{"id":18029,"date":"2026-05-12T05:47:46","date_gmt":"2026-05-12T05:47:46","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=18029"},"modified":"2026-05-12T11:48:28","modified_gmt":"2026-05-12T11:48:28","slug":"32-ans-post-genocide-rwandais-une-justice-differee-pour-la-veuve-dhabyarimana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/18029\/32-ans-post-genocide-rwandais-une-justice-differee-pour-la-veuve-dhabyarimana\/","title":{"rendered":"\u00a032 ans post-g\u00e9nocide rwandais : Une justice diff\u00e9r\u00e9e pour la veuve d\u2019Habyarimana \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0"},"content":{"rendered":"<p>Trente-deux ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda, la cour d\u2019appel de Paris relance une des enqu\u00eates les plus controvers\u00e9es li\u00e9es aux \u00e9v\u00e9nements de 1994, ordonnant la r\u00e9ouverture du dossier d\u2019Agathe Kanzega Habyarimana, veuve de l\u2019ancien pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana, poursuivie pour complicit\u00e9 de g\u00e9nocide et crimes contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Rendu mercredi, cet arr\u00eat annule un jugement d\u2019ao\u00fbt 2015 qui avait clos l\u2019affaire faute de preuves suffisantes. La proc\u00e9dure, au point mort depuis la plainte d\u00e9pos\u00e9e en 2007 par le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) et d\u2019autres organisations, marque un revirement majeur pour les victimes et d\u00e9fenseurs des droits humains, longtemps frustr\u00e9s par l\u2019immobilisme.<\/p>\n<p>Agathe Habyarimana, exil\u00e9e en France apr\u00e8s l\u2019assassinat de son \u00e9poux le 6 avril 1994, d\u00e9clencheur du g\u00e9nocide, fait face \u00e0 des accusations de planification et facilitation des massacres. Cette affaire exceptionnelle met en lumi\u00e8re la guerre civile rwandaise, les tensions franco-rwandaises et la question lancinante d\u2019une justice tardive : peut-elle encore rendre des comptes, des d\u00e9cennies apr\u00e8s les faits ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0L\u2019histoire compl\u00e8te du proc\u00e8s de la veuve d\u2019Habyarimana :<\/strong><\/p>\n<p>-Qui \u00e9tait Agathe Habyarimana ?<\/p>\n<p>-La guerre civile rwandaise<\/p>\n<p>-L\u2019assassinat du pr\u00e9sident : l\u2019\u00e9tincelle qui a embras\u00e9 le Rwanda<\/p>\n<p>-Des accusations \u00e0 l\u2019exil en France<\/p>\n<p>-Pourquoi cette affaire est-elle consid\u00e9r\u00e9e comme exceptionnelle ?<\/p>\n<p>-La justice tardive dans le g\u00e9nocide rwandais<\/p>\n<p>-France et Rwanda : une histoire de tensions et d\u2019accusations<\/p>\n<p>-Justice tardive : est-ce encore possible ?<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d\u2019une figure politique centrale, ce dossier teste la volont\u00e9 fran\u00e7aise d\u2019assumer son r\u00f4le controvers\u00e9 au Rwanda et la viabilit\u00e9 de la justice internationale face au temps. Pour les survivants, il s\u2019agit d\u2019un symbole d\u00e9cisif dans la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9paration.<\/p>\n<h2>Qui est Agathe Habyarimana\u00a0?<\/h2>\n<p>Agathe Kanzega est n\u00e9e dans le nord du Rwanda, au sein d\u2019une famille occupant une place \u00e9minente parmi l\u2019\u00e9lite politique hutue. Apr\u00e8s son mariage avec Juv\u00e9nal Habyarimana, arriv\u00e9 au pouvoir par un coup d\u2019\u00c9tat militaire en 1973, elle est progressivement devenue l\u2019une des figures les plus influentes du pays.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle n\u2019ait jamais exerc\u00e9 de fonction officielle au sein du gouvernement, de nombreux rapports et t\u00e9moignages recueillis ult\u00e9rieurement par des enqu\u00eateurs et des organisations de d\u00e9fense des droits humains la d\u00e9crivent comme l\u2019incarnation m\u00eame du pouvoir pr\u00e9sidentiel. Des sources occidentales et rwandaises la pr\u00e9sentent comme une figure centrale de l\u2019\u00ab Akazu \u00bb, un r\u00e9seau restreint de Hutus apparent\u00e9s et d\u2019extr\u00e9mistes li\u00e9s au r\u00e9gime de l\u2019\u00e9poque, soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la planification du g\u00e9nocide contre les Tutsis.<\/p>\n<p>En 2010, The Guardian rapportait que l\u2019Akazu, surnomm\u00e9 la \u00ab Petite Maison \u00bb, rassemblait des personnalit\u00e9s militaires, politiques et m\u00e9diatiques aux positions radicales. Selon le m\u00eame article, Agathe Habyarimana \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 des m\u00e9dias extr\u00e9mistes tels que la radio RTLM et le journal \u2018\u2019Kangura\u2019\u2019, qui ont exerc\u00e9 une influence d\u00e9terminante dans l\u2019incitation \u00e0 la violence contre les Tutsis avant et pendant le g\u00e9nocide. Des rapports et des t\u00e9moignages indiquaient \u00e9galement que son fr\u00e8re, le colonel Elly Sagatwa, \u00e9tait membre du \u00ab R\u00e9seau Z\u00e9ro \u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019un des r\u00e9seaux clandestins ayant planifi\u00e9 le g\u00e9nocide.<\/p>\n<h2>La guerre civile rwandaise<\/h2>\n<p>La guerre civile rwandaise a d\u00e9but\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1990 lorsque la branche arm\u00e9e des r\u00e9fugi\u00e9s tutsis, connue sous le nom de Front patriotique rwandais (FPR), a envahi le pays depuis l\u2019Ouganda voisin. Fin 1993, les bellig\u00e9rants ont sign\u00e9 un trait\u00e9 de paix \u00e0 Arusha, en Tanzanie, mettant officiellement fin \u00e0 la guerre civile et instaurant une phase de transition fond\u00e9e sur un compromis entre l\u2019\u00e9lite hutue au pouvoir, le FPR et l\u2019opposition d\u00e9mocratique locale repr\u00e9sentant les Tutsis.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019accord de paix d\u2019Arusha n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pleinement appliqu\u00e9. L\u2019assassinat du pr\u00e9sident rwandais Juv\u00e9nal Habyarimana et de son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira (\u00e9galement hutu), le 6 avril 1994 (leur avion ayant \u00e9t\u00e9 abattu au-dessus de Kigali, la capitale rwandaise) a d\u00e9clench\u00e9 un g\u00e9nocide de cent jours. Ce g\u00e9nocide a cibl\u00e9 principalement la minorit\u00e9 tutsie : on estime qu\u2019entre 500 000 et 800 000 Tutsis ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans un pays dont la population totale avoisinait alors les dix millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p>Des opposants politiques ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pendant le g\u00e9nocide, sous l\u2019action de la garde pr\u00e9sidentielle et des forces hutues. Dans la phase finale du conflit, l\u2019Arm\u00e9e patriotique rwandaise (APR), branche militaire domin\u00e9e par les Tutsis, a envahi le reste du pays et pris le pouvoir. Les auteurs du g\u00e9nocide, ainsi que de nombreux responsables et environ deux millions de paysans, ont fui vers les pays voisins<\/p>\n<p>Le g\u00e9nocide n\u2019a pas seulement co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 des centaines de milliers de personnes ; il a \u00e9galement d\u00e9vast\u00e9 le tissu social et \u00e9conomique du Rwanda. La guerre civile s\u2019est achev\u00e9e en juillet 1994 par une victoire tutsie, marquant la fin de la p\u00e9riode de transition et l\u2019instauration d\u2019un nouveau r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Bien que le Front patriotique rwandais (FPR) ait affirm\u00e9 vouloir respecter l\u2019esprit des accords de paix d\u2019Arusha en partageant le pouvoir avec les forces politiques n\u2019ayant pas particip\u00e9 au g\u00e9nocide durant la p\u00e9riode de transition, il en a fondamentalement alt\u00e9r\u00e9 les principes. En 2000, le vice-pr\u00e9sident Paul Kagame a renvers\u00e9 le pr\u00e9sident int\u00e9rimaire Pasteur Bizimungu ,un Hutu qui avait acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence apr\u00e8s la guerre civile de 1994,et s\u2019est empar\u00e9 du pouvoir, bafouant la constitution de transition.<\/p>\n<p>Kagame et son FPR ont remport\u00e9 les \u00e9lections suivantes, et son gouvernement est rest\u00e9 au pouvoir. Son r\u00e9gime n\u2019a ainsi pas su r\u00e9soudre les profondes divisions ethniques qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise. Par ailleurs, Kagame a consolid\u00e9 son pouvoir politique en contraignant des hommes politiques hutus \u00e0 l\u2019exil ; nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s ou jug\u00e9s pour corruption, complicit\u00e9 de g\u00e9nocide et incitation \u00e0 la haine ethnique.<\/p>\n<h2>L&rsquo;assassinat du pr\u00e9sident : l&rsquo;\u00e9tincelle qui a embras\u00e9 le Rwanda<\/h2>\n<p>L\u2019assassinat des pr\u00e9sidents du Rwanda et du Burundi a constitu\u00e9 l\u2019\u00e9tincelle qui a d\u00e9clench\u00e9 l\u2019un des massacres les plus horribles du XXe si\u00e8cle. En quelques heures, des tueries organis\u00e9es visant les Tutsis ainsi que l\u2019ensemble des Hutus mod\u00e9r\u00e9s ont d\u00e9but\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, l\u2019identit\u00e9 des auteurs de la destruction de l\u2019avion fait l\u2019objet d\u2019intenses d\u00e9bats politiques et juridiques. Si les premiers t\u00e9moignages accusaient des extr\u00e9mistes hutus d\u2019avoir abattu l\u2019appareil en raison de leur opposition \u00e0 tout accord politique, des enqu\u00eates ult\u00e9rieures et des arguments contradictoires sont ensuite apparus. Dans un long rapport publi\u00e9 par le quotidien canadien *National Post* en 2010, l\u2019enqu\u00eateur australien Michael Horigan, qui a collabor\u00e9 avec le Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, a indiqu\u00e9 qu\u2019il existait des preuves sugg\u00e9rant que des membres du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame pourraient \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de cet attentat. Le rapport mentionnait \u00e9galement que le juge fran\u00e7ais Jean-Louis Brugui\u00e8re avait par la suite conclu que le pr\u00e9sident rwandais de l\u2019\u00e9poque, Paul Kagame, avait ordonn\u00e9 la destruction de l\u2019avion \u2013 accusations que Kigali a cat\u00e9goriquement d\u00e9menties. Malgr\u00e9 plus de trente ans \u00e9coul\u00e9s, l\u2019affaire demeure non r\u00e9solue.<\/p>\n<h2>Des accusations \u00e0 l\u2019exil en France<\/h2>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s l\u2019assassinat de son mari, Agathe Habyarimana a fui le Rwanda avec l\u2019aide de la France, alors que les forces du FPR de Paul Kagame avan\u00e7aient sur la capitale, Kigali. Elle s\u2019est ensuite install\u00e9e en France en 1998, o\u00f9 elle r\u00e9side depuis, malgr\u00e9 les demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019extradition formul\u00e9es par le Rwanda.<\/p>\n<p>Selon un article diffus\u00e9 par France 24 en mai 2016, Kigali a demand\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises l\u2019extradition d\u2019Agathe Habyarimana, mais la France a refus\u00e9 en 2011. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises lui ont \u00e9galement refus\u00e9 l\u2019asile politique apr\u00e8s que le Conseil d\u2019\u00c9tat a estim\u00e9 qu\u2019il existait des \u00ab motifs s\u00e9rieux de soup\u00e7on \u00bb quant \u00e0 son implication dans le g\u00e9nocide, \u00ab en tant qu\u2019instigatrice ou complice \u00bb. Toutefois, la justice fran\u00e7aise n\u2019a engag\u00e9 ni poursuites ni proc\u00e9dure d\u2019extradition, faisant de cette affaire une source de tensions persistantes entre Paris et Kigali pendant de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<h2>Pourquoi cette affaire est-elle consid\u00e9r\u00e9e comme exceptionnelle ?<\/h2>\n<p>Son importance tient non seulement \u00e0 l\u2019ancienne stature politique d\u2019Agathe Habyarimana, mais aussi \u00e0 son lien avec l\u2019une des questions les plus sensibles des relations franco-rwandaises. Depuis des d\u00e9cennies, la France est accus\u00e9e de ne pas poursuivre les personnes soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019avoir particip\u00e9 au g\u00e9nocide, notamment celles qui vivent sur son territoire depuis 1994. Selon un communiqu\u00e9 de l\u2019Aegis Trust, une organisation britannique de d\u00e9fense des droits humains, des dizaines de suspects li\u00e9s au g\u00e9nocide des Tutsis r\u00e9sident en France, alors que seuls quelques proc\u00e8s ont eu lieu ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019Aegis Trust a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab chaque ann\u00e9e qui passe rend les poursuites plus difficiles, car les t\u00e9moins vieillissent, les souvenirs s\u2019estompent et les suspects d\u00e9c\u00e8dent \u00bb. L\u2019organisation a ajout\u00e9 que l\u2019impunit\u00e9 envoie un \u00ab message pernicieux \u00bb : les auteurs de g\u00e9nocide peuvent \u00e9chapper \u00e0 la justice s\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019influence ou de l\u2019indiff\u00e9rence internationale.<\/p>\n<h2>Justice retard\u00e9e dans l&rsquo;affaire du g\u00e9nocide rwandais<\/h2>\n<p>En ao\u00fbt 2025, deux juges fran\u00e7ais ont d\u00e9cid\u00e9 de classer sans suite l\u2019affaire contre Agathe Habyarimana, faute de preuves suffisantes. Cependant, le parquet antiterroriste fran\u00e7ais, ainsi que des organisations de d\u00e9fense des droits humains et des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, ont rapidement fait appel de cette d\u00e9cision. Le 6 mai, la cour d\u2019appel de Paris a cass\u00e9 le non-lieu et ordonn\u00e9 la r\u00e9ouverture de l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>L\u2019Aegis Trust a qualifi\u00e9 cette d\u00e9cision d\u2019\u00ab \u00e9tape importante vers la justice \u00bb, tout en soulignant que \u00ab le temps joue contre la justice \u00bb, l\u2019accus\u00e9e \u00e9tant \u00e2g\u00e9e de 83 ans. Freddy Mutangoha, directeur du M\u00e9morial du g\u00e9nocide de Kigali et PDG de l\u2019Aegis Trust, a d\u00e9clar\u00e9 que les survivants \u00ab ont attendu bien trop longtemps \u00bb, exhortant la justice fran\u00e7aise \u00e0 agir rapidement, \u00ab dans les mois qui suivent, et non dans les ann\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p><strong>\u00ab La femme du g\u00e9nocide \u00bb : \u00ab Une femme au foyer sans aucun engagement politique ! \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Pour sa part, Agathe Habyarimana a toujours ni\u00e9 toutes les accusations port\u00e9es contre elle. Selon un reportage de France 24, l\u2019ancienne Premi\u00e8re dame a insist\u00e9 sur le fait qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab une femme au foyer et m\u00e8re de huit enfants \u00bbet qu\u2019elle n\u2019avait aucune implication en politique. Son avocat, Philippe Meilhac, a \u00e9galement critiqu\u00e9 la d\u00e9cision de rouvrir l\u2019enqu\u00eate, la qualifiant de \u00ab jour sombre pour la justice fran\u00e7aise \u00bb. Dans des propos rapport\u00e9s par la presse fran\u00e7aise suite \u00e0 la d\u00e9cision de la cour, il a d\u00e9clar\u00e9 que cette d\u00e9cision \u00ab n\u2019a qu\u2019un seul objectif : pr\u00e9server les relations diplomatiques avec les autorit\u00e9s rwandaises \u00bb. L\u2019\u00e9quipe de la d\u00e9fense estime que l\u2019affaire est davantage de nature politique que criminelle et que Paris subit des pressions de la part de Kigali et des organisations de d\u00e9fense des droits humains.<\/p>\n<p>France et Rwanda : une histoire de tensions et d\u2019accusations<\/p>\n<p>L\u2019affaire Agathe Habyarimana est indissociable de l\u2019histoire complexe des relations franco-rwandaises. Paris a soutenu le r\u00e9gime de Juv\u00e9nal Habyarimana pendant plusieurs ann\u00e9es avant le g\u00e9nocide et a lanc\u00e9 l\u2019op\u00e9ration Turquoise en 1994, pr\u00e9sent\u00e9e comme une mission de protection des civils, tandis que ses d\u00e9tracteurs l\u2019accusent d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les responsables du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Les relations entre les deux pays ont \u00e9galement connu une grave crise en 2006, lorsqu\u2019un juge fran\u00e7ais a accus\u00e9 le pr\u00e9sident Paul Kagame et ses proches d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9s dans la destruction de l\u2019avion d\u2019Habyarimana. Le Rwanda a r\u00e9agi en rompant ses relations diplomatiques avec la France. Ces relations se sont toutefois progressivement am\u00e9lior\u00e9es par la suite, notamment apr\u00e8s que le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron a reconnu en 2021 la responsabilit\u00e9 politique de son pays dans l\u2019\u00ab \u00e9chec \u00bb au Rwanda, tout en niant toute implication directe dans le g\u00e9nocide.<\/p>\n<h2>Une justice diff\u00e9r\u00e9e est-elle encore possible\u00a0?<\/h2>\n<p>L\u2019affaire Agathe Habyarimana illustre parfaitement les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019obtention d\u2019une justice diff\u00e9r\u00e9e. Plus de trente-deux ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide, les accus\u00e9s, les survivants et les t\u00e9moins vieillissent, tandis que la capacit\u00e9 \u00e0 recueillir des preuves et des t\u00e9moignages diminue. Des affaires tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9es li\u00e9es au g\u00e9nocide ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 class\u00e9es sans suite en raison de la sant\u00e9 d\u00e9clinante des accus\u00e9s, notamment celle de l\u2019homme d\u2019affaires F\u00e9licien Kabuga, accus\u00e9 de financement du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Les organisations de d\u00e9fense des droits humains estiment que tout retard suppl\u00e9mentaire pourrait conduire \u00e0 une impunit\u00e9 totale. \u00c0 l\u2019inverse, d\u2019autres mettent en garde contre le risque de politisation de la justice et de transformation des proc\u00e8s en instruments de conflit politique entre r\u00e9gimes.<\/p>\n<h2>Et maintenant ?<\/h2>\n<p>Selon l\u2019arr\u00eat de la cour d\u2019appel, l\u2019affaire retourne en phase d\u2019instruction compl\u00e9mentaire, au cours de laquelle les preuves et les arguments pr\u00e9sent\u00e9s par l\u2019accusation et les parties civiles seront r\u00e9examin\u00e9s. Cela pourrait impliquer de nouvelles auditions de t\u00e9moins ou la r\u00e9vision de documents et d\u2019enqu\u00eates ant\u00e9rieurs. La d\u00e9cision de rouvrir l\u2019enqu\u00eate ne signifie pas qu\u2019Agathe Habyarimana est coupable, mais elle relance la possibilit\u00e9 de son proc\u00e8s apr\u00e8s des ann\u00e9es de batailles juridiques et politiques. Tandis que les survivants et les organisations de d\u00e9fense des droits humains appellent \u00e0 une action rapide avant qu\u2019il ne soit trop tard, la d\u00e9fense continue de clamer son innocence et de rejeter les accusations.<\/p>\n<p><strong>Cependant<\/strong>, la d\u00e9cision prise en mai dernier a ind\u00e9niablement replac\u00e9 le nom d&rsquo;Agathe Habyarimana au c\u0153ur du d\u00e9bat international, ravivant d&rsquo;anciennes questions sur le g\u00e9nocide rwandais, le r\u00f4le des \u00e9lites politiques, les limites de la justice internationale et la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats qui ont h\u00e9berg\u00e9 des personnes accus\u00e9es pendant des d\u00e9cennies sans r\u00e9soudre leurs affaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trente-deux ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda, la cour d\u2019appel de Paris relance une des enqu\u00eates les plus controvers\u00e9es li\u00e9es aux \u00e9v\u00e9nements de 1994, ordonnant la r\u00e9ouverture du dossier d\u2019Agathe Kanzega Habyarimana, veuve de l\u2019ancien pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana, poursuivie pour complicit\u00e9 de g\u00e9nocide et crimes contre l\u2019humanit\u00e9. 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