Un tribunal tanzanien a décidé vendredi que le procès pour trahison du chef de l’opposition, Tundu Lissu, se poursuivrait, estimant qu’il y avait matière à poursuites.
Lissu, à la tête du parti d’opposition Chadema, a été arrêté en avril 2025 et inculpé de trahison, un crime passible de la peine de mort, pour avoir prétendument incité la population à boycotter les élections de l’année dernière.
Ce militant de longue date, rentré d’exil en 2023, a été arrêté à plusieurs reprises au fil des ans et a survécu à une tentative d’assassinat en 2017.
La Tanzanie a fait l’objet de critiques internationales après la répression sanglante des manifestations qui ont suivi les élections de novembre. L’opposition et les organisations de défense des droits humains affirment que des milliers de personnes ont été tuées par les forces de sécurité.
Un dispositif de sécurité renforcé a été déployé vendredi devant la Haute Cour, alors que les partisans de Lissu remplissaient la salle d’audience pour le prononcé du verdict et que des diplomates étrangers étaient également présents.
« Le tribunal a statué que l’accusation a établi des preuves auxquelles l’accusé doit répondre », a déclaré le juge Dunstan Ndunguru.
Cette décision, rendue par un collège de trois juges, intervient quelques jours après la présentation des preuves par le parquet et les dépositions de 17 témoins à charge contre Lissu.
Lissu, qui assure lui-même sa défense, a cité plusieurs hauts responsables gouvernementaux qu’il entend appeler à la barre comme témoins à décharge, dont le président Samia Suluhu Hassan, et a demandé au tribunal de les convoquer.
« J’ai besoin de rencontrer mes avocats et mes témoins, mais ils ne sont pas autorisés à me rendre visite en prison », a déclaré Lissu au tribunal, demandant aux juges de se pencher sur ce problème.
Les partisans de Lissu ont exprimé leur frustration face au jugement rendu vendredi.
« Je ne m’attendais pas à un tel jugement qui maintient notre leader en prison… mais nous passons à l’étape suivante », a déclaré à l’AFP Benitho Mwapinga, un responsable de la jeunesse du Chadema.
« J’espère qu’un jour justice sera rendue », a déclaré Mariam John, 65 ans, vêtue d’un vêtement aux couleurs du Chadema.
L’année dernière, avant les élections sanglantes de novembre, le parti de Lissu a mené une campagne de réforme électorale intitulée « Pas de réformes, pas d’élections », ce qui a conduit à son arrestation.
Le parti de Lissu accuse Hassan, qui a remporté les dernières élections avec 98 % des voix, de renouer avec les méthodes répressives de son prédécesseur, John Magufuli.
Le gouvernement affirme que plus de 500 personnes ont été tuées lors des troubles post-électoraux, sans toutefois désigner de responsables.




