Un prédicateur kényan autoproclamé et ses complices ont été reconnus coupables, lundi, du meurtre de 191 personnes — pour la plupart des enfants — au sein d’une secte tristement célèbre où les adeptes étaient poussés à mourir de faim.
Depuis 2023, des centaines de corps ont été découverts sur le site de la secte, situé dans les terres, non loin de la station balnéaire kényane de Malindi ; une affaire désormais connue sous le nom de « massacre de la forêt de Shakahola ».
Le pasteur autoproclamé Paul Mackenzie est accusé d’avoir incité ses adeptes à se laisser mourir de faim afin de « rencontrer Jésus».
Il est resté impassible dans la salle d’audience de Mombasa, alors que lui-même et 28 autres personnes étaient reconnus coupables de meurtre.
« J’estime que l’accusation a apporté la preuve de la culpabilité des 29 prévenus dans le meurtre de 190 enfants et d’un adulte », a déclaré le juge.
Au cours des trois années qui ont suivi cette macabre découverte, d’autres corps — d’enfants, de femmes et d’hommes — ont été exhumés, portant le bilan total à bien plus de 400 victimes.
Paul Mackenzie fait également face à des accusations d’homicide involontaire et de terrorisme dans le cadre d’autres procédures judiciaires.
Des proches des victimes étaient présents au tribunal, beaucoup ayant fait le déplacement jusqu’à Mombasa depuis des communautés rurales de la côte.
Francis Wanje, 62 ans, a perdu huit membres de sa famille à Shakahola, dont sa fille et deux de ses petits-enfants.
« C’est un jour très, très important pour moi », a-t-il confié à l’AFP avant le début de l’audience.
« Nous attendons une décision qui servira de leçon à tous, afin que de tels drames ne se reproduisent plus », a-t-il ajouté, exprimant sa colère face à l’inaction initiale des autorités.
Au Kenya, des voix se sont élevées pour réclamer un encadrement plus strict des organisations religieuses, après la révélation que Paul Mackenzie avait déjà été arrêté à deux reprises par le passé, avant d’être remis en liberté.
Selon l’accusation, Paul Mackenzie a « initié et dirigé » une pratique de jeûne extrême au sein de son domaine de 325 hectares, situé dans la forêt de Shakahola. L’accusation évoque une « hiérarchie de la mort » structurée, selon laquelle les enfants devaient mourir en premier, suivis des adolescents, des femmes, puis des hommes. Les enfants sont principalement morts de faim, mais aussi d’« asphyxie, de compression du cou et de traumatismes crâniens », ont indiqué les procureurs, en s’appuyant sur des autopsies et des rapports de police.
L’affaire éclate
Mackenzie a été arrêté en avril 2023, après qu’une organisation de défense des droits humains a alerté les autorités, permettant le sauvetage de certains adeptes.
L’opération policière qui a suivi a mis au jour des centaines de fosses communes peu profondes. Le bilan, en constante augmentation, a contraint les autorités à suspendre les fouilles, les morgues locales manquant d’espace.
En 2024, la Commission nationale kényane des droits de l’homme a fait état d’un bilan de 429 morts. Certaines victimes n’ont pas encore été identifiées.
En janvier, Mackenzie a été inculpé en lien avec la découverte de 52 corps supplémentaires dans un village voisin.
Cet homme, qui se présente comme pasteur, est connu pour ses positions extrémistes et a réussi à échapper aux forces de l’ordre pendant des années.
Il a fondé la « Good News International Church » en 2003 et a ouvert des antennes à Nairobi ainsi que sur la côte kényane, attirant des milliers d’adeptes, bien qu’il ait affirmé que l’organisation avait fermé ses portes en 2019.
En 2017, il avait été arrêté pour des faits de « radicalisation », mais a finalement été acquitté. Il a de nouveau été interpellé en 2019, dans le cadre d’une enquête sur le décès de deux enfants à Shakahola, avant d’être remis en liberté sous caution.




