Malgré des décennies de discours sur la transformation économique, l’industrialisation de l’Afrique demeure largement à l’arrêt. L’une des causes structurelles majeures de cet échec réside dans ce que les analystes qualifient de piège énergétique : une combinaison persistante de pénurie d’électricité, de coûts élevés et d’approvisionnement peu fiable, qui empêche le développement d’une base industrielle solide.
Sur le continent, la production d’électricité est fortement concentrée. Une minorité de pays, principalement en Afrique du Nord et en Afrique australe, génère l’essentiel de l’énergie disponible, tandis que la majorité des économies africaines disposent d’un accès limité, instable ou coûteux à l’électricité. Cette fracture énergétique se traduit directement par une fracture industrielle : là où l’énergie est rare ou intermittente, l’industrie ne peut ni émerger ni monter en gamme.
Le problème ne se limite pas à la quantité d’énergie produite, mais concerne aussi la qualité du système énergétique. Les entreprises industrielles africaines font face à des coupures fréquentes, à des réseaux vétustes et à des tarifs élevés, ce qui réduit leur compétitivité, décourage l’investissement et favorise une dépendance aux générateurs privés coûteux. Dans ces conditions, la production à grande échelle devient économiquement intenable.
Ce déficit énergétique enferme l’Afrique dans un modèle économique dominé par l’exportation de matières premières et l’agriculture à faible valeur ajoutée. Même lorsque le continent dispose de ressources naturelles abondantes et d’une main-d’œuvre jeune, ces atouts restent sous-exploités faute d’une énergie fiable capable de soutenir des chaînes de valeur industrielles continues.
Les analystes soulignent également un désalignement des politiques publiques : la planification énergétique est souvent dissociée des stratégies industrielles. L’électrification est prioritairement pensée pour les ménages, tandis que les besoins spécifiques de l’industrie — puissance, continuité, prévisibilité — sont relégués au second plan. Cette approche limite l’impact de l’énergie comme moteur de transformation économique.
Pour sortir de ce piège, une réorientation stratégique s’impose. Elle passe par des investissements massifs dans les infrastructures électriques, une réforme des services publics de l’énergie, et le développement d’un mix énergétique diversifié combinant ressources renouvelables et conventionnelles. Surtout, l’énergie doit être pensée comme un levier central de politique industrielle, et non comme un simple service social.
Sans une énergie abondante, abordable et fiable, les ambitions industrielles de l’Afrique resteront largement théoriques. Briser le piège énergétique apparaît ainsi comme une condition indispensable pour engager une industrialisation réelle, durable et créatrice de valeur sur le continent.




