Les pays africains riches en pétrole, réunis en Colombie pour les négociations internationales sur la sortie des énergies fossiles, ont déclaré mercredi qu’ils continueraient à forer pour soutenir la croissance économique, soulignant ainsi les tensions entre les impératifs climatiques et les réalités budgétaires pour les pays en développement.
Les ministres et les envoyés de près de 60 pays se sont réunis à Santa Marta, ville côtière des Caraïbes, pour la toute première conférence mondiale sur la transition énergétique mondiale, afin de se libérer des énergies fossiles comme le pétrole, le gaz et le charbon, principaux responsables du réchauffement climatique.
Cette conférence s’est tenue alors que les prix du pétrole ont atteint mercredi leur plus haut niveau depuis début 2022, accentuant les craintes concernant la sécurité énergétique mondiale et soulignant les risques liés à la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte de conflit prolongé avec l’Iran.
Cette situation est particulièrement difficile pour les pays en développement fortement dépendants des revenus issus des énergies fossiles – un message que certains participants à Santa Marta ont relayé.
« Il ne s’agit pas d’une sortie complète, mais d’une réduction progressive. Voilà le message », a déclaré à l’AFP à Santa Marta Onuoha Magnus Chidi, conseiller du ministre nigérian du Développement régional.
« Nous procédons à une réduction progressive et nous insistons sur la nécessité d’une planification précoce… Il faut que ce soit équitable pour tous. »
Chidi a déclaré que la sortie des énergies fossiles prendrait du temps au Nigéria, sixième pays le plus peuplé du monde et qui possède certaines des plus importantes réserves de pétrole et de gaz d’Afrique.
« Des gens vont perdre leur emploi… Comment comptez-vous les réinsérer dans d’autres secteurs ? », a-t-il demandé, soulignant la nécessité d’une réforme de la dette et d’autres formes d’aide financière pour rendre ce changement possible.
« Notre droit »
Le Sénégal a tenu un discours similaire, conciliant les priorités climatiques et de développement après les récentes découvertes de pétrole et de gaz offshore dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
« Nous sommes pleinement conscients des défis mondiaux qui exigent une transition », a déclaré à l’AFP Serigne Momar Sarr, conseiller technique au ministère sénégalais de l’Environnement et unique représentant du pays à la conférence.
« Ce que nous souhaitons affirmer, c’est notre droit au développement, exercé en toute responsabilité. »
Sarr a déclaré que l’Afrique ne représentait qu’une fraction des émissions mondiales et que le Sénégal poursuivrait une stratégie d’utilisation du gaz pour la production d’électricité, l’industrie et les exportations, tout en opérant une transition progressive vers des énergies plus propres.
« Nous menons cette transition en parallèle de nos activités extractives », a-t-il affirmé.
Cette conférence a été organisée suite à la frustration engendrée par les négociations de l’ONU sur le climat, où les efforts pour lutter contre l’utilisation des combustibles fossiles – principal facteur du réchauffement climatique – sont au point mort.
Les plus grands producteurs mondiaux de pétrole, de charbon et de gaz – les États-Unis, la Chine, l’Arabie saoudite et la Russie – n’y ont pas participé, de même que les pays du Golfe riches en pétrole.
Bien que cette réunion ne soit pas censée aboutir à des engagements contraignants, les organisateurs espèrent qu’elle permettra de formuler des propositions concrètes à l’intention des pays désireux d’accélérer une réduction maîtrisée de leur consommation de combustibles fossiles.
« Chaque économie a une situation différente », a déclaré à l’AFP la ministre espagnole du Climat, Sara Aagesen.




