Le Somaliland affirme que sa reconnaissance par Israël pourrait être un atout pour son port de Berbera. Cependant, face aux tirs de missiles qui survolent la région, il pourrait également devenir une cible.
Le port de Berbera, situé sur le golfe d’Aden, a été transformé au cours de la dernière décennie par la société émiratie DP World en une infrastructure ultramoderne sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde.
Berbera traite encore beaucoup moins de conteneurs que Djibouti ou Mombasa, mais le trafic portuaire a augmenté de 30 % entre 2023 et 2025, et les récentes initiatives diplomatiques pourraient entraîner une croissance bien plus importante.
Un accord en cours de négociation avec l’Éthiopie, pays enclavé voisin de plus de 130 millions d’habitants, pourrait permettre une nouvelle hausse du trafic de 80 %, a déclaré Ali Diriye Ahmed, directeur de l’autorité portuaire.
L’Éthiopie n’a pas répondu aux questions à ce sujet.
La récente décision d’Israël de reconnaître l’indépendance du Somaliland – une première depuis sa déclaration d’autonomie de la Somalie en 1991 – promet une « croissance considérable », a déclaré Ahmed, qui envisage déjà un agrandissement du port.
Cependant, une alliance avec Israël comporte aussi des risques, notamment suite aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran ce week-end, qui accroissent la menace d’une guerre régionale.
Abdel Malek al-Houthi, chef du groupe rebelle houthi soutenu par l’Iran au Yémen, avait déjà averti que toute présence israélienne au Somaliland serait considérée comme une « cible militaire ».
Les Émirats arabes unis, déjà visés ce week-end par des missiles iraniens, gèrent non seulement le port de Berbera, mais possèdent également une base militaire à proximité qu’ils ont récemment agrandie.
« Nous ignorons ce qui se passe réellement là-bas. Il arrive qu’il y ait jusqu’à 20 avions qui arrivent en une semaine », a déclaré un employé de DP World sous couvert d’anonymat.
Selon des experts, les Émirats arabes unis ont joué un rôle déterminant dans la reconnaissance du Somaliland par Israël, et il est possible que des forces israéliennes soient déjà présentes sur la base militaire de Berbera.
« Il est largement admis qu’une présence militaire ou sécuritaire israélienne est déjà en place dans le pays », a déclaré à l’AFP un diplomate occidental sous couvert d’anonymat, précisant toutefois que toute coopération militaire resterait secrète.
Si leur présence était confirmée sur la base émiratie, le port pourrait être vulnérable aux missiles houthis ou iraniens.
Une menace plus locale plane également, émanant d’Al-Shabaab, la branche somalienne d’Al-Qaïda, qui a déclaré qu’il s’opposerait à toute tentative d’Israël d’utiliser le Somaliland.
Les autorités du Somaliland « n’ont vu que la reconnaissance, sans penser à l’avenir », craint Roland Marchal, spécialiste de la région à Sciences Po.
« Contribuer à la paix »
Hargeisa a d’abord nié toute négociation concernant une base militaire israélienne sur son territoire, avant d’indiquer récemment que « rien n’est exclu ».
« Nous ne nous associons pas à Israël pour être contre qui que ce soit », a déclaré Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence du Somaliland et conseiller du président Abdirahman Mohamed Abdullahi.
Le Somaliland « souhaite contribuer à la paix dans la région », a-t-il affirmé à l’AFP.
À Berbera, ville paisible mais peu développée de 70 000 habitants, l’optimisme demeure.
Son maire, Abdishakur Mohamoud Hassan, a indiqué que la population et les recettes fiscales avaient fortement augmenté depuis la prise de contrôle du port par DP World, permettant ainsi la création d’écoles primaires gratuites et de nouveaux dispensaires.
Grâce à la reconnaissance d’Israël, « nous espérons que cette ville se développera comme Dubaï », a-t-il déclaré avec un sourire, ajoutant qu’il n’avait « aucune crainte » d’attaques de la part des ennemis d’Israël.
« Si un pays comme l’Ukraine résiste à la Russie depuis des années, nous ne nous laisserons pas intimider par les Houthis », a-t-il conclu.




