Immédiatement après les frappes surprises américaines visant des militants au Nigéria, l’identité et la nature exactes des cibles restaient floues, Washington et Abuja donnant des versions légèrement différentes.
La situation était d’autant plus confuse que le président américain Donald Trump avait retardé les frappes, apparemment pour privilégier la portée symbolique d’une attaque lancée le jour de Noël – et que des allégations circulaient selon lesquelles Washington aurait renoncé à publier une déclaration conjointe avec les Nigérians.
Les deux pays s’accordent à dire que les frappes ont touché des cibles liées à l’État islamique, mais aucun n’a immédiatement fourni de précisions sur les groupes armés nigérians visés.
« Vingt-quatre heures après les bombardements, ni le Nigéria ni ses prétendus « partenaires internationaux » ne sont en mesure de fournir des informations claires et vérifiables sur les cibles réelles », a déclaré samedi Omoyele Sowore, militant et ancien candidat à la présidentielle.
Le Nigéria lutte contre de multiples organisations djihadistes, dont plusieurs sont liées à l’État islamique. Les pays voisins combattent également des groupes liés à l’EI, et l’on craint que ces conflits ne s’étendent au pays.
Mohammed Idris, ministre nigérian de l’Information, a déclaré vendredi soir que les frappes « visaient des éléments de l’EI tentant de pénétrer au Nigéria depuis le corridor sahélien ».
Des précisions officielles ont commencé à émerger samedi, lorsque Daniel Bwala, porte-parole du président Bola Tinubu, a déclaré à l’AFP que les frappes visaient des militants de l’État islamique présents dans le pays pour collaborer avec le groupe djihadiste Lakurawa et des bandes de bandits.
Les trois groupes ont été ciblés et il y a eu des victimes, mais on ignore qui elles étaient et à quel groupe elles appartenaient, a précisé M. Bwala.
Trump revendique l’opération
Le soir même des frappes, Donald Trump a été le premier à revendiquer sur les réseaux sociaux les frappes menées dans la nuit de jeudi à vendredi dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du pays, suscitant l’inquiétude des Nigérians quant à une possible violation de leur souveraineté.
Trump a également déclaré au média américain Politico que les frappes étaient prévues plus tôt que jeudi: « Et j’ai dit : « Non, offrons-leur un cadeau de Noël. » »
Le Parti démocratique populaire (PDP), principal parti d’opposition, a fustigé le gouvernement pour avoir permis à des « puissances étrangères » de « révéler les opérations de sécurité dans notre pays avant même que notre gouvernement ne le fasse ».
Tôt vendredi, le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une opération conjointe, Tinubu ayant finalement donné son feu vert et le Nigeria ayant fourni les renseignements nécessaires aux frappes.
Tuggar a ensuite déclaré à la chaîne Arise News que, lors d’un entretien téléphonique avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio avant les frappes, les deux hommes s’étaient entendus sur la publication d’une déclaration commune, mais que Washington avait précipité la publication de la sienne.
Des villages touchés par erreur
Tard vendredi, près de 24 heures après les frappes, c’est finalement le Nigeria qui a clarifié la nature des cibles : « deux importantes enclaves terroristes de l’État islamique (EI) » dans le district de Tangaza, dans l’État de Sokoto, selon Idris.
D’autres villages ont été touchés par des débris provenant des frappes, selon le ministre de l’Information.
Des images prises par un photographe de l’AFP à Offa, dans l’État voisin de Kwara, montrent des bâtiments effondrés, des rues jonchées de débris, des toits écroulés et des biens éparpillés parmi les décombres.
Des explosions survenues à Jabo, dans l’État de Sokoto, apparemment dues aux débris, ont secoué la population et « nous ont surpris car cette région n’a jamais été un bastion pour les groupes armés », a déclaré Haruna Kallah, un habitant, à l’AFP.
L’armée américaine a diffusé une vidéo montrant un navire de la marine américaine tirant ce qui semble être des missiles.
Idris a déclaré : « Les frappes ont été lancées depuis des plateformes maritimes basées dans le golfe de Guinée. » Il a également précisé qu’« un total de 16 munitions de précision guidées par GPS ont été déployées à l’aide de drones MQ-9 Reaper ».
Cibles inconnues
Le choix de frapper le nord-ouest du pays a semé la confusion parmi les analystes, car les djihadistes nigérians sont principalement concentrés dans le nord-est.
Certains chercheurs ont récemment établi un lien entre certains membres du groupe armé Lakurawa – principal groupe djihadiste basé dans l’État de Sokoto – et l’État islamique Sahel (EIPS), mais d’autres analystes contestent ces liens.
Ces frappes interviennent également après une crise diplomatique entre Washington et le Nigeria. Les attaques contre Abuja ont été déclenchées par les propos de Trump, qui a qualifié les violences dans le pays de « persécution » des chrétiens – une rhétorique longtemps utilisée par la droite religieuse américaine.
Le gouvernement nigérian et des analystes indépendants rejettent ces accusations.
Le fait que les violences au Nigeria soient présentées sous un angle religieux, le manque de clarté concernant les cibles et le report des frappes à Noël alimentent les craintes des critiques, qui estiment que l’attaque avait une portée symbolique plus importante que le fond.
Les deux pays ont indiqué que d’autres frappes étaient envisagées.




