L’opposition sénégalaise exhorte le président Bassirou Diomaye Faye à fixer une date pour les élections locales, faisant de ce scrutin un possible premier affrontement avec son ancien allié Ousmane Sonko. Ce différend croissant survient après leur rupture politique et pourrait influencer l’équilibre des pouvoirs en vue de l’élection présidentielle de 2029.
Les partis d’opposition pressent le président Bassirou Diomaye Faye d’annoncer une date pour les élections municipales et départementales, qui pourraient constituer le premier test électoral majeur de ses relations de plus en plus tendues avec l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko.
Les mandats de cinq ans des autorités locales expirent en janvier, mais Faye n’a pas encore publié les décrets nécessaires au lancement du processus électoral, notamment la date du scrutin et l’ouverture des inscriptions sur les listes électorales.
La coalition d’opposition FDR, menée par l’ancien parti au pouvoir de l’ex-président Macky Sall, a également rejeté tout report ou prolongation des mandats des élus locaux.
Sonko intensifie ses critiques
Sonko a réclamé à plusieurs reprises la tenue des élections à la date prévue et a accusé le président de retarder le processus.
Lors d’un récent déplacement dans le nord du pays, Sonko a ouvertement provoqué Faye, exhortant les partisans de leur mouvement Pastef à maintenir la pression jusqu’à ce que le président annonce une date pour le scrutin.
Les deux hommes sont arrivés au pouvoir ensemble en 2024, Sonko soutenant Faye à la présidence après son inéligibilité suite à une condamnation pour diffamation. Leur alliance s’est ensuite effondrée, aboutissant à la destitution de Sonko du poste de Premier ministre par Faye en mai.
L’échéance de janvier approche
Le calendrier des élections suscite des controverses croissantes.
Selon Mor Fall, maître de conférences en droit à l’Université de Dakar, le code électoral exige que le décret fixant la date des élections soit publié au moins 80 jours avant le scrutin.
Cela signifie que pour que les élections se tiennent avant l’expiration des mandats locaux actuels en janvier, le décret devrait être publié début novembre.
Cependant, des proches de Faye ont laissé entendre qu’un scrutin ultérieur pourrait être envisageable. Aminata Touré, membre du parti Kiiraay, récemment créé par Faye, a déclaré que le président avait jusqu’à la fin de l’année 2027 pour organiser les élections, alimentant les spéculations quant à un possible report du scrutin.
Une nouvelle ligne de fracture politique
Faye a rompu officiellement avec le Pastef en juillet en lançant Kiiraay, ou « Les Patriotes Républicains », marquant une rupture politique plus profonde avec Sonko.
Cette scission a créé une incertitude au sein du mouvement au pouvoir, qui demeure le plus grand parti au Parlement, et a ouvert une nouvelle lutte d’influence en vue de l’élection présidentielle de 2029.
De nombreux conseils locaux sont encore contrôlés par les forces politiques de l’ancien président Macky Sall, ce qui ajoute une dimension supplémentaire à la compétition pour le scrutin à venir.
Le président face à un dilemme
L’analyste politique Pathe Mbodj a déclaré que Faye pourrait hésiter à fixer une date tant qu’il s’efforce de consolider son autorité.
« Il peine à maîtriser la situation politique », a déclaré Mbodj à l’AFP, décrivant une « situation hybride » où le président n’exerce pas encore un contrôle politique total.
Une défaite du camp de Sonko aux élections locales pourrait affaiblir Faye bien avant 2029, a indiqué Mbodj, laissant entendre que le président pourrait préférer un report à des élections immédiates en janvier.
Toutefois, selon Fall, tout report ou prolongation du mandat des élus locaux nécessiterait une loi votée par le Parlement.
Des élections législatives anticipées ajoutent à l’incertitude.
Ce différend électoral local survient alors que l’avenir du Parlement suscite également de nombreuses interrogations.
Le ministre du Commerce, Serigne Gueye Diop, a déclaré cette semaine que Faye envisageait de dissoudre le Parlement en décembre et de convoquer des élections législatives anticipées.
Les médias locaux ont également rapporté que le président avait sollicité l’avis du Conseil constitutionnel sur la possibilité d’organiser simultanément des élections locales et législatives en 2027.
La présidence n’a pas répondu aux demandes de commentaires, laissant planer l’incertitude quant à la date du prochain scrutin.




