À Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, l’annonce du retrait « unilatéral » des combattants de l’AFC-M23 a ravivé l’espoir d’un retour à la paix, tout en soulevant de nombreuses questions.
Quelques heures après l’annonce des rebelles de l’Alliance du fleuve Congo (AFC-M23), les rues d’Uvira bruissaient de discussions. Mardi, les habitants de cette ville stratégique du Sud-Kivu – tombée aux mains des rebelles la semaine dernière – oscillaient entre soulagement, méfiance et incertitude.
Dans les quartiers populaires comme dans le centre-ville, la nouvelle a rapidement monopolisé les conversations. Si certains saluent ce qu’ils perçoivent comme un premier pas vers la désescalade, d’autres doutent de la réalité de ce retrait et de sa pérennité.
Furaha Amani, habitante d’Uvira, exprime un sentiment partagé par beaucoup : « Nous attendions le retrait du M23, mais nous les avons encore vus ce matin. Cela ne nous pose pas de problème ; nous resterons avec celui qui nous protégera. Tout ce que nous voulons, c’est la paix.»
Ses paroles reflètent à la fois la lassitude d’une population épuisée par la guerre et un pragmatisme dicté par la survie au quotidien. À Uvira, la sécurité demeure la principale préoccupation, quel que soit l’acteur qui la garantit.
Pour Rachid Nezera, un autre habitant, les enjeux sont avant tout économiques et sociaux : « Nous voulons la paix. À leur arrivée, ils ont promis de nous apporter la paix. Nous avons besoin de paix pour que chacun puisse travailler sereinement.»
Marchés perturbés, écoles fermées, activités paralysées : la récente occupation de la ville a profondément affecté la vie locale. Un retour, même minimal, à la normale reste l’aspiration première.
Dans un communiqué publié mardi, Corneille Nangaa, coordinateur de l’AFC-M23, a confirmé le retrait unilatéral des forces de son mouvement d’Uvira. Le groupe affirme répondre à une demande des États-Unis, dans un contexte de pressions diplomatiques croissantes.
Cependant, cette annonce est assortie de conditions. L’AFC-M23 a posé plusieurs impératifs, notamment la démilitarisation complète de la ville, la protection effective des civils et un contrôle strict du cessez-le-feu. Le groupe armé réclame également le déploiement d’une force neutre chargée de superviser la situation sécuritaire.
Sur le terrain, ces exigences soulèvent de nombreuses questions. Qui garantira réellement la sécurité de la population ? Quelles forces remplaceront les combattants rebelles ? Pour l’instant, aucune réponse claire n’a été apportée.
Cette annonce de retrait intervient dans un climat régional tendu. Washington accuse ouvertement le Rwanda de soutenir l’AFC-M23, une allégation que Kigali réfute. S’adressant au Conseil de sécurité de l’ONU le 12 décembre, l’ambassadeur américain Mike Waltz a condamné ce qu’il a qualifié de politique rwandaise « plongeant la région dans une instabilité accrue et la menant à la guerre ».
Ces déclarations renforcent l’impression que la crise sécuritaire dans l’est de la RDC dépasse largement les frontières nationales. Pour les habitants d’Uvira, cependant, ces luttes géopolitiques semblent bien lointaines comparées à une priorité immédiate : vivre sans la peur constante des tirs.
Si l’annonce du retrait suscite une lueur d’espoir, les habitants d’Uvira restent sur leurs gardes. Dans cette ville frontalière avec le Burundi, la paix est devenue une promesse fragile – souvent proclamée, rarement durable. Pour beaucoup, la véritable épreuve ne résidera pas dans les déclarations politiques, mais dans la réalité sur le terrain dans les jours et les semaines à venir.




