Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui fut autrefois le parti au pouvoir en Éthiopie, fait face à la désaffection de ses anciens partisans dans cette région du nord, alors que sa dernière offensive contre les forces fédérales tourne court.
Tsegay Girmay a rejoint le TPLF — un parti qui prône l’autonomie — en 2020, indigné par les « atrocités commises » par les troupes érythréennes et les forces fédérales éthiopiennes, qui s’étaient alliées pour tenter d’écraser le mouvement durant la sanglante guerre du Tigré.
Six ans plus tard, cet homme de 32 ans — tout comme plusieurs autres Tigréens interrogés par l’AFP — se réjouit de voir le mouvement « sur le point de disparaître ».
Fin septembre, le TPLF s’est joint à d’autres groupes armés dans une offensive visant à « renverser » les dirigeants fédéraux éthiopiens, mais il a été rapidement repoussé par les forces progouvernementales, qui ont eu recours à des drones.
Chassé des principales villes du Tigré, le TPLF s’est replié dans les zones montagneuses de la région, d’où il mène des attaques sporadiques contre les troupes fédérales.
En octobre, les autorités fédérales ont officiellement pris le contrôle du Tigré, aux dépens des rebelles, en mettant en place une administration intérimaire pour une durée de six mois et en promettant l’organisation d’élections.
« Je ne crois pas que le TPLF ait la moindre chance de revenir au pouvoir. La situation sur le terrain en témoigne », affirme Girmay, habitant d’Adigrat, une ville du nord du Tigré.
Le rôle de l’Érythrée
Après avoir combattu aux côtés de l’Éthiopie contre le TPLF durant la guerre de 2020-2022, l’Érythrée s’est brouillée avec son voisin.
En octobre, elle a déployé des milliers de soldats au Tigré en soutien au TPLF, avant que des frappes de drones de l’armée fédérale éthiopienne ne les contraignent au repli.
Pour beaucoup au Tigré, la récente alliance du TPLF avec l’Érythrée a ravivé le souvenir douloureux des atrocités commises par les forces d’Asmara lors du précédent conflit.
Genet Hailu, une habitante de Mekele, la capitale régionale, estime que la coopération du parti avec les forces érythréennes a été une « erreur ».
« Elles ont commis des massacres et des violences sexuelles à l’encontre des Tigréens », souligne-t-elle. Elle a affirmé que le TPLF avait perdu son soutien, tant au niveau local qu’auprès des Tigréens vivant à l’étranger.
« Le parti s’est éloigné de la population », a-t-elle déclaré.
Elle a dénoncé les recrutements forcés opérés par le TPLF, des pratiques documentées par plusieurs médias — dont l’AFP — ainsi que par l’organisation Human Rights Watch.
« Le parti a commis des exactions contre ceux-là mêmes qui le soutenaient, et a contraint des enfants à rejoindre les rangs de l’armée », a-t-elle ajouté.
« En tant que mère tigréenne, j’ai pleuré, j’ai frappé le sol de colère et j’ai maudit le TPLF, en priant pour qu’il ne revienne jamais au pouvoir. »
Le vice-président du parti, Amanuel Assefa, a balayé ces critiques.
« Comment expliquer que l’on puisse reprocher quoi que ce soit à un parti qui se sacrifie pour la population ? » a-t-il réagi, interrogé par l’AFP.
Les « erreurs » du TPLF
Le TPLF jouissait autrefois d’un grand respect au Tigré, pour avoir mené la rébellion qui a renversé, en 1991, le régime militaire marxiste du « Derg » en Éthiopie.
Le parti a ensuite dirigé le pays jusqu’en 2018, bien que la minorité tigréenne ne représente qu’environ 6 % de la population éthiopienne.
Il a été interdit en 2025, plusieurs années après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed.
Un autre ancien sympathisant, Natnael Gebregziabher, âgé de 35 ans, confie avoir cru au TPLF par le passé, mais estime aujourd’hui que « les erreurs commises par ses dirigeants ont gravement mis la population en danger ».
« Il est devenu un fardeau pour le peuple tigréen », affirme-t-il.
D’autres, en revanche, continuent de soutenir le parti, tout en s’opposant à son alliance avec l’Érythrée.
Gebremichael Abebe, 52 ans, habitant la ville tigréenne d’Aksoum, confie craindre que « le gouvernement fédéral actuel ne cherche à nous détruire ».
« Je crois que le TPLF finira par l’emporter et reviendra au pouvoir », assure-t-il.
Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la Corne de l’Afrique à l’Oslo New University College, l’avenir du parti « dépend de plusieurs facteurs, notamment de sa capacité à se remettre en question et de l’attitude du gouvernement fédéral au Tigré ».




