Des soldats sud-africains sont intervenus mercredi dans les townships du Cap, ravagés par les gangs, après deux morts lors de nouvelles violences, près de 50 jours après l’ordre de déploiement donné par le président.
Des soldats en tenue de combat complète, armés de fusils d’assaut, sont descendus de véhicules blindés, sirènes hurlantes, à Mitchells Plain, un quartier des Cape Flats.
Cette zone basse, nichée entre la ville touristique du Cap et les pittoresques vignobles, est un foyer de criminalité et est en proie à des guerres de territoire entre gangs et à des représailles.
Deux hommes, âgés de 25 et 33 ans, ont été tués par balle à 5 h (3 h GMT) dans le quartier voisin de Hanover Park.
Plus tôt dans la journée, vers 2 h 45, un homme de 27 ans avait été blessé par balle à Mitchells Plain.
« J’ai peur pour mes enfants », a déclaré une grand-mère de 65 ans sous couvert d’anonymat, soupçonnant que son jardin servait de poste d’observation nocturne.
« Je ne dors pas de la nuit », a-t-elle ajouté, précisant que le départ de sa fille à 4 heures du matin la rendait « très angoissée ».
Des fusillades éclatent à toute heure, y compris aux heures de pointe, a témoigné Malvin Gordan, un retraité de 69 ans.
Ce déploiement a été un soulagement bienvenu, a-t-il affirmé, la simple présence des forces de l’ordre dissuadant les membres des gangs d’agir.
La région du Cap a connu l’une de ses semaines les plus meurtrières en août dernier, avec 59 homicides recensés en sept jours.
Face à ces violences et à d’autres problèmes, le président Cyril Ramaphosa a annoncé en février ce déploiement afin de renforcer les forces de police, alors en difficulté, affirmant que la criminalité était l’une des plus grandes menaces pesant sur l’Afrique du Sud.
Hormis les pays en guerre, l’Afrique du Sud affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde, avec une moyenne de 60 meurtres par jour.
Baptisée « Opération Prospérité », cette opération, d’une durée d’un an, concernera cinq des neuf provinces, dont le Gauteng, où se situe la capitale financière, Johannesburg, selon un plan présenté au Parlement.
Elle mobilise plus de 2 200 soldats pour appuyer les forces de police dans la lutte contre la recrudescence de la criminalité et l’exploitation minière illégale.
L’Afrique du Sud a eu recours à l’armée à plusieurs reprises en temps de crise, que ce soit pour faire respecter les mesures de confinement strictes liées à la Covid-19 en 2020 ou pour déployer des troupes lors des émeutes meurtrières déclenchées par l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma en 2021.
Des soldats ont également été déployés dans les rues en 2023 après une vague d’incendies de camions qui a fait craindre des troubles plus importants.
En 2019, environ 1 300 soldats ont été déployés pour épauler la police dans les zones de Cape Flats, autour du Cap, ravagées par les gangs.




