Le Djidji Ayokwe, tambour sacré « parlant » pillé par les troupes coloniales françaises en 1916 et emporté en France, est arrivé vendredi dans son village d’origine en Côte d’Ivoire.
La cérémonie, organisée le jour de la fête nationale ivoirienne, a permis aux Ivoiriens d’aujourd’hui de le voir pour la première fois.
Cet imposant tambour en bois, de plus de trois mètres de long et pesant 430 kilogrammes, était utilisé par le peuple Ébrié pour transmettre des messages.
Officiellement restitué en février, il est arrivé en Côte d’Ivoire en mars à bord d’un avion spécialement affrété, mais n’a pas été sorti de sa caisse en bois.
La Côte d’Ivoire avait demandé fin 2018 la restitution du Djidji Ayokwe, parmi 148 œuvres d’art emportées durant la période coloniale.
Il s’agit de l’un des centaines d’objets volés que Paris s’apprête à restituer à l’Afrique, grâce à l’adoption en mai d’une nouvelle loi française.
Vendredi, il a été transporté lors d’un défilé militaire à travers le quartier de Yopougon à Abidjan, avant de rejoindre le village d’Adjamé, son lieu de fabrication.
L’instrument noir, blanc et rouge était transporté dans une vitrine sur un grand char décoré et accueilli par la ministre de la Culture, Françoise Remarck, des chefs traditionnels et des centaines d’habitants.
Une douzaine de personnes ont procédé à une libation, versant quelques gouttes de liquide sur le sol en offrande à leurs ancêtres.
« Une nation ne peut se développer si elle ne préserve pas sa mémoire et ne promeut pas son patrimoine », a déclaré le maire d’Adjamé, Farikou Soumahoro.
Il a confié ressentir « une profonde émotion et une grande fierté ».
« Nous voulons voir le tambour de nos propres yeux pour être sûrs qu’il nous appartient », a déclaré à l’AFP Jacqueline Akrebie, une villageoise de 69 ans.
Cyriaque Ahoure, chef traditionnel de 63 ans, a déclaré être venu partager un moment de « grande joie, en nous souvenant de nos ancêtres ».
Le tambour parlant est bien plus qu’un simple instrument de musique. Il était utilisé par la communauté des Ébriens pour signaler un danger, notamment celui des colonialistes, pour appeler à la guerre ou pour convoquer les villageois aux cérémonies.
Saisi par les autorités coloniales françaises en 1916, il fut expédié en Europe en 1929 et exposé à Paris pendant des décennies.
Il sera prochainement exposé au Musée des Civilisations d’Abidjan, qui a été spécialement rénové.
Le Sénégal et le Bénin ont également demandé la restitution de leurs trésors.
La restitution des biens culturels spoliés aux anciennes colonies d’Afrique et d’ailleurs est devenue une question délicate, et les musées, les institutions et les collectionneurs d’Europe et des États-Unis subissent des pressions pour les restituer.




