Des frappes de drones éthiopiens ont visé des forces érythréennes ayant atteint une ville du nord du Tigré, ont rapporté jeudi un observateur du conflit et des témoins, dans un contexte de crainte d’une guerre régionale plus large.
Les relations entre les deux pays voisins, qui se sont affrontés lors d’une guerre frontalière entre 1998 et 2000, se sont à nouveau détériorées ces derniers mois. L’Éthiopie accuse l’Érythrée de soutenir des rebelles dans sa région septentrionale du Tigré, et les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques la semaine dernière.
Le gouvernement d’Asmara accuse à son tour l’Éthiopie de soutenir ses propres opposants et de chercher un prétexte pour envahir son territoire et s’assurer un accès direct à la mer Rouge. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Meskel, a déclaré sur X que l’Éthiopie « œuvrait ouvertement à provoquer un changement de régime en Érythrée en offrant refuge et soutien à certains mercenaires se présentant comme des opposants ».
Les troupes d’Asmara ont franchi la frontière cette semaine et se sont positionnées autour de la ville éthiopienne d’Adigrat, dans le nord du Tigré, ont indiqué plusieurs sources à l’AFP. L’organisation de surveillance des conflits ACLED a rapporté que des « troupes et des munitions érythréennes » dans la zone d’Adigrat avaient été touchées par de « multiples frappes de drones » dans la nuit de mercredi à jeudi. « Il y a eu de très nombreuses frappes de drones hier.
Certains camions érythréens ont été détruits. Ils ne sont plus dans les rues », a déclaré à l’AFP un témoin ayant requis l’anonymat. Un autre témoin à Adigrat, souhaitant également garder l’anonymat, a dit avoir entendu une « énorme explosion pendant la nuit ». « J’ai aussi vu des véhicules militaires érythréens touchés par un drone », a-t-il ajouté. Un troisième témoin a indiqué que les troupes érythréennes semblaient battre en retraite vers le nord.
Ni l’Éthiopie ni l’Érythrée n’ont répondu aux questions concernant ces combats. Un haut commandant de l’armée fédérale éthiopienne a cherché à minimiser le conflit dans ses déclarations à l’AFP. Cette personne, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a évoqué « de petites poches de forces ennemies qui résistent encore et tentent de semer le trouble ».
L’Érythrée a obtenu son indépendance vis-à-vis de l’Éthiopie en 1993, privant cette dernière d’accès à la côte. Après des années de guerre et de tensions, leurs relations se sont nettement améliorées avec l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en 2018. L’Érythrée a même combattu aux côtés de l’Éthiopie durant la guerre civile qui a opposé cette dernière au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) entre 2020 et 2022.
Toutefois, la relation s’est rapidement dégradée par la suite, l’Érythrée exprimant son mécontentement quant aux termes de l’accord de paix ayant mis fin à ce conflit et, plus tard, face aux revendications de l’Éthiopie concernant un accès à la mer. Plus tôt ce mois-ci, l’Éthiopie a expulsé dix diplomates érythréens et fermé son ambassade à Asmara, tandis que l’Érythrée a répliqué en annonçant qu’elle allait « rompre tous les liens diplomatiques ».




