Sept groupes armés éthiopiens ont formé une alliance contre le gouvernement fédéral, a déclaré dimanche à l’AFP un responsable du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Ces derniers mois, le gouvernement et le TPLF ont massé des troupes le long de la frontière de cet État du nord, selon l’Union africaine, alimentant les craintes d’un retour à la guerre qui a fait quelque 600 000 morts.
« Nous venons de former une alliance ; nous collaborons avec plusieurs groupes et nos objectifs sont de renverser le régime et de faciliter la mise en place d’un gouvernement de transition », a déclaré le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa.
Les groupes impliqués sont les forces tigréennes, les milices nationalistes amharas Fano et l’Armée de libération oromo (OLA) — un groupe rebelle actif dans la région la plus peuplée d’Éthiopie —, ainsi que quatre autres formations.
« Nous pensons que nous réussirons ; nous discutons entre nous depuis plus d’un an », a affirmé Amanuel. Le chef des Fano, Zemene Kasse, présidera l’alliance, a-t-il ajouté.
Les autorités fédérales n’ont pas encore répondu à la demande de commentaire de l’AFP concernant cette alliance.
Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l’Oslo New University College (Norvège), a émis des doutes quant à la capacité de cette alliance à renverser le gouvernement fédéral, qui dispose d’une flotte importante de drones. Qualifiant la situation de « guerre sacrificielle pour les rebelles », il a déclaré à l’AFP : « Je ne suis pas sûr qu’ils seront capables de soutenir une telle guerre. »
« S’ils parviennent à se coordonner au niveau du commandement militaire, cela pourrait changer la donne ; le gouvernement devra faire face à quatre ou cinq fronts potentiels, ce qui pourrait représenter un défi », a-t-il ajouté.
Toutefois, il s’est interrogé sur l’après-prise de pouvoir, compte tenu des idéologies divergentes de ces groupes armés.
Affrontements passés
L’Éthiopie est en proie à des conflits armés dans ses deux régions les plus peuplées, l’Oromia et l’Amhara.
Les forces fédérales affrontent l’OLA — groupe qualifié d’« organisation terroriste » par le gouvernement — depuis 2018 dans le centre de l’Oromia.
Les Fano, milices traditionnelles d’« autodéfense » de l’ethnie amhara, ont pris les armes contre le gouvernement en avril 2023 après que les autorités fédérales ont tenté de les désarmer. Ce groupe est particulièrement actif dans les zones rurales.
Malgré l’annonce de dimanche, des doutes subsistent quant à une alliance entre des groupes qui se sont affrontés par le passé. Les Fano avaient combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes durant la guerre du Tigré.
Ces groupes sont également en conflit au sujet de territoires. L’ouest du Tigré, zone disputée entre les régions Amhara et Tigré, est administré par des nationalistes amharas depuis la fin de la guerre.
« Nous nous assoirons à la table des négociations plus tard pour résoudre nos problèmes pacifiquement », a déclaré Amanuel.




