L’ancien président de Guinée-Bissau en exil, Umaro Sissoco Embalo, évincé lors d’un coup d’État en novembre, a déclaré lundi à l’AFP qu’il allait rentrer au pays et se présenter à l’élection présidentielle prévue pour le 6 décembre.
L’armée s’est emparée du pouvoir dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, pauvre et en proie à une instabilité chronique, quelques jours seulement après le scrutin présidentiel, renversant Embalo et suspendant le processus électoral.
La junte mise en place sous la direction du général Horta N’Tam, un proche d’Embalo, a fixé au 6 décembre la date des élections présidentielle et législatives censées rétablir un pouvoir civil.
Promettant de revenir au pays sans toutefois préciser la date, Embalo a affirmé à l’AFP qu’il « sera candidat à l’élection présidentielle ».
De nombreux observateurs ont soupçonné Embalo d’avoir orchestré le coup d’État du 26 novembre pour stopper un processus électoral qu’il semblait mal engagé pour lui.
Le putsch a eu lieu la veille de l’annonce des résultats provisoires.
La semaine dernière, interrogé par un journaliste de radio au sujet d’Embalo, N’Tam a déclaré : « Tout Guinéen est libre de rentrer dans son pays s’il n’a rien à se reprocher. Même ceux qui m’insultent sur les réseaux sociaux peuvent revenir s’ils le souhaitent. »
Des militants ont annoncé sur les réseaux sociaux qu’ils préparaient son retour pour dimanche.
« Sur le plan juridique, rien ne s’oppose au retour d’Umaro Sissoco Embalo en Guinée-Bissau. Il a été évincé du pouvoir par un coup d’État », a expliqué à l’AFP l’analyste politique Malam Cisse, soulignant qu’il n’avait « signé aucun document renonçant au pouvoir ».
Selon le professeur d’histoire Bassirou Sadio, « une fois les conditions légales remplies, chacun devrait pouvoir participer à la compétition politique dans le respect des règles établies ».
N’Tam, qui assure également la présidence de transition, a interdiction de se présenter à l’élection présidentielle en vertu de la charte de transition du pays.
Les militaires ont justifié leur coup d’État en affirmant vouloir garantir l’ordre national, suite à la découverte présumée d’un complot visant à déstabiliser le pays et impliquant des barons de la drogue. – Réforme constitutionnelle –
Les électeurs de Guinée-Bissau ont approuvé, lors d’un référendum organisé en août, une réforme constitutionnelle conférant davantage de pouvoirs au président.
La junte a affirmé que cette modification permettrait de stabiliser les institutions avant les élections prévues en décembre.
Toutefois, le climat politique reste tendu dans ce pays habitué aux coups d’État, et l’opposition a appelé les électeurs à boycotter le processus.
La Guinée-Bissau est le dernier exemple en date d’un pays africain dont les dirigeants cherchent à modifier ou à refondre la Constitution pour prolonger la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou étendre les pouvoirs de l’exécutif, emboîtant ainsi le pas au Zimbabwe, à la Guinée, au Togo, à l’Ouganda et au Tchad.
Ce pays côtier a connu cinq coups d’État et plusieurs tentatives de renversement de pouvoir depuis son indépendance du Portugal en 1974.
La pauvreté accablante et le chaos politique qui y règnent ont également fait du pays un terrain propice à la corruption et au trafic de drogue.




