L’Afrique n’est plus seulement un continent qui cherche à rattraper le reste du monde. En matière de services bancaires mobiles, de simplicité des produits et de capacité à conjuguer tradition et technologie, elle devance de nombreux marchés considérés comme développés, explique à Euronews Marta Mróz-Sipiora, d’Asseco Poland.
L’Afrique subsaharienne connaît une transformation financière rapide. Selon le rapport « Global Findex 2025 » de la Banque mondiale, la proportion d’adultes disposant d’un compte financier est passée de 34 % en 2014 à 58 % en 2024.
L’un des principaux moteurs de ce changement est le « mobile money » (services financiers mobiles). En 2024, environ 40 % des adultes de la région possédaient un compte de ce type.
D’après la GSMA, une organisation internationale représentant des entreprises de l’écosystème mobile, l’Afrique comptait 1,1 milliard de comptes de « mobile money » enregistrés en 2024, soit une hausse de 19 % par rapport à l’année précédente. Parmi ceux-ci, 286 millions étaient actifs chaque mois, ce qui représente une augmentation de 12 %.
Au cours de l’année, les utilisateurs ont effectué 81 milliards de transactions, pour une valeur totale de 1 100 milliards de dollars.
Marta Mróz-Sipiora, directrice du développement mondial et de l’innovation chez Asseco Poland, est spécialisée dans le développement stratégique et la transformation numérique des institutions financières sur les marchés internationaux.
Forte de son expérience acquise sur des projets au Kenya, en Afrique du Sud et dans d’autres pays de la région, elle souligne que la technologie a prouvé sa capacité à atteindre des communautés que le système bancaire traditionnel n’aurait jamais pu servir. Dans plusieurs domaines, elle estime que l’Afrique a déjà devancé l’Europe.
Toutefois, ces mêmes données de la Banque mondiale révèlent également des disparités importantes en matière de détention de comptes financiers entre les différents pays africains.
Le Kenya arrive en tête, avec 90 % d’adultes possédant un compte, suivi par l’île Maurice avec 89 %. À l’autre extrémité du spectre, seuls 14 % des adultes au Niger et 20 % au Tchad disposent d’un compte. La puissance de la simplicité
L’un des exemples les plus marquants d’innovation financière en Afrique est M-Pesa, lancé par Safaricom PLC, l’opérateur de réseau mobile kényan coté en bourse.
Alors que les banques européennes ont consacré des années à développer des produits financiers distincts, la monnaie mobile en Afrique a émergé directement des besoins de personnes possédant un téléphone portable mais dépourvues de compte bancaire.
« Safaricom a créé quelque chose de remarquable à l’échelle mondiale. En intégrant des services financiers à son réseau mobile, l’opérateur a rendu possibles des transferts d’argent très simples », explique Mme Mróz-Sipiora.
Du microcrédit aux services bancaires grand public
Un autre exemple d’innovation africaine mis en avant par Mme Mróz-Sipiora est la Capitec Bank, en Afrique du Sud, qui comptait 26 millions de clients actifs pour l’exercice clos en février 2026.
« La banque a été fondée en 2001 sur les bases d’une activité de microcrédit. À l’origine, elle ciblait principalement des personnes à faibles revenus ayant un accès limité au système bancaire traditionnel », précise-t-elle.
Selon Mme Mróz-Sipiora, Capitec a commencé par proposer des prêts simples, avant de développer progressivement une plateforme bancaire en ligne, puis d’introduire des services bancaires mobiles.
Au début de son développement, l’accessibilité physique des agences bancaires constituait un élément clé de son modèle économique.
Pour Mme Mróz-Sipiora, le succès de Capitec démontre qu’une sophistication technologique ne doit pas se traduire par une expérience client complexe.
Une architecture technologique moderne, l’automatisation et des plateformes évolutives devraient, au contraire, permettre aux banques d’offrir davantage de services tout en les rendant plus simples à utiliser.
Les banques européennes, en revanche, semblent souvent prendre la direction opposée, soutient-elle.
« Aujourd’hui, nous disposons d’applications mobiles extrêmement sophistiquées, mais la plupart de leurs fonctionnalités ne sont jamais utilisées par les clients. Les banques oublient de supprimer ces fonctions inutilisées, ce qui engendre des coûts de maintenance système importants », explique-t-elle.
Services bancaires mobiles : un avenir que l’Afrique a déjà adopté
Mme Mróz-Sipiora souligne une réalité simple : les clients ont presque toujours leur téléphone sur eux.
Selon elle, les marchés africains offrent de précieux enseignements aux banques européennes, notamment en matière de développement de produits répondant aux besoins financiers immédiats des entreprises. Elle cite, à titre d’exemple, un dépôt à terme dont les intérêts sont versés par anticipation.
« C’est une illustration intéressante de la manière dont un produit bancaire classique peut être repensé sous l’angle de l’entrepreneur. Au lieu d’attendre l’échéance du dépôt pour percevoir les intérêts, une entreprise peut les recevoir plus tôt et utiliser ces fonds pour ses opérations courantes — régler des factures, réaliser des investissements ou répondre à d’autres besoins en fonds de roulement. Parallèlement, la banque s’assure de disposer de ces fonds pour une durée déterminée », explique-t-elle.
Elle souligne que les conditions régissant un retrait anticipé revêtent une importance capitale, notamment en ce qui concerne le traitement des intérêts déjà versés et l’éventuelle application de frais supplémentaires.
L’attrait d’un tel produit ne dépend pas uniquement du taux d’intérêt ; il repose également sur sa souplesse et sur son impact concret sur la trésorerie de l’entreprise.




