À Mogadiscio, les habitants ont exprimé des sentiments partagés, vendredi, après que la Cour suprême de Somalie a jugé « illégale » la prolongation du mandat du président.
Le pays est plongé dans une crise politique qui s’aggrave, l’opposition accusant le président Hassan Sheikh Mohamud d’avoir envoyé des troupes pour arrêter le président de la Cour suprême.
« La Cour suprême a raison et sa décision est juste. Partout dans le monde, les populations et les gouvernements se conforment aux décisions de justice ; l’État de droit doit être respecté », a déclaré Abdullahi Hassan Sheikh, un habitant de Mogadiscio.
« À mon avis, la décision de la Cour est erronée, car celle-ci était déjà en fonction au moment de l’adoption de la nouvelle Constitution », a estimé pour sa part Mohamed Farah Ahmed.
La Somalie fait face à de multiples crises : des rivalités politiques ont dégénéré en affrontements violents, tandis que le gouvernement perd le soutien de la communauté internationale dans sa lutte contre le puissant groupe insurgé islamiste, les Al-Shabaab.
Le président Hassan Sheikh Mohamud a tenté d’orienter la Somalie vers des élections pleinement démocratiques, cherchant à remplacer le système fondé sur les clans, dans lequel les représentants sont désignés par des chefs traditionnels.
Toutefois, ses opposants perçoivent ces réformes comme une tentative d’accaparement du pouvoir, d’autant plus que le président a décrété une « période de transition » lui octroyant une année supplémentaire au-delà de la fin de son mandat, en mai dernier.
M. Mohamud soutient qu’il était autorisé à rester en fonction en vertu d’amendements constitutionnels adoptés par le Parlement, afin de préparer les premières élections démocratiques à l’échelle nationale, prévues pour avril et mai 2027.
Cependant, la Cour suprême a statué jeudi que ces amendements ne pouvaient s’appliquer au mandat en cours de M. Mohamud et que celui-ci aurait dû quitter ses fonctions en mai. Elle a appelé à la conclusion d’un nouvel accord entre les partis politiques sous 30 jours, et à l’organisation d’élections dans un délai de 90 jours.
Avant même la publication de cette décision, la présidence a annoncé sur Facebook le limogeage du président de la Cour suprême, Bashe Yusuf Ahmed, et la nomination de son remplaçant, invoquant des « préoccupations… quant à la nécessité d’un appareil judiciaire efficace et équitable ». Le tribunal a répondu que le président n’avait pas le pouvoir de révoquer le juge, l’accusant de chercher à « entraver l’administration de la justice dans le cadre de l’affaire constitutionnelle portée devant la Cour suprême ».
Un ancien Premier ministre, Hassan Ali Khaire, a déclaré aux journalistes que le président avait, jeudi, « lancé un assaut contre la Cour suprême et déployé des troupes dans ses locaux ».
« Le président de la Cour suprême et des avocats sont traqués à leur domicile en vue d’être arrêtés ; ils ont subi des actes de torture, et le fonctionnement du tribunal a été interrompu », a-t-il ajouté.
Ces allégations n’ont pas pu être vérifiées par l’AFP, mais des images publiées par des médias somaliens montreraient la présence de forces militaires dans l’enceinte du tribunal.
« La Somalie se trouve à un tournant périlleux. Le démantèlement de notre appareil judiciaire constitue une menace directe pour l’État de droit », a affirmé Ali Khaire. « J’appelle toutes les composantes de la société somalienne à se mobiliser dès maintenant pour défendre l’ordre constitutionnel en Somalie. »
La majeure partie de l’opposition et des partis régionaux ont boycotté le vote sur l’amendement de la Constitution, qui a eu lieu au Parlement en mars ; certains ont même affirmé avoir été empêchés d’y participer.
En juin, des violences ont éclaté dans la capitale, Mogadiscio, sur fond d’affrontements entre factions politiques autour de cette question.
Cette recrudescence des tensions survient alors que la Somalie est également confrontée à une crise sécuritaire, liée à l’insurrection persistante du groupe Al-Shabaab — affilié à Al-Qaïda — qui contrôle de vastes zones du pays.
Les bailleurs de fonds internationaux, lassés par l’absence de progrès face aux insurgés et par un chaos politique qui ne semble jamais prendre fin, ont réduit drastiquement le financement de la mission militaire internationale, présente dans le pays depuis près de 20 ans.
L’Ouganda, principal contributeur à la force de l’Union africaine, a annoncé cette semaine le retrait de toutes ses troupes d’ici la fin de l’année 2027.
De son côté, Washington a supprimé toutes ses contributions à une mission logistique cruciale des Nations unies, sur laquelle repose la coalition militaire.




