{"id":17570,"date":"2026-02-15T12:22:14","date_gmt":"2026-02-15T12:22:14","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=17570"},"modified":"2026-03-08T12:25:01","modified_gmt":"2026-03-08T12:25:01","slug":"le-labyrinthe-des-reformes-de-lunion-africaine-face-au-chaos-international","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/17570\/le-labyrinthe-des-reformes-de-lunion-africaine-face-au-chaos-international\/","title":{"rendered":"Le labyrinthe des r\u00e9formes de l&rsquo;Union africaine face au chaos international."},"content":{"rendered":"<p>Le 39e Sommet de l&rsquo;Union africaine, pr\u00e9vu du 11 au 15 f\u00e9vrier 2026, s&rsquo;annonce \u00e0 un point de bascule, marqu\u00e9 par une instabilit\u00e9 mondiale et continentale in\u00e9dite. Les institutions multilat\u00e9rales, jadis piliers de la s\u00e9curit\u00e9 collective et de la coop\u00e9ration politique, sont d\u00e9sormais sous forte tension. L&rsquo;Afrique, quant \u00e0 elle, doit naviguer dans un environnement complexe, \u00e9cartel\u00e9e entre des conflits chroniques, des rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques exacerb\u00e9es et des fragilit\u00e9s institutionnelles end\u00e9miques.<\/p>\n<p>Dans ce climat volatile, l&rsquo;adoption d&rsquo;une vision lucide du programme de r\u00e9forme de l&rsquo;Union africaine, et plus sp\u00e9cifiquement de ses cadres r\u00e9gissant la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et la gouvernance, devient une urgence absolue. Il est imp\u00e9ratif de red\u00e9finir le positionnement de l&rsquo;organisation au sein d&rsquo;un syst\u00e8me international en pleine fragmentation. Les observateurs des affaires africaines s&rsquo;accordent d&rsquo;ailleurs sur un diagnostic commun : les institutions panafricaines sont prises en \u00e9tau, soumises \u00e0 des pressions tant externes qu&rsquo;internes.<\/p>\n<p>Sur la sc\u00e8ne plan\u00e9taire, l&rsquo;\u00e9rosion des normes multilat\u00e9rales, le retour en force de la comp\u00e9tition entre grandes puissances et le d\u00e9clin de l&rsquo;influence des Nations Unies ont profond\u00e9ment red\u00e9fini l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me dans lequel \u00e9volue l&rsquo;Union africaine. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle r\u00e9gionale, le continent enregistre un recul inqui\u00e9tant en mati\u00e8re de pacification. L&rsquo;instabilit\u00e9 gagne du terrain, de la Corne de l&rsquo;Afrique au Sahel, en passant par la r\u00e9gion des Grands Lacs et certaines parties de l&rsquo;Afrique australe.<\/p>\n<p>Ces dynamiques ont mis en lumi\u00e8re les carences structurelles des m\u00e9canismes de s\u00e9curit\u00e9 collective et interrog\u00e9 la pertinence des instruments actuels de l&rsquo;UA. Face \u00e0 ces bouleversements rapides, la r\u00e9forme de l&rsquo;institution s&rsquo;apparente \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9dale politique et institutionnel. Les enjeux de financement, d&rsquo;autorit\u00e9 et de souverainet\u00e9 s&rsquo;entrem\u00ealent, rendant la qu\u00eate d&rsquo;un mod\u00e8le efficace aussi complexe que la r\u00e9solution d&rsquo;un puzzle en perp\u00e9tuel mouvement.<\/p>\n<p>Initi\u00e9 en 2016 sous l&rsquo;impulsion du rapport du pr\u00e9sident Paul Kagame et de la d\u00e9cision du Sommet de Kigali d&rsquo;instituer une taxe de 0,2 % sur les importations, le processus visait \u00e0 doter le continent d&rsquo;une vision globale : une Union plus performante et autofinanc\u00e9e, capable de d\u00e9ployer l&rsquo;Agenda 2063 sans d\u00e9pendance chronique vis-\u00e0-vis des partenaires extra-africains.<\/p>\n<p>Cependant, la phase op\u00e9rationnelle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un foss\u00e9 abyssal entre les ambitions affich\u00e9es et les engagements tenus. Le m\u00e9canisme de la taxe n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 que par une minorit\u00e9 d&rsquo;\u00c9tats membres, et l&rsquo;on estime qu&rsquo;environ 90 % des d\u00e9cisions sommitales demeurent lettres mortes.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;analyse de cette situation complexe fait appara\u00eetre trois niveaux de blocage structurel intimement li\u00e9s :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8rement<\/strong>, une centralisation du pouvoir d\u00e9cisionnel. L&rsquo;architecture de l&rsquo;Union repose sur une hi\u00e9rarchie domin\u00e9e par l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, au d\u00e9triment d&rsquo;instruments l\u00e9gislatifs et judiciaires dot\u00e9s d&rsquo;une r\u00e9elle force contraignante. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre entrave toute vocation supranationale de l&rsquo;organisation.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8mement<\/strong>, un enchev\u00eatrement des comp\u00e9tences. La r\u00e9partition des r\u00f4les entre l&rsquo;Union et les Communaut\u00e9s \u00e9conomiques r\u00e9gionales (CER) souffre d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s persistantes. Les principes de \u00ab primaut\u00e9 \u00bb et de \u00ab subordination \u00bb peinent \u00e0 s&rsquo;appliquer, engendrant une duplication des t\u00e2ches et des frictions constantes avec les capitales nationales quant aux champs d&rsquo;intervention.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8mement<\/strong>, l&rsquo;obstacle souverainiste.\u00a0 La r\u00e9ticence marqu\u00e9e des \u00c9tats membres \u00e0 c\u00e9der des parcelles de leur souverainet\u00e9 juridique et financi\u00e8re fragilise l&rsquo;\u00e9difice continental. Ce frein politique, maintes fois soulign\u00e9 par les chercheurs, cr\u00e9e un foss\u00e9 entre l&rsquo;ambition d&rsquo;une Union forte et la r\u00e9alit\u00e9 des volont\u00e9s nationales.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la r\u00e9forme de l&rsquo;Union africaine s&rsquo;apparente \u00e0 un v\u00e9ritable labyrinthe, tant sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique que politique. Elle se heurte \u00e0 l&rsquo;entrelacs de textes ambitieux, de modalit\u00e9s d&rsquo;ex\u00e9cution incompl\u00e8tes et d&rsquo;une volont\u00e9 politique fluctuante. Ce constat invite les experts du Sud \u00e0 une r\u00e9flexion fondamentale : s&rsquo;agit-il de tenter de \u00ab r\u00e9former le labyrinthe \u00bb ou d&rsquo;en redessiner totalement les contours?<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette probl\u00e9matique que le pr\u00e9sent article s&rsquo;attache, en soulevant sept questions cl\u00e9s pour d\u00e9crypter ce chantier de r\u00e9formes au sein d&rsquo;un syst\u00e8me international en pleine fragmentation :<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le programme de r\u00e9forme : l&rsquo;imp\u00e9ratif de l&rsquo;adaptation <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le processus de r\u00e9forme en cours au sein de l&rsquo;Union africaine (UA), particuli\u00e8rement en ce qui concerne l&rsquo;architecture de paix, de s\u00e9curit\u00e9 et de gouvernance, ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 un exercice bureaucratique th\u00e9orique. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, l&rsquo;enjeu est moins de r\u00e9inventer le syst\u00e8me que de l&rsquo;adapter \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s mutationnelles. L&rsquo;Union dispose d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;un arsenal normatif et institutionnel cons\u00e9quent, incluant des m\u00e9canismes d&rsquo;alerte pr\u00e9coce et des outils de m\u00e9diation. Le d\u00e9fi fondamental r\u00e9side donc moins dans l&rsquo;absence d&rsquo;instruments que dans le foss\u00e9 s\u00e9parant l&rsquo;ambition politique de sa mise en \u0153uvre effective.<\/p>\n<p>Cette fracture est particuli\u00e8rement patente dans le domaine de la pr\u00e9vention des conflits. Bien que plac\u00e9e au c\u0153ur de la doctrine strat\u00e9gique de l&rsquo;UA, la pr\u00e9vention souffre d&rsquo;un d\u00e9ficit de reconnaissance politique et de moyens, malgr\u00e9 son avantage \u00e9conomique ind\u00e9niable sur le long terme. En cons\u00e9quence, l&rsquo;approche demeure trop souvent r\u00e9active, n&rsquo;intervenant qu&rsquo;une fois la violence consum\u00e9e. Les r\u00e9cents bouleversements continentaux ont expos\u00e9 cette lacune, la d\u00e9signant comme une d\u00e9faillance syst\u00e9mique critique appelant une correction prioritaire.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Volont\u00e9 politique et architecture institutionnelle <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le d\u00e9bat central oppose la n\u00e9cessit\u00e9 de la volont\u00e9 politique \u00e0 celle de la r\u00e9forme institutionnelle. Une premi\u00e8re analyse postule que les cadres de paix et de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;UA sont conceptuellement solides et que les \u00e9checs d\u00e9coulent principalement du manque d&rsquo;engagement des \u00c9tats membres. Dans cette optique, la r\u00e9forme devrait se concentrer sur le renforcement de la responsabilit\u00e9 et de la coordination plut\u00f4t que sur une refonte structurelle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, un argument plus critique sugg\u00e8re que des cadres con\u00e7us pour des conflits d&rsquo;un autre \u00e2ge sont inadapt\u00e9s aux menaces contemporaines, telles que la guerre asym\u00e9trique, les groupes arm\u00e9s transnationaux ou les crises de gouvernance hybrides. Selon cette th\u00e8se, la rigidit\u00e9 institutionnelle paralyserait la volont\u00e9 politique, les \u00c9tats h\u00e9sitant \u00e0 investir dans des m\u00e9canismes per\u00e7us comme obsol\u00e8tes. En r\u00e9alit\u00e9, une voie m\u00e9diane s&rsquo;impose : volont\u00e9 politique et pertinence institutionnelle sont interd\u00e9pendantes, et la r\u00e9forme doit traiter ces deux dimensions de mani\u00e8re concomitante.<\/p>\n<p><strong>III. La dialectique entre gouvernance et s\u00e9curit\u00e9\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des propositions les plus d\u00e9battues concerne l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9troite des organes de gouvernance et de s\u00e9curit\u00e9. Si ce rapprochement repose sur un fondement analytique solide, les d\u00e9faillances de gouvernance \u00e9tant les vecteurs de l&rsquo;instabilit\u00e9, il n&rsquo;est pas exempt de risques. Le Protocole relatif au Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9 reconna\u00eet d\u00e9j\u00e0 ce lien intrins\u00e8que. Toutefois, une fusion mal calibr\u00e9e risque de subordonner les imp\u00e9ratifs de gouvernance aux urgences s\u00e9curitaires, masquant ainsi les causes profondes des conflits.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la viabilit\u00e9 de toute strat\u00e9gie int\u00e9gr\u00e9e sera subordonn\u00e9e \u00e0 un s\u00e9quen\u00e7age politique rigoureux, \u00e0 la mise en place de garanties institutionnelles solides et \u00e0 un engagement in\u00e9branlable en faveur de la gouvernance, laquelle ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une simple variable d&rsquo;ajustement s\u00e9curitaire.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> La crise de l&rsquo;action strat\u00e9gique africaine <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La place des acteurs ext\u00e9rieurs dans le paysage s\u00e9curitaire africain ne doit pas \u00eatre analys\u00e9e sous le seul prisme de l&rsquo;ing\u00e9rence, mais comme le r\u00e9v\u00e9lateur des faiblesses strat\u00e9giques du continent. Tandis que les partenaires externes d\u00e9ploient des strat\u00e9gies d\u00e9finies et des int\u00e9r\u00eats clairs, l&rsquo;Union africaine peine \u00e0 convertir ses positions normatives en plans d&rsquo;action concrets et coh\u00e9rents.<\/p>\n<p>Cette disparit\u00e9 \u00e9rode le leadership africain et entretient une dynamique de d\u00e9pendance. Pour inverser cette tendance, l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas l&rsquo;isolement, mais la ma\u00eetrise de l&rsquo;engagement strat\u00e9gique selon les conditions d\u00e9finies par l&rsquo;Afrique. Cela implique de formuler des positions unifi\u00e9es et de veiller \u00e0 ce que les partenariats servent prioritairement les int\u00e9r\u00eats continentaux. L&rsquo;ascension de l&rsquo;UA au sein des forums globaux, tels que le G20, rend cette clart\u00e9 strat\u00e9gique indispensable : l&rsquo;Afrique y est d\u00e9sormais actrice de l&rsquo;\u00e9laboration des r\u00e8gles internationales, et non plus seulement de leur application.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> L&rsquo;autonomie financi\u00e8re, condition sine qua non de la souverainet\u00e9 <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La d\u00e9pendance financi\u00e8re constitue d\u00e9sormais l&rsquo;\u00e9pine la plus sensible, mais aussi la plus cruciale, du d\u00e9bat r\u00e9formateur. Bien que l&rsquo;Union africaine affiche une volont\u00e9 politique affich\u00e9e en faveur de \u00ab solutions africaines \u00bb, ses initiatives en mati\u00e8re de paix et de s\u00e9curit\u00e9 demeurent structurellement tributaires de financements ext\u00e9rieurs. Cette suj\u00e9tion bride l&rsquo;autonomie strat\u00e9gique, fausse les ordres de priorit\u00e9 et compromet la p\u00e9rennit\u00e9 des actions. Les pistes de r\u00e9flexion, allant de pr\u00e9l\u00e8vements symboliques sur les budgets de d\u00e9fense nationaux \u00e0 des m\u00e9canismes innovants li\u00e9s aux transports a\u00e9riens ou au commerce intracontinental, convergent vers un constat : sans ressources propres endog\u00e8nes, la r\u00e9forme restera une vaine abstraction. L&rsquo;accroissement des investissements nationaux dans la s\u00e9curit\u00e9 collective est imp\u00e9ratif pour restaurer la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l&rsquo;organisation et r\u00e9duire sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux ing\u00e9rences ext\u00e9rieures. La r\u00e9ticence des \u00c9tats \u00e0 c\u00e9der une fraction de leurs budgets nationaux trahit un d\u00e9ficit de confiance profond au sein du syst\u00e8me multilat\u00e9ral, une fracture que la r\u00e9forme doit imp\u00e9rativement combler.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> L&rsquo;imp\u00e9ratif de l\u00e9gitimit\u00e9 et d&rsquo;inclusion citoyenne <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le reproche le plus r\u00e9current adress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Union africaine reste sa d\u00e9connexion avec les citoyens. En d\u00e9pit de son aspiration affich\u00e9e \u00e0 \u00eatre une \u00ab Union des peuples \u00bb, la prise de d\u00e9cision demeure l&rsquo;apanage d&rsquo;une \u00e9lite restreinte. La soci\u00e9t\u00e9 civile, les think tanks, la jeunesse et les femmes sont souvent rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 un r\u00f4le consultatif purement formel, voire symbolique. Ce d\u00e9ficit de concertation \u00e9rode la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;institution et entrave les m\u00e9canismes d&rsquo;alerte pr\u00e9coce et de m\u00e9diation, lesquels reposent sur l&rsquo;ancrage local et la confiance sociale. Une inclusion v\u00e9ritable requiert bien plus qu&rsquo;un statut d&rsquo;observateur ; elle suppose l&rsquo;institutionnalisation de la participation citoyenne aux d\u00e9lib\u00e9rations politiques, particuli\u00e8rement sur les questions s\u00e9curitaires qui impactent directement les communaut\u00e9s. Si des initiatives comme les r\u00e9seaux de think tanks africains constituent une base, elles doivent \u00eatre compl\u00e9t\u00e9es par une ouverture politique aux points de vue dissidents et une participation publique effective. Il devient urgent que l&rsquo;Union africaine op\u00e8re un glissement paradigmatique : passer d&rsquo;une organisation centr\u00e9e sur les int\u00e9r\u00eats \u00e9tatiques \u00e0 une incarnation des int\u00e9r\u00eats des peuples africains. \u00c0 cet \u00e9gard, l&rsquo;adoption d&rsquo;une posture ferme et unifi\u00e9e face aux changements anticonstitutionnels, qu&rsquo;ils soient militaires ou civils, renforcerait sa l\u00e9gitimit\u00e9 et dissuaderait les prises de pouvoir ill\u00e9gales, alignant ainsi la pratique sur les id\u00e9aux d\u00e9mocratiques de l&rsquo;Agenda 2063.<\/p>\n<p><strong>VII. La r\u00e9forme du multilat\u00e9ralisme mondial <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9flexion sur la r\u00e9forme de l&rsquo;Union africaine est indissociable des dialogues globaux concernant l&rsquo;avenir des institutions multilat\u00e9rales. La paralysie du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, l&rsquo;application s\u00e9lective des normes internationales et la r\u00e9surgence de l&rsquo;unilat\u00e9ralisme ont des r\u00e9percussions profondes pour le continent. Les appels \u00e0 refonder la gouvernance mondiale, y compris la r\u00e9vision des structures onusiennes, t\u00e9moignent d&rsquo;une mont\u00e9e en puissance de la frustration face \u00e0 des syst\u00e8mes incapables de garantir la s\u00e9curit\u00e9 collective. Pour l&rsquo;Afrique, ce contexte constitue \u00e0 la fois une opportunit\u00e9 strat\u00e9gique et un d\u00e9fi existentiel. Si la fragmentation risque d&rsquo;aggraver la marginalisation du continent, une action coordonn\u00e9e pourrait, en revanche, d\u00e9cupler son influence dans l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un ordre multilat\u00e9ral restructur\u00e9. Par sa taille d\u00e9mographique, sa capacit\u00e9 de rassemblement et son autorit\u00e9 morale, l&rsquo;Union africaine a vocation \u00e0 \u00eatre un acteur d\u00e9cisif, \u00e0 la condition expresse de s&rsquo;exprimer d&rsquo;une seule voix et avec assurance.<\/p>\n<p>En conclusion, l&rsquo;appel \u00e0 la r\u00e9forme de l&rsquo;Union africaine met en lumi\u00e8re un paradoxe fondamental. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, face \u00e0 la multiplication des conflits d\u00e9vastateurs, aux crises alimentaires, \u00e0 l&rsquo;endettement et aux bouleversements climatiques, le continent a plus que jamais besoin d&rsquo;une Union forte et d&rsquo;une voix unifi\u00e9e sur la sc\u00e8ne internationale. De l&rsquo;autre, l&rsquo;institution appara\u00eet comme une puissance en incapacit\u00e9 : ses d\u00e9cisions demeurent inappliqu\u00e9es, ses ressources sont limit\u00e9es, et les \u00c9tats membres lui refusent l&rsquo;autorit\u00e9 et la volont\u00e9 politique n\u00e9cessaires \u00e0 son plein \u00e9panouissement.<\/p>\n<p>R\u00e9former les cadres de paix, de s\u00e9curit\u00e9 et de gouvernance ne rel\u00e8ve donc pas de la simple technocratie, mais d&rsquo;un projet politique exigeant courage, consensus et responsabilit\u00e9 collective. L&rsquo;avenir de l&rsquo;organisation d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 combler les foss\u00e9s qui la fragmentent : entre normes et pratique, pr\u00e9vention et r\u00e9action, gouvernance et s\u00e9curit\u00e9, institutions et citoyens. En d\u00e9finitive, le sort du panafricanisme repose sur l&rsquo;aptitude de l&rsquo;Union \u00e0 se m\u00e9tamorphoser, passant du statut de plateforme de gestion de crise \u00e0 celui de moteur proactif de stabilit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9. L&rsquo;enjeu est crucial. Dans un monde o\u00f9 les cadres multilat\u00e9raux s&rsquo;effritent, la capacit\u00e9 d&rsquo;action collective de l&rsquo;Afrique d\u00e9terminera non seulement sa paix et sa prosp\u00e9rit\u00e9, mais \u00e9galement sa place dans la nouvelle architecture mondiale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 39e Sommet de l&rsquo;Union africaine, pr\u00e9vu du 11 au 15 f\u00e9vrier 2026, s&rsquo;annonce \u00e0 un point de bascule, marqu\u00e9 par une instabilit\u00e9 mondiale et continentale in\u00e9dite. Les institutions multilat\u00e9rales, jadis piliers de la s\u00e9curit\u00e9 collective et de la coop\u00e9ration politique, sont d\u00e9sormais sous forte tension. 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