La démocratie et les droits fondamentaux sont en recul en Afrique, les dirigeants africains s’inspirant de l’émergence d’« hommes forts » ailleurs dans le monde, a déclaré à l’AFP le responsable d’un organisme de suivi de la gouvernance.
Mo Ibrahim, 80 ans, milliardaire soudano-britannique ayant fait fortune dans les télécommunications, a investi sa richesse dans le suivi et la promotion d’une meilleure gouvernance sur le continent africain.
Le dernier rapport de la Fondation Mo Ibrahim fait état de progrès globaux en matière d’opportunités économiques et de développement humain au cours de la dernière décennie, mais souligne également une dégradation marquée de la sécurité, des droits humains et de la participation citoyenne, dans un contexte marqué par de multiples coups d’État militaires et des guerres dévastatrices en Afrique.
Mo Ibrahim a évoqué les élections tenues l’an dernier en Tanzanie — où les forces de sécurité ont été accusées d’avoir tué des milliers de manifestants — et en Ouganda, où le chef de l’opposition, Bobi Wine, a été « traqué et physiquement agressé ».
« C’est tout simplement honteux », a déclaré Mo Ibrahim.
L’indice révèle que 30 pays, qui abritent la moitié de la population africaine, ont obtenu de meilleurs scores de gouvernance globale en 2025 qu’en 2016 — principalement grâce à une amélioration de leur situation économique —, tandis que 23 pays ont connu une détérioration et un pays est resté stable.
Pour Mo Ibrahim, le recul des droits en Afrique s’explique en partie par le déclin de la démocratie libérale à travers le monde, des États-Unis à l’Europe, en passant par la Russie.
« C’est une époque étrange… on observe partout ce phénomène d’émergence d’hommes forts », a-t-il affirmé.
« Si vous êtes un dirigeant africain et que vous voyez tous ces « hommes forts » surgir un peu partout… vous vous dites : « Pourquoi pas moi ? Je peux m’en tirer sans problème » », a-t-il ajouté.
Il a souligné le virage pris par l’administration Trump vers une diplomatie davantage « transactionnelle », affirmant que cela « affaiblit l’ordre international et l’État de droit ».
« Regarder la réalité en face »
Le rapport fait état de reculs marqués dans certains des plus grands pays du continent, souvent liés à une réduction des droits politiques.
Sept des dix pays ayant enregistré les plus fortes baisses ont connu au moins un coup d’État au cours de la décennie. Le Burkina Faso affiche la détérioration la plus importante, tandis que le Nigeria, le Soudan et la Tunisie figurent également parmi les pays ayant enregistré les plus mauvais résultats. Le continent est confronté à de nouveaux défis pour les années à venir, notamment à la suite de la décision prise l’an dernier par Washington de mettre fin brutalement à l’USAID – supprimant ainsi des milliards de dollars d’aide aux pays africains –, une mesure qu’Ibrahim a qualifiée de « brutale ».
« Certes, il est de la prérogative des États-Unis d’accorder ou non une aide », a-t-il déclaré. « Mais, de grâce, prévenez-nous à l’avance. »
Jusqu’à présent, l’Afrique a fait preuve d’une résilience remarquable face à ces coupes budgétaires, ce qui a contraint le continent à « regarder la réalité en face ».
« Nous devons davantage compter sur nos propres forces. Et nous devons collaborer avec tous les partenaires disposés à travailler avec l’Afrique, qu’il s’agisse de l’Europe, de la Chine, de l’Inde ou de tout autre acteur », a affirmé Ibrahim.
Son espoir repose, comme toujours, sur l’importante population jeune du continent. Déjà, 60 % des Africains ont moins de 25 ans, et d’ici 2050, un jeune sur trois dans le monde sera africain.
« Ils sont bien mieux informés et bien mieux éduqués que la génération précédente », a souligné Ibrahim. « Notre génération a gâché des atouts en Afrique, je dois bien l’admettre. Nous avons réellement laissé passer certaines opportunités. »




