de Nairobi, Johnson Sakaja, ajoutant : « Cet immeuble ne disposait pas de certificat d’occupation… cela a potentiellement coûté des vies. »
Un certificat d’occupation constitue, en substance, une validation officielle par les autorités attestant qu’un bâtiment est sûr et légalement apte à être occupé.
John Ogallo, vice-président de l’Institution of Engineers of Kenya, également présent sur les lieux, a indiqué que des signes avant-coureurs avaient été observés sur le bâtiment.
« Les gens sur place rapportent que des signes de fragilité, comme des fissures, avaient été constatés » avant l’effondrement, a-t-il confié aux journalistes.
Si l’on construit avec des matériaux inadaptés, « cela devient une bombe à retardement », a-t-il ajouté.
Nairobi connaît un essor rapide de la construction, avec des immeubles de grande hauteur qui surgissent dans toute la ville, notamment à Eastleigh, un quartier réputé pour ses marchés animés et qui constitue un pôle important pour la communauté somalienne.
Des médias locaux ont fait état de pillages survenus immédiatement après l’effondrement, qui a eu lieu aux alentours de l’heure du déjeuner. L’AFP a constaté que la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les foules rassemblées près du site.
La question de la sécurité suscite de vives inquiétudes depuis des années.
Selon un rapport de l’Institut kényan pour la recherche et l’analyse des politiques publiques (Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis), 86 effondrements de bâtiments ont été recensés à Nairobi entre 2009 et 2019, faisant environ 200 morts.
D’après le bureau des statistiques, le nombre de bâtiments achevés chaque année à Nairobi est passé de 20 025 en 2022 à 25 090 l’an dernier ; ce centre économique majeur d’Afrique de l’Est attire en effet des populations venues des zones rurales et des pays voisins.
La corruption a permis à des entrepreneurs de rogner sur les normes ou de contourner la réglementation.
En septembre 2022, cinq personnes ont trouvé la mort lors de l’effondrement d’un immeuble de six étages dans une localité en périphérie de Nairobi.
En avril 2016, 49 personnes ont péri lorsqu’un immeuble résidentiel de six étages s’est effondré dans le nord-est de la capitale, après plusieurs jours de pluies diluviennes ayant provoqué des inondations et des glissements de terrain.




