L’opposant guinéen Aliou Bah, emprisonné pour avoir insulté le chef de la junte, le général Mamadi Doumbouya, a bénéficié d’une grâce présidentielle vendredi, après près de deux ans de détention.
Cette mesure permet la libération de l’une des figures clés de l’opposition dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, alors que des organisations de défense des droits humains et des opposants politiques accusent la junte militaire au pouvoir de durcir la répression contre la contestation depuis sa prise de pouvoir en 2021.
Le général Doumbouya a gracié 217 détenus à l’occasion de la fête de l’indépendance de la Guinée, selon un décret présidentiel lu à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Amara Camara. Aliou Bah figurait parmi les personnes graciées.
Aliou Bah, dirigeant du Mouvement démocratique libéral (Model), était détenu depuis décembre 2024. Il avait été condamné en janvier de l’année dernière.
Sa libération n’était pas attendue avant décembre de cette année, compte tenu de sa condamnation à deux ans de prison pour « offense et injures » envers le chef de l’État.
Une cour d’appel avait confirmé la condamnation en mai 2025, alors que le parquet avait requis une peine de cinq ans de prison.
Aliou Bah avait été condamné pour des propos dans lesquels il appelait les chefs religieux guinéens à « rompre le silence » sur la situation politique du pays et qualifiait d’« incompétent » le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), l’organe au pouvoir.
Son dossier avait également été porté devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Dans une lettre datée du 25 septembre, la juridiction régionale avait demandé à la Cour suprême de Guinée d’ordonner la libération immédiate et inconditionnelle d’Aliou Bah.
Le général Doumbouya a pris le pouvoir en septembre 2021 après avoir renversé le président Alpha Condé, premier dirigeant guinéen démocratiquement élu.
Il a consolidé son emprise sur le pouvoir après avoir remporté l’élection présidentielle de décembre 2025, scrutin auquel aucun opposant majeur n’avait pris part.
Les partis d’opposition accusent les autorités militaires de restreindre systématiquement les libertés politiques.
Plusieurs grands partis politiques ont été dissous, des manifestations ont été interdites ou dispersées par les forces de sécurité, et de nombreuses voix critiques du pouvoir ont été arrêtées, condamnées, contraintes à l’exil ou ont disparu.




