{"id":19163,"date":"2026-10-18T08:34:40","date_gmt":"2026-10-18T08:34:40","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=19163"},"modified":"2026-10-18T08:40:38","modified_gmt":"2026-10-18T08:40:38","slug":"les-manuscrits-de-tombouctou-entre-mythe-et-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/19163\/les-manuscrits-de-tombouctou-entre-mythe-et-realite\/","title":{"rendered":"Les Manuscrits De Tombouctou : Entre Mythe Et R\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Du XVe si\u00e8cle \u00e0 nos jours, la ville de Tombouctou<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> n&rsquo;a cess\u00e9 de susciter les convoitises commerciales, culturelles et religieuses. Situ\u00e9e aux confins du Sahara et du Sahel, elle s&rsquo;est impos\u00e9e comme l&rsquo;un des plus prestigieux centres intellectuels de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Gr\u00e2ce \u00e0 ses mosqu\u00e9es-\u00e9coles<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et \u00e0 ses nombreuses biblioth\u00e8ques priv\u00e9es, qui conservaient d&rsquo;importantes collections d&rsquo;ouvrages, en particulier autour de la mosqu\u00e9e de Sankor\u00e9<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, la cit\u00e9 accueillait des savants et des \u00e9tudiants venus de tout l\u2019Afrique de l\u2019Ouest pour approfondir leurs connaissances en droit, en th\u00e9ologie, en litt\u00e9rature, en astronomie, en m\u00e9decine et dans les sciences islamiques. Tombouctou devint ainsi un v\u00e9ritable carrefour du savoir, o\u00f9 circulaient les hommes, les id\u00e9es et les livres<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Tombouctou atteignit son apog\u00e9e politique, \u00e9conomique et intellectuelle au XVI\u1d49 si\u00e8cle, sous l\u2019Empire songha\u00ef<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Sa prosp\u00e9rit\u00e9, fond\u00e9e sur le commerce transsaharien de l\u2019or, du sel et d\u2019autres marchandises, s\u2019accompagnait d\u2019un rayonnement intellectuel exceptionnel, qui lui valut des surnoms \u00e9vocateurs tels que \u00ab Perle du d\u00e9sert \u00bb ou \u00ab L\u00e9gende du Sahara \u00bb. Selon certaines sources historiques, au milieu du XVI\u1d49 si\u00e8cle, la ville comptait environ 25 000 \u00e9l\u00e8ves r\u00e9partis dans 180 \u00e9coles, pour une population estim\u00e9e \u00e0 100 000 habitants<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Les r\u00e9cits des voyageurs arabes<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, puis surtout europ\u00e9ens<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, contribu\u00e8rent \u00e0 forger une image presque mythique de cette cit\u00e9 lointaine, pr\u00e9sent\u00e9e comme une m\u00e9tropole tr\u00e8s prosp\u00e8re o\u00f9 l\u2019or \u00e9tait si abondant qu\u2019elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des villes les plus riches du monde de son \u00e9poque<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Le voyageur et g\u00e9ographe L\u00e9on l&rsquo;Africain<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, qui visita la ville au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, souligne l&rsquo;importance et la prosp\u00e9rit\u00e9 de ce commerce. Les manuscrits \u00e9taient import\u00e9s d&rsquo;Afrique du Nord et d&rsquo;\u00c9gypte, tandis que les p\u00e8lerins revenant de La Mecque profitaient souvent de leur s\u00e9jour dans les grands centres intellectuels, notamment au Caire, pour copier ou acqu\u00e9rir \u00e0 des prix exorbitants des ouvrages qu&rsquo;ils rapportaient ensuite afin d&rsquo;enrichir leurs biblioth\u00e8ques personnelles<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Toutefois, les \u00e9rudits de Tombouctou, et plus largement ceux de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, ne se sont pas content\u00e9s de copier ou de transmettre les ouvrages provenant du monde arabe. Ils ont \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 une production intellectuelle abondante et originale dans des domaines vari\u00e9s, contribuant ainsi \u00e0 l&rsquo;enrichissement du patrimoine scientifique et culturel islamique et mondial. Pourtant, cette contribution demeure encore largement sous-estim\u00e9e, voire marginalis\u00e9e, tant dans les milieux acad\u00e9miques contemporains que dans une partie du monde arabo-musulman.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;importance de ce patrimoine exceptionnel et la renomm\u00e9e de Tombouctou pour ses manuscrits, celui-ci demeure largement m\u00e9connu du grand public. Cette situation soul\u00e8ve plusieurs interrogations : qui conna\u00eet v\u00e9ritablement la ville aux 333 saints ? Qui sait que ses manuscrits constituent l&rsquo;une des plus importantes collections documentaires d&rsquo;Afrique ? Quels domaines du savoir couvrent-ils ? Quels t\u00e9moignages apportent-ils sur l&rsquo;histoire, la culture et les civilisations de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest ? Et face aux menaces qui p\u00e8sent sur ce patrimoine fragile, comment assurer sa pr\u00e9servation, sa valorisation et sa transmission aux g\u00e9n\u00e9rations futures ?<\/p>\n<h2>Tombouctou : un demi-million de manuscrits au c\u0153ur du Sahara.<\/h2>\n<p>Parmi les tr\u00e9sors qui ont travers\u00e9 les si\u00e8cles, les manuscrits de Tombouctou occupent une place unique. R\u00e9partis dans de nombreuses biblioth\u00e8ques familiales, ils sont aujourd&rsquo;hui estim\u00e9s entre 300 000 et 500 000 documents, r\u00e9dig\u00e9s ou copi\u00e9s entre le XIIIe et le XIXe si\u00e8cle. Ces manuscrits en arabe couvrent un \u00e9ventail remarquable de disciplines : \u00e9tudes religieuses, sciences humaines et sociales, linguistique, biologie, astronomie, math\u00e9matiques, litt\u00e9rature, po\u00e9sie, commerce ou encore la diplomatie, etc. Ils t\u00e9moignent de l&rsquo;intensit\u00e9 des \u00e9changes intellectuels entre l&rsquo;Afrique sah\u00e9lienne, le Maghreb, l&rsquo;\u00c9gypte et le reste du monde islamique, tout en r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;originalit\u00e9 de la production scientifique des savants africains.<\/p>\n<p>Les manuscrits de Tombouctou pr\u00e9sentent d&rsquo;ailleurs des caract\u00e9ristiques mat\u00e9rielles qui les distinguent des ouvrages europ\u00e9ens de la m\u00eame \u00e9poque. Ils se composent g\u00e9n\u00e9ralement de feuillets s\u00e9par\u00e9es, souvent non reli\u00e9s, soigneusement conserv\u00e9s dans des pochettes ou des \u00e9tuis en cuir, les pages comportent des r\u00e9clames (raqqas<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>) en bas de page, destin\u00e9es \u00e0 faciliter l\u2019assemblage du livre. Cette particularit\u00e9 t\u00e9moigne de la remarquable ma\u00eetrise des textes par les <em>Ul\u00e9mas<\/em>, les copistes et les \u00e9tudiants, qui m\u00e9morisaient souvent les \u0153uvres qu&rsquo;ils copiaient ou enseignaient. De nombreux manuscrits sont \u00e9galement enrichis de notes marginales, de commentaires, de gloses, d&rsquo;actes de propri\u00e9t\u00e9 ou de mentions de la vie quotidienne. Ces annotations constituent aujourd&rsquo;hui une source historique de premier ordre, offrant un t\u00e9moignage pr\u00e9cieux sur la vie intellectuelle, sociale, \u00e9conomique et religieuse de Tombouctou \u00e0 travers les si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Entre mythe et r\u00e9alit\u00e9, les manuscrits de Tombouctou ne sont donc pas seulement les vestiges d&rsquo;un pass\u00e9 prestigieux ; ils incarnent la m\u00e9moire vivante d&rsquo;une tradition savante africaine qui a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l&rsquo;histoire intellectuelle du continent et du monde islamique. Les \u00e9tudier, c&rsquo;est red\u00e9couvrir une page essentielle de l&rsquo;histoire universelle, longtemps n\u00e9glig\u00e9e, mais dont la port\u00e9e d\u00e9passe largement les fronti\u00e8res du Sahara.<\/p>\n<h2>Tombouctou et ses manuscrits : une encyclop\u00e9die des sciences.<\/h2>\n<p>Les manuscrits conserv\u00e9s \u00e0 Tombouctou, mais \u00e9galement dans d&rsquo;autres grands centres de savoir du Sahara et du Sahel tels que Chinguetti, Oualata, Djenn\u00e9<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a> ainsi qu&rsquo;au sein de certaines tribus du bassin du Niger,<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> t\u00e9moignent de l&rsquo;existence d&rsquo;une vaste tradition intellectuelle qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e entre le XIIIe et le XIXe si\u00e8cle. L&rsquo;ensemble de ces collections r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9crit dans les soci\u00e9t\u00e9s savantes de l&rsquo;Afrique sah\u00e9lienne et illustre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une v\u00e9ritable culture du livre.<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie, la jurisprudence islamique (<em>fiqh<\/em>), l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se coranique (<em>tafsir<\/em>) et le mysticisme (<em>tasawwuf<\/em>) occupent une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans ces manuscrits. Les <em>Ul\u00e9mas<\/em> y recherchent des r\u00e9ponses aux transformations politiques, sociales et spirituelles que conna\u00eet alors la r\u00e9gion, en s&rsquo;appuyant sur le Coran, les <em>hadiths<\/em> et les grands auteurs de la tradition islamique. Toutefois, cette pr\u00e9dominance des sciences religieuses ne doit pas masquer la diversit\u00e9 des savoirs cultiv\u00e9s \u00e0 Tombouctou.<\/p>\n<p>Les manuscrits r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour la philosophie, la logique et les d\u00e9bats intellectuels. L&rsquo;historien John Hunwick<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> a notamment mis en lumi\u00e8re un manuscrit intitul\u00e9\u00a0<em>Al-Futu\u1e25at al-Rabbaniyya<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle par le neveu du c\u00e9l\u00e8bre cheikh <em>Mohammed Bello<\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, qui t\u00e9moigne de la vitalit\u00e9 de la r\u00e9flexion philosophique dans la r\u00e9gion. Un autre \u00e9rudit tombouctien a \u00e9crit vers 1828 un ouvrage de philosophie, consacr\u00e9 \u00e0<br \/>\n<em>\u00ab\u00a0l\u2019\u00e9valuation critique de la conception de la vie chez les mat\u00e9rialistes, les naturalistes et les physiciens avec des consid\u00e9rations sur la nature transitoire du monde, l\u2019existence ou la non-existence de l\u2019esprit et la nature des sph\u00e8res c\u00e9lestes.<\/em><a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00bb<\/p>\n<p>Le patrimoine scientifique constitu\u00e9 \u00e0 Tombouctou pr\u00e9sente une autre caract\u00e9ristique remarquable : il est profond\u00e9ment mobile. Les manuscrits circulent constamment gr\u00e2ce aux r\u00e9seaux commerciaux, aux p\u00e8lerinages et aux \u00e9changes entre savants. Des ouvrages venus du Caire, de La Mecque, de F\u00e8s, de Tlemcen, de Gao, d&rsquo;Araouane, du Bornou ou encore de l\u2019Andalousie\u00a0 rejoignent les biblioth\u00e8ques de Tombouctou, tandis que des copies r\u00e9alis\u00e9es par les copistes locaux diffusent les productions intellectuelles de la cit\u00e9 \u00e0 travers le monde islamique. Cette circulation permanente des textes favorise les \u00e9changes d&rsquo;id\u00e9es et l&rsquo;enrichissement mutuel des traditions savantes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-19167 aligncenter\" src=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01-650x475.jpg\" alt=\"Les Manuscrits De Tombouctou 2026-01\" width=\"650\" height=\"475\" srcset=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01-650x475.jpg 650w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01-768x561.jpg 768w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01-750x548.jpg 750w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01-1140x833.jpg 1140w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-01.jpg 1184w\" sizes=\"(max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_19166\" aria-describedby=\"caption-attachment-19166\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-19166\" src=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-650x403.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"403\" srcset=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-650x403.jpg 650w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-1200x744.jpg 1200w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-768x476.jpg 768w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-1536x953.jpg 1536w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-2048x1270.jpg 2048w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-750x465.jpg 750w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Les-Manuscrits-De-Tombouctou-2026-02-1140x707.jpg 1140w\" sizes=\"(max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-19166\" class=\"wp-caption-text\">Ces manuscrits de Tombouctou pr\u00e9sentent \u00e0 la fois des donn\u00e9es math\u00e9matiques et astronomiques.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les collections t\u00e9moignent \u00e9galement de l&rsquo;\u00e9tude des auteurs de l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, dont les \u0153uvres \u00e9taient connues par leurs traductions arabes et int\u00e9gr\u00e9es depuis plusieurs si\u00e8cles dans la philosophie islamique. Les savants de Tombouctou lisaient ainsi, commentaient et transmettaient des textes issus de cette tradition, aux c\u00f4t\u00e9s des grands penseurs musulmans<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Au-del\u00e0 des ouvrages import\u00e9s, une part importante des manuscrits refl\u00e8te une production intellectuelle propre aux \u00e9rudits de Tombouctou. Les domaines abord\u00e9s sont particuli\u00e8rement vari\u00e9s et ne se limitent pas aux sciences religieuses : l&rsquo;histoire, la litt\u00e9rature, la po\u00e9sie, la m\u00e9decine, l&rsquo;astronomie, les math\u00e9matiques, la grammaire, la philologie, la g\u00e9omancie, la chimie ou encore la m\u00e9t\u00e9orologie.<\/p>\n<p>Parmi ces \u0153uvres figurent plusieurs trait\u00e9s remarquables. L&rsquo;un d&rsquo;eux, r\u00e9dig\u00e9 au XIVe si\u00e8cle, est consacr\u00e9 aux ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, aux reliefs et aux manifestations climatiques extraordinaires. La tradition l&rsquo;associe \u00e0 une lign\u00e9e de savants de la r\u00e9gion, parmi lesquels le c\u00e9l\u00e8bre <em>Sherif Sidi Yahya<\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, dont la mosqu\u00e9e demeure l&rsquo;un des principaux monuments historiques de Tombouctou.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la m\u00e9decine, les d\u00e9couvertes faites dans des manuscrits remontant \u00e0 la deuxi\u00e8me partie du XIVe si\u00e8cle<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> montrent un degr\u00e9 certain dans l&rsquo;art de soigner comme dans celui de pratiquer la chirurgie. On apprend ainsi qu&rsquo;un certain <em>Ibn Hayttham<\/em> r\u00e9digea un document d\u00e9crivant l&rsquo;op\u00e9ration de la cataracte selon les m\u00e9thodes inspir\u00e9es de l&rsquo;ophtalmologue <em>Al-Ghafiqi<\/em> de Cordoue au XIIe si\u00e8cle. On d\u00e9couvre que, d\u00e8s le XIIIe si\u00e8cle, le traitement par les plantes \u00e9tait monnaie courante pour gu\u00e9rir les maladies tropicales<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce que l&rsquo;on sait moins, c&rsquo;est que la r\u00e9currence locale de la m\u00e9decine a permis \u00e0 certains praticiens de se faire un nom. C&rsquo;est le cas d&rsquo;un certain <em>Aben Ali<\/em>, m\u00e9decin form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de <em>Sankor\u00e9<\/em> \u00e0 Tombouctou, qui suivra son ma\u00eetre Ysalguier<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> install\u00e9 \u00e0 Gao mais originaire de Toulouse, cit\u00e9 qu&rsquo;il retrouvera \u00e0 la fin de sa vie. Il ira s&rsquo;y installer en 1419 et restera dans l&rsquo;histoire pour avoir, en cinq jours \u00e0 peine, sauv\u00e9 de la fi\u00e8vre jaune le futur Charles VII alors que les m\u00e9decins du roi l&rsquo;avaient condamn\u00e9<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<blockquote><p>Les collections comprennent \u00e9galement un trait\u00e9 d&rsquo;astronomie r\u00e9dig\u00e9 selon la tradition saharienne, aujourd&rsquo;hui conserv\u00e9 au Centre Ahmed Baba<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, ainsi que plusieurs copies de trait\u00e9s compos\u00e9s entre le XIe et le XVIIe si\u00e8cle portant sur la g\u00e9omancie, la philologie et certaines pratiques de la chimie ancienne. \u00ab\u00a0<em>il existe un manuscrit, conserv\u00e9 au centre Ahmed Baba, faisant \u00e9tat de la pr\u00e9paration de compos\u00e9s chimiques \u00e0 base de plomb et d\u2019arsenic rouge<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><strong>[25]<\/strong><\/a><\/em>\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;ensemble de ces manuscrits d\u00e9montre que Tombouctou ne fut pas seulement un centre de conservation du savoir, mais \u00e9galement un foyer actif de cr\u00e9ation intellectuelle. Les \u00e9rudits qui y vivaient participaient pleinement aux grands d\u00e9bats scientifiques et philosophiques du monde islamique, tout en d\u00e9veloppant des travaux originaux adapt\u00e9s aux r\u00e9alit\u00e9s politiques, sociales et culturelles de l&rsquo;Afrique sah\u00e9lienne.<\/p>\n<h2><strong>Les manuscrits de Tombouctou et l\u2019\u00e9mergence du savoir africain.<\/strong><\/h2>\n<p>Les manuscrits de Tombouctou constituent un patrimoine documentaire d&rsquo;une exceptionnelle richesse. Ils se pr\u00e9sentent aujourd&rsquo;hui sous deux formes principales : les manuscrits originaux, r\u00e9dig\u00e9s sur parchemin, papier ou, plus rarement, sur papyrus, et leurs reproductions modernes sous forme de photographies ou de microfilms, r\u00e9alis\u00e9es dans le cadre de programmes de sauvegarde et de num\u00e9risation.<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_19165\" aria-describedby=\"caption-attachment-19165\" style=\"width: 731px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-19165 size-large\" src=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth-731x1200.jpg\" alt=\"La premie\u0300re et la dernie\u0300re page de la lettre manuscrite d\u2019Ahmad al-Bakkay al-Kunti en de\u0301fense de l'explorateur allemand Heinrich Barth\" width=\"731\" height=\"1200\" srcset=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth-731x1200.jpg 731w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth-396x650.jpg 396w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth-768x1262.jpg 768w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth-750x1232.jpg 750w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/La-premiere-et-la-derniere-page-de-la-lettre-manuscrite-dAhmad-al-Bakkay-al-Kunti-en-defense-de-lexplorateur-allemand-Heinrich-Barth.jpg 929w\" sizes=\"(max-width: 731px) 100vw, 731px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-19165\" class=\"wp-caption-text\">La premi\u00e8re et la derni\u00e8re page de la lettre manuscrite d\u2019Ahmad al-Bakkay al-Kunti en d\u00e9fense de l&rsquo;explorateur allemand Heinrich Barth[26]. (R\u00e9dig\u00e9e en 1854 en 18 pages).<\/figcaption><\/figure>Le d\u00e9veloppement de la production manuscrite accompagne l&rsquo;essor de l&rsquo;enseignement arabo-islamique dans les grands centres urbains du <em>Bilad as-Sudan<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><strong>[27]<\/strong><\/a> <\/em>(\u0628\u0644\u0627\u062f \u0627\u0644\u0633\u0648\u062f\u0627\u0646), tels que Tombouctou, Djenn\u00e9, Gao et autres. D\u00e8s les premiers si\u00e8cles de l&rsquo;islamisation, des \u00e9rudits venus du Maghreb, d&rsquo;\u00c9gypte et du Moyen-Orient participent \u00e0 la diffusion des sciences islamiques et \u00e0 la formation d&rsquo;une \u00e9lite savante locale. Progressivement, les lettr\u00e9s ouest-africains prennent le relais et d\u00e9veloppent une tradition intellectuelle originale, profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans les r\u00e9alit\u00e9s politiques, culturelles et sociales de la r\u00e9gion<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature occupe une place particuli\u00e8re dans cette production savante. Au-del\u00e0 de sa dimension esth\u00e9tique, elle constitue souvent un moyen d&rsquo;expression politique et morale. De nombreux auteurs d\u00e9noncent les abus du pouvoir, les injustices sociales ou les d\u00e9rives des gouvernants tout en rappelant les principes de justice, d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et de bonne gouvernance prescrits par la loi islamique. \u00c0 partir des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, les textes insistent fr\u00e9quemment sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une application plus rigoureuse des prescriptions juridiques et \u00e9thiques de la charia. Les \u00e9crits du juriste maghr\u00e9bin <em>al-Maghili<\/em>, arriv\u00e9 dans le <em>Bilad as-Sudan<\/em> \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle, illustrent parfaitement cette volont\u00e9 de conseiller les souverains sur leurs devoirs politiques et religieux.<\/p>\n<p>La personnalit\u00e9 d&rsquo;<em>al-Maghili <\/em>demeure toutefois controvers\u00e9e. Son influence doctrinale fut consid\u00e9rable dans plusieurs royaumes sah\u00e9liens, mais certaines sources lui attribuent \u00e9galement un r\u00f4le dans les pers\u00e9cutions dirig\u00e9es contre les communaut\u00e9s juives du Touat \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle. Cette dimension rappelle que les manuscrits constituent aussi des t\u00e9moins des d\u00e9bats religieux et des tensions politiques qui traversaient les soci\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;\u00e9poque<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>La diffusion du savoir ne fut pas l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un seul groupe. <em>Les Kunta, les Kanouri, les Haoussa, les Songha\u00ef<\/em>, les \u00e9rudits Touaregs, ainsi que les Peuls, contribu\u00e8rent largement \u00e0 l&rsquo;enseignement, \u00e0 la pr\u00e9dication et \u00e0 la production des manuscrits. Les Peuls, install\u00e9s progressivement dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du <em>Bilad as-Sudan<\/em> \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle, jou\u00e8rent notamment un r\u00f4le majeur dans le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes islamiques. Plusieurs familles de lettr\u00e9s exerc\u00e8rent les fonctions d&rsquo;enseignants, de juges, de conseillers religieux et de copistes, favorisant la diffusion du savoir dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 intellectuelle favorisa \u00e9galement l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une importante litt\u00e9rature en arabe et en\u00a0<em>ajami<\/em> (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9criture des langues africaines \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;alphabet arabe). Le kanouri fut l&rsquo;une des premi\u00e8res langues africaines \u00e0 \u00eatre transcrite de cette mani\u00e8re, suivi notamment du peul (<em>fulfulde<\/em>), du wolof (S\u00e9n\u00e9gal) et du yoruba et haoussa (Nigeria) <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Cette adaptation de l&rsquo;\u00e9criture arabe permit de diffuser les enseignements religieux aupr\u00e8s des populations locales tout en favorisant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une litt\u00e9rature originale dans plusieurs langues africaines.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des premiers auteurs connus de cette tradition est le po\u00e8te <em>Abu Ishaq Ibrahim al-Kanemi<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><strong>[31]<\/strong><\/a>,<\/em> originaire de l&rsquo;ancien royaume du Kanem. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, l&rsquo;arabe demeure la principale langue de la production savante en Afrique de l&rsquo;Ouest. Les \u00e9rudits l&rsquo;utilisent pour leurs trait\u00e9s de th\u00e9ologie, leurs ouvrages juridiques, leurs manuels d&rsquo;enseignement, mais aussi pour la po\u00e9sie religieuse, les pan\u00e9gyriques consacr\u00e9s au Proph\u00e8te, les \u00e9loges des ma\u00eetres <em>soufis<\/em> ou les \u00e9l\u00e9gies d\u00e9di\u00e9es aux d\u00e9funts. Au cours du XXe si\u00e8cle, notamment dans le nord du Nigeria, cette tradition continue de coexister avec l&rsquo;essor de l&rsquo;enseignement moderne en anglais et dans les langues nationales<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>.<\/p>\n<p>Les manuscrits historiques occupent une place privil\u00e9gi\u00e9e dans cet h\u00e9ritage. Deux grandes chroniques r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 Tombouctou constituent encore aujourd&rsquo;hui des sources majeures pour l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest : le\u00a0<em>Tarikh al-Fattash<\/em>, attribu\u00e9 \u00e0 Mahmoud Kati et poursuivi par ses descendants, et le\u00a0<em>Tarikh as-Sudan<\/em>, compos\u00e9 au XVIIe si\u00e8cle par <em>Abd al-Rahman al-Sa&rsquo;di.<\/em> Ces deux \u0153uvres retracent l&rsquo;histoire des empires du Mali et du Songha\u00ef, de Tombouctou, de Djenn\u00e9, ainsi que des dynasties <em>Sonni et Askia<\/em>. Traduites au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par Octave Houdas et Maurice Delafosse, elles demeurent des r\u00e9f\u00e9rences incontournables pour la connaissance du <em>Bilad as-Sudan<\/em> m\u00e9di\u00e9val.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la production intellectuelle ouest-africaine s&rsquo;\u00e9tend principalement du XIVe au XVIe si\u00e8cle, p\u00e9riode durant laquelle Tombouctou atteint son plus grand rayonnement. Les t\u00e9moignages de g\u00e9ographes et d&rsquo;historiens tels qu&rsquo;<em>al-Umari<\/em>, <em>Ibn Battuta<\/em> ou <em>Ibn Khaldoun<\/em>, \u00e9voquent la prosp\u00e9rit\u00e9 des royaumes sah\u00e9liens, l&rsquo;importance des \u00e9changes transsahariens et le prestige des centres d&rsquo;enseignement. Si certains de ces auteurs n&rsquo;ont pas tous visit\u00e9 personnellement Tombouctou, leurs r\u00e9cits, fond\u00e9s sur des informations recueillies aupr\u00e8s de voyageurs et de marchands, contribuent n\u00e9anmoins \u00e0 mesurer l&rsquo;importance intellectuelle et culturelle qu&rsquo;avait acquise cette r\u00e9gion dans le monde islamique.<\/p>\n<p>\u00c0 travers cette exceptionnelle production manuscrite, Tombouctou appara\u00eet comme bien davantage qu&rsquo;une cit\u00e9 commer\u00e7ante : elle fut l&rsquo;un des principaux foyers de transmission et de cr\u00e9ation du savoir en Afrique, o\u00f9 la religion, la culture, l&rsquo;enseignement et les sciences formaient les fondements d&rsquo;une civilisation dont l&rsquo;h\u00e9ritage continue aujourd&rsquo;hui d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;histoire du continent et \u00a0s&rsquo;imposa ainsi comme l&rsquo;un des symboles les plus \u00e9clatants du prestige intellectuel de l&rsquo;Afrique pr\u00e9coloniale.<\/p>\n<h2>H\u00e9ritage, transmission et enjeux contemporains des manuscrits de Tombouctou.<\/h2>\n<p>Les manuscrits de Tombouctou et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest ne constituent pas seulement un patrimoine ancien : ils forment \u00e9galement un ensemble documentaire dispers\u00e9, conserv\u00e9 aujourd\u2019hui dans des biblioth\u00e8ques publiques, des centres de recherche et de nombreuses collections priv\u00e9es, en Afrique comme en Europe. Parmi ces fonds, certains ensembles conserv\u00e9s \u00e0 Paris t\u00e9moignent de l\u2019histoire des circulations intellectuelles et des contacts entre le monde sah\u00e9lien et l\u2019espace colonial. Ils comprennent notamment des documents issus des biblioth\u00e8ques de grandes figures religieuses et politiques du XIXe si\u00e8cle ouest-africain, dont celles li\u00e9es aux \u00c9tats musulmans du Soudan occidental<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e8s la p\u00e9riode coloniale, ces manuscrits ont suscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des administrateurs et des chercheurs fran\u00e7ais<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1930, plusieurs missions scientifiques se sont attach\u00e9es \u00e0 collecter, inventorier et traduire les sources arabes et <em>ajami<\/em> d\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Cette dynamique s\u2019est renforc\u00e9e avec la cr\u00e9ation de l\u2019Institut Fran\u00e7ais d\u2019Afrique Noire (IFAN), qui a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la constitution de fonds documentaires et dans le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes islamiques et historiques sur la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, plusieurs chercheurs ont contribu\u00e9 \u00e0 la mise en valeur de ces sources. Des travaux importants ont permis de recenser et de publier une partie des manuscrits ouest-africains, notamment ceux du S\u00e9n\u00e9gal et du Sahel. L\u2019un des bilans les plus connus reste celui \u00e9tabli au milieu du XXe si\u00e8cle par des sp\u00e9cialistes des manuscrits arabo-africains, qui a ouvert la voie \u00e0 des recherches plus syst\u00e9matiques sur ces corpus encore largement m\u00e9connus. Par la suite, des \u00e9quipes associant le CNRS, l\u2019IFAN et les universit\u00e9s africaines, notamment l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar, ont poursuivi ce travail de traduction et d\u2019\u00e9dition des grandes \u0153uvres historiques et litt\u00e9raires de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Au Nigeria, des initiatives similaires ont vu le jour, d\u2019abord sous l\u2019administration coloniale, puis de mani\u00e8re plus structur\u00e9e apr\u00e8s la colonisation. Plusieurs institutions ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es afin de pr\u00e9server et d\u2019\u00e9tudier les manuscrits en langues arabes et africaines : centres de recherche en \u00e9tudes islamiques, programmes d\u2019histoire r\u00e9gionale et institutions universitaires sp\u00e9cialis\u00e9es<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. Ces efforts ont permis de red\u00e9couvrir l\u2019importance des productions intellectuelles li\u00e9es aux r\u00e9formes religieuses et politiques du XIXe si\u00e8cle en Afrique de l\u2019Ouest.<\/p>\n<p>Dans la p\u00e9riode postcoloniale, la valorisation de ce patrimoine s\u2019est intensifi\u00e9e. Des organisations religieuses, des centres de recherche et des institutions universitaires ont entrepris la collecte, la conservation et la num\u00e9risation des manuscrits. Un projet num\u00e9risation lanc\u00e9 en 2008 \u00e0 l\u2019Institut national des sciences appliqu\u00e9es (INSA) de Lyon, en France, a toutefois \u00e9t\u00e9 interrompu en 2012 en raison de la guerre au Mali. D\u2019autres initiatives, comme le \u00ab\u00a0<em>Tombouctou Manuscripts\u00a0\u00bb Project<\/em> de l\u2019Universit\u00e9 du Cap en Afrique du Sud, ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude et \u00e0 la pr\u00e9servation de ce patrimoine<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>En 2022, Google Arts &amp; Culture a lanc\u00e9 le projet \u00ab Mali Magic \u00bb, gr\u00e2ce auquel plus de 40 000 manuscrits anciens issus de collections priv\u00e9es et de biblioth\u00e8ques de Tombouctou ont \u00e9t\u00e9 num\u00e9ris\u00e9s, contribuant ainsi \u00e0 leur pr\u00e9servation et \u00e0 leur diffusion aupr\u00e8s du grand public et des chercheurs<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Bien qu\u2019encore insuffisants, ces efforts visent \u00e0 prot\u00e9ger des documents fragilis\u00e9s par le temps, les conditions climatiques et les conflits arm\u00e9s qui affectent la r\u00e9gion du Sahel<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.<\/p>\n<h2>En conclusion<\/h2>\n<p>Les manuscrits de Tombouctou constituent un t\u00e9moignage exceptionnel de la richesse intellectuelle et culturelle de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Ils r\u00e9v\u00e8lent l\u2019existence d\u2019une tradition savante ancienne, dynamique et profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les \u00e9changes avec le monde islamique. Bien au-del\u00e0 des id\u00e9es re\u00e7ues, Tombouctou appara\u00eet comme un v\u00e9ritable foyer de savoir o\u00f9 se sont d\u00e9velopp\u00e9es des r\u00e9flexions en th\u00e9ologie, en sciences, en philosophie et en litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>La prosp\u00e9rit\u00e9 intellectuelle de Tombouctou connut un tournant d\u00e9cisif en 1591 avec l\u2019invasion de la ville par les troupes marocaines, motiv\u00e9e notamment par la volont\u00e9 de contr\u00f4ler les riches circuits du commerce transsaharien de l\u2019or. Cette conqu\u00eate entra\u00eena le pillage des biblioth\u00e8ques, la d\u00e9portation de nombreux savants vers le Maroc<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a> ainsi que la dispersion d\u2019une part importante du patrimoine manuscrit de la cit\u00e9. Afin de pr\u00e9server leurs pr\u00e9cieuses collections, les familles<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a> d\u00e9tentrices de biblioth\u00e8ques priv\u00e9es mirent en \u0153uvre diverses strat\u00e9gies de protection : certains manuscrits furent dissimul\u00e9s dans les murs en banco des habitations, d\u2019autres enfouis dans le d\u00e9sert ou cach\u00e9s dans des lieux tenus secrets. Malgr\u00e9 ces efforts, un grand nombre de manuscrits furent perdus, d\u00e9truits ou dispers\u00e9s au cours des \u00e9v\u00e9nements et des d\u00e9placements qui suivirent la conqu\u00eate.<\/p>\n<p>Cependant, la partie de cet h\u00e9ritage qui a pu \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e et transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par les familles de Tombouctou demeure encore largement m\u00e9connue et demeure fragile face aux menaces contemporaines : dispersion des collections, fragilit\u00e9 des supports, manque de moyens techniques et risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 politique et s\u00e9curitaire en Afrique subsaharienne. Les op\u00e9rations de sauvegarde men\u00e9es depuis le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, notamment \u00e0 la suite des crises s\u00e9curitaires au Mali, ont montr\u00e9 \u00e0 la fois la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ce patrimoine et la mobilisation remarquable des acteurs locaux pour le prot\u00e9ger. Sa pr\u00e9servation et sa valorisation repr\u00e9sentent donc un enjeu majeur pour la m\u00e9moire historique de l\u2019Afrique et pour le patrimoine mondial. Ainsi, redonner aux manuscrits de Tombouctou la place qu\u2019ils m\u00e9ritent, c\u2019est reconna\u00eetre l\u2019apport fondamental des civilisations africaines \u00e0 l\u2019histoire universelle du savoir.<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a><\/p>\n<p>Parmi les nombreuses \u00e9vocations contemporaines de Tombouctou, celle du philosophe fran\u00e7ais Michel Onfray appara\u00eet particuli\u00e8rement \u00e9clairante. Dans la pr\u00e9face de <em>Tombouctou, r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un mythe<\/em>, il \u00e9crit : \u00ab <em>Une ville du d\u00e9sert, voil\u00e0 une formule int\u00e9ressante pour ce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le du d\u00e9sert. Le d\u00e9sert n\u2019est pas le lieu du rien, du manque, du vide, mais celui du trop : trop d\u2019espace, trop de sable, trop de temps, trop de soleil, trop de cosmos, trop de ciel, trop d\u2019histoire\u2026 Trop de mythe \u00e9galement, et voil\u00e0 probablement par o\u00f9 l\u2019on entre dans Tombouctou. Par le mythe<\/em><a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_19164\" aria-describedby=\"caption-attachment-19164\" style=\"width: 904px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-19164 size-full\" src=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Janvier-2013-les-djihadistes-ont-detruit-mausolees-de-Tombouctou-et-incendie-lInstitut-Ahmed-Baba-qui-contient-de-precieux-manuscrits-des-XVe-et-XVIe-siecle.jpg\" alt=\"Janvier 2013 les djihadistes ont de\u0301truit mausole\u0301es de Tombouctou, et incendie\u0301 l'Institut Ahmed Baba, qui contient de pre\u0301cieux manuscrits des XVe et XVIe sie\u0300cle\" width=\"904\" height=\"506\" srcset=\"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Janvier-2013-les-djihadistes-ont-detruit-mausolees-de-Tombouctou-et-incendie-lInstitut-Ahmed-Baba-qui-contient-de-precieux-manuscrits-des-XVe-et-XVIe-siecle.jpg 904w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Janvier-2013-les-djihadistes-ont-detruit-mausolees-de-Tombouctou-et-incendie-lInstitut-Ahmed-Baba-qui-contient-de-precieux-manuscrits-des-XVe-et-XVIe-siecle-650x364.jpg 650w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Janvier-2013-les-djihadistes-ont-detruit-mausolees-de-Tombouctou-et-incendie-lInstitut-Ahmed-Baba-qui-contient-de-precieux-manuscrits-des-XVe-et-XVIe-siecle-768x430.jpg 768w, https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-content\/uploads\/Janvier-2013-les-djihadistes-ont-detruit-mausolees-de-Tombouctou-et-incendie-lInstitut-Ahmed-Baba-qui-contient-de-precieux-manuscrits-des-XVe-et-XVIe-siecle-750x420.jpg 750w\" sizes=\"(max-width: 904px) 100vw, 904px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-19164\" class=\"wp-caption-text\">Janvier 2013 les djihadistes ont d\u00e9truit mausol\u00e9es de Tombouctou, et incendi\u00e9 l&rsquo;Institut Ahmed Baba, qui contient de pr\u00e9cieux manuscrits des XVe et XVIe si\u00e8cle. On apprendra par la suite que 90% de la collection ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l&rsquo;abri d\u00e8s le d\u00e9but des op\u00e9rations militaires au Nord-Mali <a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>.<\/figcaption><\/figure>______________________<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Bibliographie<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"color: #808080;\"><a style=\"color: #808080;\" href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[<span style=\"color: #999999;\">1]<\/span><\/a><span style=\"color: #999999;\"> Les origines de Tombouctou remontent au XI\u1d49 si\u00e8cle. Selon la tradition, la ville fut fond\u00e9e par les Touaregs qui \u00e9tablirent un campement saisonnier \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;un puits gard\u00e9 par une femme touareg nomm\u00e9e <em>Bouctou<\/em>. Le lieu fut progressivement d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de \u00ab <em>Tin Bouctou<\/em> \u00bb (\u00ab le puits de <em>Bouctou <\/em>\u00bb en langue tamasheq), qui \u00e9volua ensuite en \u00ab Tombouctou \u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 sa position strat\u00e9gique, \u00e0 la jonction des routes caravani\u00e8res transsahariennes et des voies fluviales du fleuve Niger, ce campement se transforma progressivement en un important centre d&rsquo;\u00e9changes commerciaux reliant l&rsquo;Afrique du Nord, le Sahel et l&rsquo;Afrique subsaharienne. Son essor fut favoris\u00e9 par son int\u00e9gration successive aux grands empires du Mali puis du Songha\u00ef, qui contribu\u00e8rent \u00e0 son d\u00e9veloppement politique, \u00e9conomique et culturel.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Je pr\u00e9f\u00e8re ce terme \u00e0 l&rsquo;expression plus courante \u00ab \u00e9coles coraniques \u00bb car ces \u00e9coles n&rsquo;enseignent pas uniquement le Coran.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Sankor\u00e9 <\/em>est \u00e0 la fois une mosqu\u00e9e et une universit\u00e9. construite en 1325, l&rsquo;une de plus ancien centres de formations universitaires en Afrique. \u00c9galement l&rsquo;une des trois grandes mosqu\u00e9es de Tombouctou (<em>Djingareyber, Sankor\u00e9 et Sidi Yahya<\/em>). \u00a0L\u2019universit\u00e9 de <em>Sankor\u00e9<\/em> a contribu\u00e9 en 1988 \u00e0 l&rsquo;inscription de la ville de Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019Unesco pour ses richesses culturelles (mosqu\u00e9e, mausol\u00e9es , manuscrits).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Il existe aussi des manuscrits similaires pr\u00e9serv\u00e9s pr\u00e9cairement dans des biblioth\u00e8ques priv\u00e9es \u00e0 Chinguetti en Mauritanie, et des collections de textes islamiques sahariens sont conserv\u00e9es \u00e0 Niamey au Niger.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Empire Songha\u00ef, ou royaume Songha\u00ef, \u00e9tait un \u00c9tat d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest qui a prosp\u00e9r\u00e9 de 1464 \u00e0 1591. Il succ\u00e9da \u00e0 l&#8217;empire du Mali sous l&rsquo;influence de la dynastie Sonni, et plus particuli\u00e8rement de Sonni Ali Ber. Il atteignit son apog\u00e9e sous la dynastie Askia, notamment sous Askia Mohammed, et s&rsquo;\u00e9tendait principalement sur des territoires correspondant aujourd&rsquo;hui au Mali et au Niger.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <a style=\"color: #999999;\" href=\"https:\/\/whc.unesco.org\/fr\/list\/119\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/whc.unesco.org\/fr\/list\/119\/<\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le premier \u00e0 mentionner Tombouctou dans les sources arabes fut le grand voyageur Ibn Battuta lors de sa visite de la ville en 1353.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Le premier europ\u00e9en \u00e0 atteindre la ville de Tombouctou fut le Britannique Alexander Gordon Laing en 1826, suivi du Fran\u00e7ais Ren\u00e9 Cailli\u00e9 en 1828. Cependant, c&rsquo;est l&rsquo;Allemand Heinrich Barth qui, lors de son s\u00e9jour entre septembre 1853 \u00e0 avril 1854, a laiss\u00e9 la description la plus compl\u00e8te et la plus pr\u00e9cise, fournissant un compte rendu de r\u00e9f\u00e9rence de la ville au XIXe si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Voir\u00a0: Heinrich <em>Barth, Voyages et d\u00e9couvertes dans l&rsquo;Afrique septentrionale et centrale pendant les ann\u00e9es 1849 \u00e0 1855<\/em>, trad.. de l\u2019allemand par Paul Ithier, (Tome I, II, III, IV, V), \u00a0A. Bohn\u00e9 libraire, Paris, 1861.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il existe une certaine exag\u00e9ration autour de \u00ab l&rsquo;or de Tombouctou \u00bb. Si la ville \u00e9tait un important carrefour du commerce transsaharien, elle ne poss\u00e9dait pas elle-m\u00eame d&rsquo;importantes mines aurif\u00e8res, celles-ci \u00e9tant situ\u00e9es dans des r\u00e9gions \u00e9loign\u00e9es de Tombouctou.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">\u00a0La r\u00e9putation de richesse de Tombouctou provient surtout du c\u00e9l\u00e8bre p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque du roi <em>Mansa Moussa<\/em> en 1324, dont l&rsquo;immense fortune impressionna l&rsquo;\u00c9gypte, l\u2019Arabie et le monde m\u00e9diterran\u00e9en. On dit qu&rsquo;il fut l&rsquo;homme le plus riche du monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Hassan al-Wazzan<\/em>, connu sous le nom de L\u00e9on l&rsquo;Africain (1488-1554), \u00e9tait un \u00e9rudit, diplomate et grand voyageur. En 1518, alors qu&rsquo;il revenait du p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque, le navire \u00e0 bord duquel il se trouvait fut attaqu\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e et il fut captur\u00e9 par des marins siciliens. Il fut emmen\u00e9 \u00e0 Rome comme pr\u00e9sent au pape L\u00e9on X, qui le persuada de se convertir au christianisme et de rester enseigner l&rsquo;arabe \u00e0 Rome.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">\u00a0Il est l&rsquo;auteur de <em>Description de l&rsquo;Afrique<\/em>, publi\u00e9 en 1530. son \u0153uvre un t\u00e9moignage majeur sur l&rsquo;Afrique, c\u2019est en particulier gr\u00e2ce \u00e0 ce livre que Tombouctou devient une ville mythique dans l\u2019imaginaire europ\u00e9en.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>Le roi <em>Mansa Moussa<\/em> contribua \u00e9galement au rayonnement intellectuel de Tombouctou. Il revint de la p\u00e9ninsule arabique avec une vaste biblioth\u00e8que, accompagn\u00e9 d&rsquo;architectes, notamment un architecte cairote qui con\u00e7ut la mosqu\u00e9e <em>Djinguereber <\/em>(la Grande Mosqu\u00e9e en langue <em>Songha\u00ef<\/em>), aujourd&rsquo;hui inscrite au patrimoine mondial de l&rsquo;UNESCO.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Un mot ou de quelques mots \u00e9crits au bas d\u2019un feuillet, qui correspondent au d\u00e9but du feuillet suivant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Villes historiques actuellement situ\u00e9es au Mali et en Mauritanie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Comme chez <em>Kel es-Souk, Kel Insar<\/em>, les marabouts Peuls, et bien d&rsquo;autres encore.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> John Owen Hunwick (1936 &#8211; 2015) \u00e9tait un universitaire, auteur et africaniste britannique. Il a publi\u00e9 plusieurs livres et articles en \u00e9tudes africaines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Mohammed Bello (1781-1837) , est le deuxi\u00e8me souverain du Sultanat de <em>Sokoto<\/em>. Il r\u00e8gne de 1817 \u00e0 1837, \u00e0 la suite de son p\u00e8re <em>Ousman dan Fodio<\/em>, fondateur du sultanat de <em>Sokoto<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Jean-Michel Djian, <em>Les Manuscrit de Tombouctou<\/em>, JC Latt\u00e9s, Paris, 2012, p121.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9s classiques, comme Ptol\u00e9m\u00e9e, Aristote, Platon et Avicenne..<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Sidi Yahya al-Tadlisi<\/em> est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus grands \u00e9rudits de Tombouctou et demeure v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme un saint. La mosqu\u00e9e qui porte son nom, construite vers 1440, figure parmi les plus anciens \u00e9difices religieux de la ville encore conserv\u00e9s aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Cit\u00e9s dans le recueil de sources arabes concernant l\u2019Afrique occidentale du VIIIe si\u00e8cle au XVIe si\u00e8cle, traduit et annot\u00e9 par Joseph Cuog, CNRS, 1985.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibn al-Haytham<\/em> (965-1040), connu en Occident sous le nom d&rsquo;Alhazen, est un math\u00e9maticien, philosophe, physicien du monde m\u00e9di\u00e9val arabo-musulman, consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur de l&rsquo;optique moderne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Muhammad ibn Aslam Al-Ghafiqi, \u00e9tait un m\u00e9decin andalou du XIIe si\u00e8cle, l&rsquo;une des premi\u00e8res personnes \u00e0 pratiquer une chirurgie oculaire dont on a le t\u00e9moignage d\u00e9taill\u00e9 et est notamment l&rsquo;auteur du livre Guide de l&rsquo;oculiste (<em>Al-Murshid fil-Kuhhl<\/em>).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Anselme d\u2019Ysalguier (1380 &#8211; 1420) est un chevalier et aventurier fran\u00e7ais qui aurait voyag\u00e9 en Afrique occidentale. Il serait parvenu en 1402 par un itin\u00e9raire non pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 travers le Sahara jusqu&rsquo;\u00e0 le fleuve Niger, et aurait v\u00e9cu huit ans \u00e0 la cour de Gao (la capitale de l&rsquo;Empire songha\u00ef). Il y aurait \u00e9pous\u00e9 une princesse noire et serait retourn\u00e9 \u00e0 Toulouse avec elle et un groupe d&rsquo;Africains. Si cette information \u00e9tait av\u00e9r\u00e9e, il s&rsquo;agirait alors du premier voyage connu d&rsquo;un Europ\u00e9en en Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">On rapporte aussi qu&rsquo;\u00e0 la suite d&rsquo;Ysalguier, un eunuque et ma\u00eetre-gu\u00e9risseur africain du nom d&rsquo;Aben Ali se serait install\u00e9 \u00e0 Toulouse, au grand dam des m\u00e9decins chr\u00e9tiens locaux. Il aurait \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 obtenir en mars 1420 la gu\u00e9rison du futur roi Charles VII (1403-1461), tomb\u00e9 gravement malade \u00e0 Toulouse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Voir: Philippe Wolff, <em>Une famille du XIIIe au XVIe si\u00e8cle : les Ysalguier de Toulouse<\/em>, Regard sur le Midi m\u00e9di\u00e9val, Toulouse 1978.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Deux \u00e9crits post\u00e9rieurs: <em>Les Annales de Toulouse<\/em>, parues en 1687, ainsi qu&rsquo;un article dans <em>les Essais de litt\u00e9rature pour la connaissance des livres<\/em>, dat\u00e9 de 1702, valident ce r\u00e9cit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Voir\u00a0: Jean-Michel Djian, Les Manuscrit de Tombouctou, JC Latt\u00e9s, Paris, 2012, p91.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Institut des hautes \u00e9tudes et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB) aussi appel\u00e9 Centre Ahmed Baba, fond\u00e9 \u00e0 Tombouctou avec le soutien de l&rsquo;UNESCO et des capitaux kowe\u00eftiens. Le centre a \u00e9t\u00e9 officiellement inaugur\u00e9 en 1973.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Jean-Michel Djian, Les Manuscrit de Tombouctou, JC Latt\u00e9s, Paris, 2012, p.121.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> En septembre 1853, le cheikh <em>Ahmad al-Bakkay<\/em> accueillit chaleureusement Heinrich Barth et, gr\u00e2ce \u00e0 sa protection, permit \u00e0 l\u2019explorateur de s\u00e9journer \u00e0 Tombouctou pendant environ\u00a08 mois. Il dut le d\u00e9fendre \u00e0 plusieurs reprises contre l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019\u00e9mir du <em>Massina<\/em>, <em>Amadou Amadou<\/em>, qui s\u2019opposait \u00e0 la pr\u00e9sence de cet \u00e9tranger dans la ville et avait ordonn\u00e9 soit son ex\u00e9cution, soit son expulsion. <em>al-Bakkay<\/em> s\u2019opposa fermement \u00e0 ces injonctions, assurant la s\u00e9curit\u00e9 de Barth par son autorit\u00e9 religieuse et son influence locale. \u00c0 son d\u00e9part, il l\u2019accompagna sur plus de 500 kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 Gao et lui d\u00e9livra un sauf-conduit particuli\u00e8rement bienveillant, qui s\u2019av\u00e9ra pr\u00e9cieux pour la poursuite du voyage de Barth jusqu\u2019\u00e0 son retour en Europe.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Le terme \u00ab\u00a0<em>Bilad as-Sudan<\/em>\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0Pays des Noirs\u00a0\u00bb et correspond approximativement \u00e0 l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest actuelle. Une partie de cette r\u00e9gion \u00e9tait appel\u00e9e Soudan fran\u00e7ais (Mali) durant la colonisation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Seyni Moumouni, <em>Vie et oeuvre du Cheik Uthmam Dan Fodio (1754-1817) : De l&rsquo;islam au soufisme<\/em> , Th\u00e8se Doctorat, Universit\u00e9 Bordeaux 3, 2003. p 47.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> John O. Hunwick, <em>The writtings of central sudanic Africa<\/em>\u00a0, Leiden, News York, E.J. Brill, 1995. p52.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Idem, p5.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> <em>Abu Ishaq Ibrahim al-Kanemi<\/em> (1159-1212), \u00e9tait un po\u00e8te et grammairien originaire de <em>Bilma <\/em>dans l&rsquo;Empire Kanem-Bornu, actuel Niger. Il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e9crivain arabisant originaire Soudan central. Dans la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XIIe si\u00e8cle, Ibrahim quitte le Kanem et entame un long voyage vers l\u2019ouest. Il traverse le Sahara, puis gagne Marrakech, capitale de l\u2019empire <em>almohade<\/em>. Ibrahim s\u2019installe apr\u00e8s \u00e0 S\u00e9ville, au sud de l\u2019actuelle Espagne, alors l\u2019une des plus grandes villes d\u2019Andalousie, centre de savoir et d\u2019\u00e9changes culturels.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Bouba Nouhou, <em>Islam et politique au Nigeria\u00a0: Gen\u00e8se et \u00e9volution de la charia, <\/em>Karthala, 2005, p46-47.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> De nombreux manuscrits, furent emport\u00e9s de Tombouctou et du Soudan fran\u00e7ais (Mali) vers la France par des administrateurs, des militaires et des chercheurs. Une partie de ces manuscrits est aujourd&rsquo;hui conserv\u00e9e dans des institutions fran\u00e7aises, notamment \u00e0 la biblioth\u00e8que nationale de France (BNF), o\u00f9 figurent le fonds Archinard et le fonds Oumarien.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">\u00a0Au moment o\u00f9 nous achevons la r\u00e9daction de cet article, la Guin\u00e9e a officiellement demand\u00e9 \u00e0 la France la restitution de manuscrits pill\u00e9s durant la p\u00e9riode coloniale. Conakry souhaite notamment r\u00e9cup\u00e9rer le Coran de Samory Tour\u00e9 (1830-1900), l&rsquo;une des grandes figures africaines de la r\u00e9sistance \u00e0 la conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise. Ce Coran est actuellement conserv\u00e9 au Mus\u00e9e de l&rsquo;Arm\u00e9e \u00e0 Paris.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Voir\u00a0:https:\/\/www.france24.com\/fr\/vid\u00e9o\/20260722-la-guin\u00e9e-r\u00e9clame-\u00e0-la-france-la-restitution-du-coran-de-samory-tour\u00e9<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u00c0 l\u2019instar de l\u2019anthropologue fran\u00e7ais Georges de Gironcourt, qui a collect\u00e9 plus de 200 manuscrits lors de sa mission au Soudan fran\u00e7ais en 1911-1912, ces documents sont aujourd\u2019hui conserv\u00e9s \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Institut de France \u00e0 Paris. La liste de ces manuscrits figure dans son ouvrage <em>Missions de Gironcourt en Afrique occidentale<\/em>, \u00e0 la page 358.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Un corpus d&rsquo;environ 30 000 textes est par ailleurs conserv\u00e9 au centre Ahmed Baba.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Voir\u00a0: https:\/\/tombouctoumanuscripts.uct.ac.za<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir\u00a0: https:\/\/artsandculture.google.com\/experiment\/les-manuscrits-de-tombouctou\/BQE6pL2U3Qsu2A<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Ces manuscrits sont souvent conserv\u00e9s dans des conditions m\u00e9diocres. En octobre 2008, notamment, une de ces biblioth\u00e8ques domestiques fut inond\u00e9e et 700 manuscrits furent alors d\u00e9truits.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Avec la disparition du syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9ducation arabe au Mali pendant la colonisation fran\u00e7aise, la reconnaissance de la valeur de ces manuscrits m\u00e9di\u00e9vaux a diminu\u00e9 et certains d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 vendus. Le magazine Time a ainsi relat\u00e9 qu&rsquo;un imam a vendu certains d&rsquo;entre eux 50 $US pi\u00e8ce.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a>Comme le cas d\u2019Ahmed Baba (1556-1627), l\u2019un des plus grands savants de Tombouctou, issu d\u2019une famille de lettr\u00e9s berb\u00e8res <em>sanhadja<\/em>. Apr\u00e8s l\u2019invasion marocaine du Songha\u00ef en 1591, il fut arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Marrakech, o\u00f9 il d\u00e9non\u00e7a notamment le pillage de sa biblioth\u00e8que, pourtant riche d\u2019environ 1 600 ouvrages, consid\u00e9r\u00e9e par lui comme modeste par rapport aux grandes collections de la ville. Malgr\u00e9 l\u2019exil, il poursuivit ses recherches, r\u00e9digea de nombreux ouvrages et prit position contre la traite des esclaves li\u00e9e au commerce transsaharien. En 1608, il fut autoris\u00e9 \u00e0 retourner \u00e0 Tombouctou.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Ahmed Baba demeure aujourd\u2019hui une figure majeure du patrimoine intellectuel africain. Son nom est notamment associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut Ahmed Baba de Tombouctou, consacr\u00e9 \u00e0 la conservation et \u00e0 l\u2019\u00e9tude des manuscrits.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> La plupart des manuscrits sont partag\u00e9s entre plusieurs dizaines de biblioth\u00e8ques familiales priv\u00e9es de Tombouctou comme : Fondo Kati, Biblioth\u00e8que des Manuscrits <em>al-Wangari<\/em> et Biblioth\u00e8que comm\u00e9morative Mamma-Ha\u00efdara.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a>https:\/\/www.nationalgeographic.fr\/histoire\/archeologie-connaissance-les-manuscrits-de-tombouctou-tresors-de-sagesse-et-derudition<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> Milet \u00c9ric,\u00a0<em>Tombouctou, r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un mythe<\/em>, Paris, Arthaud, 2006, p6\u00a0.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> Jean-Michel Djian, l&rsquo;auteur de <em>les Manuscrits de Tombouctou<\/em> : \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;essentiel est sauv\u00e9 parce que les biblioth\u00e9caires de Tombouctou ont pris les devants, en sortant d\u00e8s fin ao\u00fbt les manuscrits les plus anciens afin de les prot\u00e9ger ailleurs au Mali<\/em>\u00a0\u00bb. Notamment \u00e9vacu\u00e9 clandestinement vers la capitale, Bamako. Selon la presse malienne, les autorit\u00e9s ont entam\u00e9 la restitution des manuscrits de Tombouctou en ao\u00fbt 2025, soit 12 ans plus tard.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #999999;\"><a style=\"color: #999999;\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20130214-jean-michel-djian-manuscrits-tombouctou-mali-sont-desormais-bien-proteges\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20130214-jean-michel-djian-manuscrits-tombouctou-mali-sont-desormais-bien-proteges<\/a><\/span><\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"color: #999999;\">D\u00e9but 2013, le MNLA (Ind\u00e9pendantistes du nord Mali) annonce avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 trois caisses remplies de manuscrits anciens de Tombouctou. Le Mouvement national de lib\u00e9ration de l&rsquo;Azawad affirme avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 cette pr\u00e9cieuse cargaison dans un v\u00e9hicule de djihadistes lors d&rsquo;un accrochage \u00e0 In Khalil le 23 f\u00e9vrier. il s&rsquo;agit de manuscrits du centre Ahmed Baba de Tombouctou, centre d&rsquo;\u00e9tudes islamiques qui a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9 et ravag\u00e9 par les islamistes. Les manuscrits rapatri\u00e9s \u00e0 Kidal en attendant de les remettre au centre Ahmed Baba de Tombouctou. <em>Ambeiry Ag Rissa<\/em>, charg\u00e9 de la culture pour le MNLA \u00e0 Kidal\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>On constate, <\/em>dit-il, <em>que les manuscrit sont rang\u00e9s dans des chemises cartonn\u00e9es et dans de simples feuilles de papier. Ils sont num\u00e9rot\u00e9s. Des chemises ou des feuilles leur servent de couvertures. Ils sont parfois complets<\/em>\u00bb.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"color: #999999;\">Voir\u00a0: <a style=\"color: #999999;\" href=\"http:\/\/www.rfi.fr\/afrique\/20130312-manuscrits-tombouctou-recuperes-le-mnla-mali\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.rfi.fr\/afrique\/20130312-manuscrits-tombouctou-recuperes-le-mnla-mali<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du XVe si\u00e8cle \u00e0 nos jours, la ville de Tombouctou[1] n&rsquo;a cess\u00e9 de susciter les convoitises commerciales, culturelles et religieuses. Situ\u00e9e aux confins du Sahara et du Sahel, elle s&rsquo;est impos\u00e9e comme l&rsquo;un des plus prestigieux centres intellectuels de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Gr\u00e2ce \u00e0 ses mosqu\u00e9es-\u00e9coles[2] et \u00e0 ses nombreuses biblioth\u00e8ques priv\u00e9es, qui conservaient d&rsquo;importantes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":19168,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":24,"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"subtitle":"","format":"standard","override":[{"template":"1","parallax":"1","fullscreen":"1","layout":"right-sidebar","sidebar":"default-sidebar","second_sidebar":"default-sidebar","sticky_sidebar":"1","share_position":"topbottom","share_float_style":"share-monocrhome","show_share_counter":"1","show_featured":"1","show_post_meta":"1","show_post_author_image":"1","show_post_date":"1","post_date_format":"default","post_date_format_custom":"Y\/m\/d","show_post_category":"1","show_post_reading_time":"0","post_reading_time_wpm":"300","post_calculate_word_method":"str_word_count","show_zoom_button":"1","zoom_button_out_step":"2","zoom_button_in_step":"3","show_post_tag":"1","show_comment_section":"1","number_popup_post":"3","show_post_related":"1","show_inline_post_related":"1","show_view_counter":"1","show_post_author":"1","show_prev_next_post":"1","show_popup_post":"1","show_author_box":"1"}],"image_override":[{"single_post_thumbnail_size":"crop-500","single_post_gallery_size":"crop-500"}],"trending_post_position":"meta","trending_post_label":"Trending","sponsored_post_label":"Sponsored by","disable_ad":"0","source_name":"Qiraat African","override_template":"1"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":{"view_counter_number":"0","share_counter_number":"0","like_counter_number":"0","dislike_counter_number":"0"},"footnotes":""},"categories":[44,39,48],"tags":[],"class_list":["post-19163","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique-de-louest","category-historiques","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19163"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19163\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19174,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19163\/revisions\/19174"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19168"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19163"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19163"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}