Huit chefs de l’opposition tchadienne, arrêtés fin novembre, ont été condamnés vendredi à huit ans de prison, a indiqué leur avocat à l’AFP. Il s’agit des dernières arrestations en date de détracteurs du président Mahamat Idriss Déby.
Les accusés, tous membres du seul mouvement politique à avoir systématiquement contesté l’élection de Déby, avaient été interpellés à N’Djamena, la capitale, une semaine avant une « marche de protestation et d’indignation » interdite par le gouvernement.
Ils ont été placés en détention provisoire dans l’attente des conclusions d’une enquête judiciaire pour « association de malfaiteurs, rébellion et possession illégale d’armes de guerre ».
« Nous ne sommes pas surpris, mais déçus par la décision du tribunal, qui repose sur des infractions inexistantes », a déclaré l’avocat des accusés, Moussa Adoum.
Il a ajouté qu’ils demanderaient l’appel devant la cour d’appel pénale de N’Djamena, « afin que la cour puisse statuer en toute impartialité ».
Depuis son arrivée au pouvoir après la mort de son père, Idriss Déby Itno, qui avait longtemps dirigé le pays, sous les balles de rebelles, Déby a supervisé l’emprisonnement de plusieurs de ses principaux rivaux.
Le chef de l’opposition, Succes Masra, ancien Premier ministre, a été condamné à 20 ans de prison pour « incitation à la haine » en mai 2025, à l’issue d’un procès que Human Rights Watch a dénoncé comme politiquement motivé.
Début mai, lors d’un rassemblement de soutien à leur chef emprisonné, le parti Transformers de Masra avait appelé à la libération des huit leaders de l’opposition. Un manifestant avait été tué par les forces de sécurité durant cette manifestation.
– Interdiction de la Cour suprême –
Les condamnations de vendredi interviennent au lendemain de la décision de la Cour suprême de dissoudre le mouvement GCAP, qui regroupe 13 partis politiques et des représentants de la société civile.
Le GCAP avait fortement appelé au boycott du scrutin qui a vu Déby élu président en mai 2024, trois ans après son accession au pouvoir par intérim suite à la mort de son père au front.
À la mi-avril, le mouvement a lancé un appel sur les réseaux sociaux invitant les Tchadiens à manifester contre « l’injustice et l’exclusion, et pour le rétablissement de nos droits, de nos libertés et de la justice ».
En octobre, la coalition a dénoncé le « climat de terreur » engendré par « l’intimidation » et les « menaces », qui s’ajoutent aux interdictions de manifestations et de rassemblements publics imposées par les autorités.
Au début du même mois, le Parlement tchadien a adopté à une écrasante majorité une révision constitutionnelle autorisant le président à briguer un mandat illimité de sept ans.
Cette réforme, qualifiée d’« autoritaire » par l’opposition, pourrait permettre à Déby de se maintenir au pouvoir à vie et de dépasser les trente années de règne de son père assassiné.




