{"id":16267,"date":"2025-08-27T07:54:06","date_gmt":"2025-08-27T07:54:06","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=16267"},"modified":"2025-09-04T07:56:46","modified_gmt":"2025-09-04T07:56:46","slug":"precurseur-de-la-liberation-africaine-un-adieu-silencieux-a-la-maison-africaine-au-caire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/16267\/precurseur-de-la-liberation-africaine-un-adieu-silencieux-a-la-maison-africaine-au-caire\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9curseur de la lib\u00e9ration africaine : un adieu silencieux \u00e0 la \u00ab Maison africaine \u00bb au Caire"},"content":{"rendered":"<p>Les passionn\u00e9s des affaires africaines ont \u00e9t\u00e9 nombreux \u00e0 exprimer leur \u00e9tonnement face aux rumeurs persistantes annon\u00e7ant la fermeture du si\u00e8ge de \u00ab l\u2019Association africaine \u00bb \u00e0 Zamalek, au Caire. Ce lieu historique, ayant accueilli des mouvements de lib\u00e9ration et des leaders africains, a longtemps servi de lien culturel, politique et r\u00e9volutionnaire entre l\u2019\u00c9gypte et le continent.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019aucune annonce officielle n\u2019ait confirm\u00e9 cette fermeture, plusieurs employ\u00e9s, actuels et anciens, affirment qu\u2019une d\u00e9cision serait prise, entra\u00eenant l\u2019arr\u00eat des activit\u00e9s apr\u00e8s la restitution l\u00e9gale du b\u00e2timent aux h\u00e9ritiers de son propri\u00e9taire d\u2019origine. Cette information reste toutefois non v\u00e9rifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette situation a suscit\u00e9 de nombreux appels aux autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes pour prot\u00e9ger cet h\u00e9ritage de sept d\u00e9cennies, t\u00e9moin d\u2019\u00e9tapes majeures dans l\u2019histoire de l\u2019Afrique et de l\u2019\u00c9gypte, notamment durant les luttes pour l\u2019ind\u00e9pendance et contre la s\u00e9gr\u00e9gation raciale.<\/p>\n<h2>Maison Africaine:<\/h2>\n<p>Le si\u00e8ge de la Soci\u00e9t\u00e9 africaine, situ\u00e9 dans la Villa n\u00b05 de la rue Ahmed Hashmat \u00e0 Zamalek, ouest du Caire, porte l\u2019empreinte de Muhammad Abd al-Aziz Ishaq, professeur de litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Fouad I (aujourd\u2019hui Universit\u00e9 du Caire) et fervent d\u00e9fenseur des mouvements lib\u00e9rateurs contre le colonialisme.<\/p>\n<p>Ishaq, qui organisait dans cette villa des salons politiques d\u00e9di\u00e9s aux enjeux africains, fut d\u00e9sign\u00e9 par le cabinet du pr\u00e9sident Gamal Abdel Nasser pour accueillir les leaders de la lib\u00e9ration \u00e0 son domicile. Il fit don de la villa \u00e0 l\u2019association, alors appel\u00e9e \u00ab Ligue africaine \u00bb.<\/p>\n<p>Parmi ses nombreuses contributions, Ishaq proposa la cr\u00e9ation en 1953 d\u2019une antenne de l\u2019Universit\u00e9 du Caire \u00e0 Khartoum et tissa des liens forts avec des figures embl\u00e9matiques telles que Patrice Lumumba, h\u00e9ros de l\u2019ind\u00e9pendance congolaise assassin\u00e9 peu apr\u00e8s sa prise de fonction.<\/p>\n<p>Conseiller \u00e0 l\u2019ambassade d\u2019\u00c9gypte \u00e0 L\u00e9opoldville (aujourd\u2019hui Kinshasa), Ishaq facilita \u00e9galement l\u2019exfiltration clandestine des fils de Lumumba vers le Caire \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. Il nourrissait \u00e9galement le projet ambitieux de cr\u00e9er la premi\u00e8re encyclop\u00e9die africaine.<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e \u00ab Maison africaine \u00bb, sa villa \u00e0 Zamalek refl\u00e8te l\u2019\u00e2me du continent \u00e0 travers ses d\u00e9corations, objets d\u2019art et machines \u00e0 \u00e9crire qui a servi aux penseurs et leaders africains dans leur lutte. M\u00eame Nelson Mandela y fit escale lors de sa visite au Caire dans les ann\u00e9es 1990, d\u00e9sireux de renouer avec ce symbole historique. (1)<strong>\u00a0 <\/strong><\/p>\n<h2>Cr\u00e9ation de l&rsquo;Association :<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s qu&rsquo;Isaac eut fait don de sa maison, l&rsquo;Association africaine fut fond\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1950 sous le nom de \u00ab\u00a0Ligue africaine\u00a0\u00bb pour servir de patrie alternative aux \u00e9tudiants, hommes politiques, leaders de la lib\u00e9ration et repr\u00e9sentants africains. Bien qu&rsquo;elle re\u00e7oive une partie de ses ressources de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9gyptien, elle en \u00e9tait officiellement ind\u00e9pendante. Son si\u00e8ge, situ\u00e9 dans un quartier de Zamalek, devint le si\u00e8ge de dizaines de bureaux de mouvements de lib\u00e9ration africains et un centre culturel pour les penseurs, \u00e9crivains et \u00e9tudiants qui soutenaient ces causes.<\/p>\n<p>La Ligue a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e seulement trois ans apr\u00e8s le Mouvement des officiers libres en \u00c9gypte, qui a renvers\u00e9 la monarchie et d\u00e9clar\u00e9 une r\u00e9publique en juillet 1952, et a co\u00efncid\u00e9 avec le d\u00e9but de l&rsquo;engagement du Caire envers les probl\u00e8mes et les pr\u00e9occupations des pays du Sud global.<\/p>\n<p>La Ligue \u00e9tait un forum d&rsquo;expression politique pour les mouvements de lib\u00e9ration africains, par le biais de canaux fournis par l&rsquo;\u00c9gypte. Tandis que les politiques officielles \u00e9gyptiennes se d\u00e9veloppaient, les membres de la Ligue accueillaient des militants africains, les pr\u00e9sentaient, diffusaient leurs voix et les mobilisaient m\u00eame politiquement depuis Le Caire. Elle constituait \u00e9galement une source de force pour les Africains victimes de pers\u00e9cutions politiques et souvent contraints de travailler dans la clandestinit\u00e9 pour surmonter les restrictions et l&rsquo;isolement du colonialisme (2).<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de la Ligue comme base des mouvements de lib\u00e9ration a progressivement \u00e9volu\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 initialement cr\u00e9\u00e9e pour accueillir les milliers d&rsquo;\u00e9tudiants qui arrivaient en \u00c9gypte gr\u00e2ce \u00e0 des bourses universitaires, notamment en provenance des pays du bassin du Nil et des communaut\u00e9s musulmanes d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<h2>Colonie africaine au Caire :<\/h2>\n<p>L&rsquo;objectif \u00e9gyptien derri\u00e8re la cr\u00e9ation de la Ligue \u00e9tait d&rsquo;identifier les \u00e9tudiants africains impliqu\u00e9s dans les mouvements de lib\u00e9ration nationale de leur pays, afin de nouer des relations fructueuses avec eux en \u00c9gypte. Certains de ces \u00e9tudiants sont ensuite devenus repr\u00e9sentants permanents, avec des bureaux au si\u00e8ge de la Ligue, sous la supervision de Muhammad Fayek, qui a dirig\u00e9 le Bureau des affaires africaines de la pr\u00e9sidence \u00e9gyptienne de 1955 \u00e0 1966(3).<\/p>\n<p>Dans son r\u00e9cit des objectifs de la cr\u00e9ation de la \u00ab Ligue \u00bb, Fayek dit : Elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 la fin de 1955 en tant qu\u2019organisation ayant des activit\u00e9s politiques et culturelles, visant \u00e0 fournir toutes les facilit\u00e9s possibles aux bureaux politiques des mouvements de lib\u00e9ration nationale en Afrique ; depuis la mise \u00e0 disposition d\u2019espaces de travail appropri\u00e9s et leur liaison avec les agences d\u2019\u00c9tat, en leur fournissant des moyens d\u2019impression et de publication, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019organisation de conf\u00e9rences de presse et l\u2019accueil de d\u00e9l\u00e9gations et d\u2019envoy\u00e9s africains..<\/p>\n<p>Selon Fayek, la Ligue a fourni \u00e0 ces bureaux des experts et des consultants en politique et en droit, et leur a fourni les recherches n\u00e9cessaires pour soutenir les dossiers de leurs pays, en plus de leur attribuer des salles pour l&rsquo;organisation de s\u00e9minaires et de r\u00e9unions. Le b\u00e2timent de la Ligue abritait le plus grand nombre possible de bureaux politiques, et lorsque le nombre de bureaux d\u00e9passait la capacit\u00e9 du b\u00e2timent, la Ligue louait des si\u00e8ges suppl\u00e9mentaires \u00e0 proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Ensemble, ces bureaux politiques publiaient un bulletin d&rsquo;information intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le Magazine de la Ligue africaine\u00a0\u00bb, qu&rsquo;ils r\u00e9digeaient eux-m\u00eames pour refl\u00e9ter les luttes de leurs peuples et expliquer leurs enjeux. Cela contribua \u00e0 cr\u00e9er un r\u00e9seau de connaissance et d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;exp\u00e9riences et d&rsquo;informations entre les mouvements africains, dans un climat consultatif et anticolonial. Cette \u00e9troite collaboration entre la Ligue et les bureaux politiques africains fut la principale raison de sa renomm\u00e9e mondiale.<\/p>\n<p>De plus, selon Fayek, la Ligue s&rsquo;effor\u00e7ait de sensibiliser les \u00c9gyptiens \u00e0 l&rsquo;Afrique et de cr\u00e9er un environnement propice aux \u00e9changes entre intellectuels \u00e9gyptiens et africains, qu&rsquo;ils soient membres de bureaux politiques ou \u00e9tudiants africains au Caire. Elle cherchait \u00e9galement \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de ces jeunes et \u00e0 les former politiquement dans un climat r\u00e9volutionnaire, et organisait des s\u00e9minaires culturels r\u00e9unissant des jeunes \u00c9gyptiens et Africains (4).<\/p>\n<h2>Station pivot :<\/h2>\n<p>La Ligue africaine a repr\u00e9sent\u00e9 un moment charni\u00e8re dans la carri\u00e8re de l&rsquo;une des figures les plus \u00e9minentes de la pens\u00e9e africaine contemporaine, le penseur \u00e9gyptien Hilmi Shaarawy, qui a \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire culturel de la Ligue avant d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 chercheur \u00e0 la pr\u00e9sidence en 1959.<\/p>\n<p>Au cours de son travail au sein de la Ligue, Shaarawy a v\u00e9cu diverses exp\u00e9riences cognitives, notamment en ce qui concerne le r\u00f4le \u00e9gyptien dans le soutien aux mouvements de lib\u00e9ration africains d\u2019une part, et dans l\u2019opposition \u00e0 la pr\u00e9sence isra\u00e9lienne sur le continent d\u2019autre part.<\/p>\n<p>Shaarawy souligne dans ses m\u00e9moires que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de confronter l&rsquo;entit\u00e9 sioniste \u00e9tait au c\u0153ur de la politique \u00e9gyptienne depuis qu&rsquo;Isra\u00ebl s&rsquo;est vu refuser la participation \u00e0 la Conf\u00e9rence de Bandung en Indon\u00e9sie en 1955, puis \u00e0 la Conf\u00e9rence des peuples africains et asiatiques en 1958, avec une volont\u00e9 \u00e9gyptienne claire d&rsquo;assi\u00e9ger ses projets de p\u00e9n\u00e9tration dans les pays du bassin du Nil, avant m\u00eame l&rsquo;ind\u00e9pendance du Soudan ou le d\u00e9placement vers l\u2019\u00c9thiopie.<\/p>\n<p>La prise de conscience personnelle de Mwalimu sur cette question a commenc\u00e9 avec son observation que les premiers mouvements de lib\u00e9ration repr\u00e9sent\u00e9s dans la Ligue africaine venaient d&rsquo;Ouganda, du Kenya, de Zanzibar et de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, ainsi que d&rsquo;\u00c9rythr\u00e9e, qui \u00e9tait une porte d&rsquo;entr\u00e9e pour influencer l&rsquo;\u00c9thiopie, dans le but de prot\u00e9ger l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est du colonialisme traditionnel et d&rsquo;Isra\u00ebl ; ce dernier \u00e9tait d\u00e9crit comme pratiquant le colonialisme, puis le n\u00e9ocolonialisme, et enfin le sous-imp\u00e9rialisme&#8230; etc..<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la fondation de l&rsquo;Organisation de l&rsquo;unit\u00e9 africaine (25 mai 1963), Shaarawy note que de nombreux repr\u00e9sentants des mouvements de lib\u00e9ration africains se rendirent au Caire pour solliciter son soutien. Ce furent les jours les plus glorieux de l&rsquo;activit\u00e9 africaine au Caire. \u00c0 cette \u00e9poque, les bureaux des mouvements de lib\u00e9ration \u00e0 Zamalek devinrent le centre d&rsquo;attention des m\u00e9dias \u00e9gyptiens et internationaux, et l&rsquo;\u00c9gypte commen\u00e7a \u00e0 parler ouvertement de la lutte arm\u00e9e sans craindre d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9e d&rsquo;ing\u00e9rence (5).<\/p>\n<h2>M\u00e9moire africaine :<\/h2>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, l&rsquo;\u00c9gypte abritait des nationalistes africains venus de tout le continent. Dans les ann\u00e9es 1960, la Ligue comptait \u00e0 elle seule 24 d\u00e9l\u00e9gations de partis et mouvements anticoloniaux, domin\u00e9s par un courant nationaliste proche du r\u00e9gime \u00e9gyptien de l&rsquo;\u00e9poque. Cette situation accordait aux d\u00e9l\u00e9gations africaines une libert\u00e9 de mouvement et d&rsquo;acc\u00e8s qui n&rsquo;\u00e9tait pas possible sous les restrictions du colonialisme et de l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation africaine au sein de la Ligue comprenait parfois trois organisations d&rsquo;un m\u00eame pays, comme l&rsquo;Afrique du Sud et l&rsquo;Angola, en plus d&rsquo;organisations qui se sont s\u00e9par\u00e9es de leurs entit\u00e9s m\u00e8res, notamment : le Congr\u00e8s national africain, le Mouvement populaire pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;Angola, le Mouvement pour la lib\u00e9ration du Mozambique, l&rsquo;Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Namibie), le Parti pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e-Bissau et du Cap-Vert (Cap-Vert), l&rsquo;Union du peuple africain du Zimbabwe, en plus des mouvements de lib\u00e9ration d&rsquo;\u00c9rythr\u00e9e, du Kenya, de Somalie, de Djibouti, d&rsquo;Ouganda, du Cameroun, d&rsquo;Angola et d&rsquo;autres(6).L&rsquo;Association a permis \u00e0 ces d\u00e9l\u00e9gations de b\u00e9n\u00e9ficier du vaste r\u00e9seau d&rsquo;information \u00e9gyptien. Par exemple, les allocations financi\u00e8res du gouvernement \u00e9gyptien aux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 la Conf\u00e9rence panafricaine ont contribu\u00e9 \u00e0(PAC) Un mouvement de lib\u00e9ration nationale d&rsquo;Afrique du Sud \u2013 a publi\u00e9 le bulletin d&rsquo;information Africanist News and Views du Caire, ainsi que des articles dans les magazines de l&rsquo;association African Renaissance et African League, qui pr\u00e9sentaient la lutte contre l&rsquo;apartheid comme faisant partie d&rsquo;une campagne continentale contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme. (7).<\/p>\n<p>Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la Ligue avaient \u00e9galement le droit d&rsquo;attribuer des segments radiophoniques via la radio du Caire et, en 1962, le Parti du Congr\u00e8s national africain (ANC) produit un programme hebdomadaire en anglais et en sotho, Elezwi Labantu (Voix du peuple), qui promeut un discours de r\u00e9sistance et de lutte arm\u00e9e (8).<\/p>\n<h2>Activisme et solidarit\u00e9 :<\/h2>\n<p>Les premi\u00e8res d\u00e9l\u00e9gations africaines arriv\u00e8rent au si\u00e8ge de la Ligue \u00e0 Zamalek, en provenance d&rsquo;Afrique tropicale, apr\u00e8s que les autorit\u00e9s coloniales britanniques et fran\u00e7aises eurent interdit l&rsquo;Union du peuple camerounais (un mouvement pour l&rsquo;ind\u00e9pendance et l&rsquo;unit\u00e9). \u00c0 cette \u00e9poque, les leaders de la lib\u00e9ration camerounaise, men\u00e9s par le leader anticolonialiste F\u00e9lix Roland Momie \u2013 assassin\u00e9 \u00e0 Djenn\u00e9 en 1960 apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de son pays \u2013 commenc\u00e8rent \u00e0 chercher un si\u00e8ge en exil (9).<\/p>\n<p>En juillet 1957, Momye a \u00e9tabli un bureau permanent pour le Cameroun au si\u00e8ge de la Ligue au Caire, suivi par le nationaliste ougandais John Kalekesi, qui a dirig\u00e9 le magazine Uganda Renaissance depuis le si\u00e8ge de la Ligue \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, facilitant un dialogue national au plus fort de la prosp\u00e9rit\u00e9 du Caire en tant que centre afro-asiatique (10).<\/p>\n<p>Comme beaucoup de sa g\u00e9n\u00e9ration, Kalekesi \u00e9tait sous une surveillance coloniale stricte, ce qui l&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 quitter l&rsquo;Ouganda \u00e0 pied jusqu&rsquo;\u00e0 Juba (aujourd&rsquo;hui la capitale du Soudan du Sud), puis de l\u00e0 par avion jusqu&rsquo;au Caire, o\u00f9 il s&rsquo;est install\u00e9 au si\u00e8ge de la Ligue en tant que repr\u00e9sentant du Congr\u00e8s national ougandais (11).<\/p>\n<p>Suivant ses traces, en 1958, un groupe de Kenyans arriva par la vall\u00e9e du Nil, aspirant \u00e0 \u00e9tudier en Europe, mais d\u00e9cida plus tard d\u2019\u00e9tablir un \u00ab Bureau du Kenya \u00bb au si\u00e8ge de la Ligue, et en 1960, ils se baptis\u00e8rent \u00ab Bureau ext\u00e9rieur de l\u2019Union nationale africaine du Kenya \u00bb. (KANU) Malgr\u00e9 l&rsquo;absence de lien officiel avec le parti KANU, le parti les a officiellement reconnus en avril 1961. La Ligue comprenait \u00e9galement des personnalit\u00e9s \u00e9minentes telles que Joshua Nkomo de l&rsquo;Union du peuple africain du Zimbabwe et Vusumzi Make du Congr\u00e8s panafricain, qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l&rsquo;activit\u00e9 politique au Caire. (12)<\/p>\n<p>Les liens sociaux entre les militants ont contribu\u00e9 au lancement de campagnes de solidarit\u00e9 transfrontali\u00e8re. Par exemple, en juillet 1959, la Ligue a organis\u00e9 la \u00ab Journ\u00e9e de solidarit\u00e9 afro-asiatique avec l&rsquo;Ouganda \u00bb, diffus\u00e9e \u00e0 la radio du Caire, pour d\u00e9noncer \u00ab l&rsquo;oppression et l&rsquo;humiliation \u00bb sous le r\u00e9gime colonial. De m\u00eame, apr\u00e8s l&rsquo;assassinat du dirigeant congolais Patrice Lumumba en 1961, la Ligue a organis\u00e9 une manifestation de deux jours sur la place Tahrir, au centre du Caire, \u00e0 laquelle ont particip\u00e9 des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Kenya, du Rwanda et de Somalie pour d\u00e9noncer ce crime (13).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, Mwalimu Shaarawi \u00e9voque la visite d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation \u00e9rythr\u00e9enne \u00e0 la Ligue \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1958 pour discuter de la position \u00e9thiopienne sur leur pays avec des responsables \u00e9gyptiens et consulter des experts juridiques sur la relation f\u00e9d\u00e9rale avec l&rsquo;\u00c9thiopie d\u00e9cid\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. Il relate \u00e9galement sa rencontre avec une d\u00e9l\u00e9gation zanzibarite (aujourd&rsquo;hui partie de la Tanzanie) arriv\u00e9e au si\u00e8ge de la Ligue pour solliciter un soutien \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la Grande-Bretagne, rechercher des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9ducation pour la population de Zanzibar et faciliter le commerce du clou de girofle. La d\u00e9l\u00e9gation a rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident Gamal Abdel Nasser (14).<\/p>\n<p>Cependant, Shaarawy n&rsquo;a pas accueilli toutes les d\u00e9l\u00e9gations africaines avec enthousiasme. Il a par exemple exprim\u00e9 des r\u00e9serves quant \u00e0 la visite de George Padmore, conseiller du pr\u00e9sident ghan\u00e9en Kwame Nkrumah, \u00e0 la Ligue \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, en raison de ses \u00e9crits, qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme hostiles \u00e0 l&rsquo;internationalisme populiste, et de ce que Padmore avait \u00e9crit sur le \u00ab sionisme noir \u00bb dans le cadre de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un retour en Afrique, notamment de la diaspora am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1960, Shaarawi a rencontr\u00e9 David DuBois et sa m\u00e8re, Shirley Graham DuBois, l&rsquo;\u00e9pouse de l&rsquo;\u00e9minent intellectuel afro-am\u00e9ricain William DuBois (une figure centrale de l&rsquo;histoire afro-am\u00e9ricaine), lors de leur visite en \u00c9gypte apr\u00e8s la mort de ce dernier \u00e0 Accra en 1963. Il a lu avec eux son po\u00e8me sur \u00ab Suez et le Pharaon du Nil \u00bb qui a vaincu le \u00ab lion colonial \u00bb lors de l&rsquo;agression tripartite de 1956. (15)<\/p>\n<h2>De la \u00ab Ligue \u00bb \u00e0 l\u2019\u00ab Association \u00bb :<\/h2>\n<p>L&rsquo;encadrement et les ressources fournis par l&rsquo;\u00c9tat \u00e9gyptien \u00e0 la Ligue africaine constituaient une arme \u00e0 double tranchant. D&rsquo;une part, ils lui donnaient la capacit\u00e9 d&rsquo;agir et de soutenir les mouvements de lib\u00e9ration, mais, d&rsquo;autre part, ils la rendaient vuln\u00e9rable aux conflits politiques internes de l&rsquo;\u00e8re nass\u00e9rienne, notamment dans ses relations avec la gauche \u00e9gyptienne, ainsi qu&rsquo;aux fluctuations de la politique \u00e9trang\u00e8re, notamment avec l&rsquo;Union sovi\u00e9tique et la Chine, chacune ayant soutenu \u00e0 sa mani\u00e8re diff\u00e9rents mouvements de lib\u00e9ration africains.<\/p>\n<p>Avec l\u2019accession \u00e0 la pr\u00e9sidence d\u2019Anouar el-Sadate en 1970 et son renversement des politiques de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Abdel Nasser, des institutions telles que la Ligue africaine a \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e, les opportunit\u00e9s commerciales afro-asiatiques en \u00c9gypte ont diminu\u00e9, les personnalit\u00e9s \u00e9minentes de la Ligue ont \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9es et les militants africains soutenus par la Ligue ne se sont plus sentis les bienvenus.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies d&rsquo;action r\u00e9volutionnaire et de lib\u00e9ration, la Ligue a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e de la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique au Minist\u00e8re des Affaires Sociales (actuellement Solidarit\u00e9 Sociale), et son nom a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 en Association Africaine, organisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Malgr\u00e9 ce d\u00e9clin institutionnel, son histoire t\u00e9moigne de la force des r\u00e9seaux populaires qu&rsquo;elle a tiss\u00e9s parmi les Africains, tout en poursuivant ses initiatives de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Entre 1973 et 1980, Shaarawy et ses coll\u00e8gues ont r\u00e9ussi \u00e0 transformer l&rsquo;association en un centre culturel et intellectuel dynamique. En 1987, Shaarawy a particip\u00e9 \u00e0 la fondation du Centre de recherche arabo-africain, qui continue de documenter les politiques de lib\u00e9ration transnationale en Afrique et d&rsquo;\u00e9tablir de nouveaux cadres pour le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9gypte sur le continent et dans les pays du Sud (16).<\/p>\n<p>Avec la chute du r\u00e9gime d&rsquo;apartheid en Afrique australe dans les ann\u00e9es 1990, l&rsquo;Association africaine a reformul\u00e9 ses objectifs, se concentrant sur le renforcement des liens avec les ambassades et les diplomates africains au Caire, ainsi qu&rsquo;avec les \u00e9tudiants africains des universit\u00e9s et instituts \u00e9gyptiens. Elle a \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudiants africains en \u00c9gypte et parraine ses activit\u00e9s depuis 1986.<\/p>\n<p>Depuis lors, l&rsquo;association a organis\u00e9 des cours de formation pour les professionnels des m\u00e9dias et les journalistes int\u00e9ress\u00e9s par les affaires africaines, et a ouvert sa prestigieuse biblioth\u00e8que aux \u00e9tudiants africains, avec son importante collection de livres et de r\u00e9f\u00e9rences africains importants.<\/p>\n<p>L&rsquo;association a \u00e9galement re\u00e7u le prix \u00ab Messager de la paix \u00bb des Nations Unies en reconnaissance de son r\u00f4le majeur dans la lutte contre les politiques d&rsquo;apartheid. Elle a \u00e9t\u00e9 accr\u00e9dit\u00e9e comme membre observateur de l&rsquo;Organisation africaine des droits de l&rsquo;homme, a rejoint le Comit\u00e9 consultatif des organisations non gouvernementales des Nations Unies et a obtenu le statut d&rsquo;organisme d&rsquo;experts accr\u00e9dit\u00e9 aupr\u00e8s de la Ligue des \u00c9tats arabes, ainsi que l&rsquo;Union r\u00e9gionale des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et l&rsquo;Union r\u00e9gionale des associations environnementales (17).<\/p>\n<h2>Conclusion :<\/h2>\n<p>En conclusion, l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00ab Association africaine \u00bb au cours de ces sept d\u00e9cennies constitue un chapitre unique de l&rsquo;interaction et de la force de la solidarit\u00e9 des peuples africains en temps de crise. Tout comme l&rsquo;\u00ab Association \u00bb a embrass\u00e9 la lutte r\u00e9volutionnaire contre le colonialisme et l&rsquo;apartheid, elle a \u00e9galement embrass\u00e9 le dialogue intellectuel et contribu\u00e9 \u00e0 la formation d&rsquo;une conscience politique et culturelle transfrontali\u00e8re.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, alors que le d\u00e9bat sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;Association africaine et la perspective de la fermeture de son si\u00e8ge font rage, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour r\u00e9clamer la pr\u00e9servation de ce monument historique. Il s&rsquo;agit de reconna\u00eetre l&rsquo;importance de pr\u00e9server une m\u00e9moire africaine vivante en \u00c9gypte depuis sept d\u00e9cennies, p\u00e9riode durant laquelle elle a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de moments cl\u00e9s de la lib\u00e9ration africaine.<\/p>\n<p>Elle a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la formation d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration de penseurs et de cadres \u00e9gyptiens et africains qui ont apport\u00e9 leur expertise du Caire \u00e0 leurs pays respectifs. Cela refl\u00e8te la n\u00e9cessit\u00e9 de revitaliser son r\u00f4le et de renouveler son ADN, d&rsquo;une mani\u00e8re compatible et en phase avec les d\u00e9fis et pr\u00e9occupations communs \u00e9gyptiens et africains.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les passionn\u00e9s des affaires africaines ont \u00e9t\u00e9 nombreux \u00e0 exprimer leur \u00e9tonnement face aux rumeurs persistantes annon\u00e7ant la fermeture du si\u00e8ge de \u00ab l\u2019Association africaine \u00bb \u00e0 Zamalek, au Caire. Ce lieu historique, ayant accueilli des mouvements de lib\u00e9ration et des leaders africains, a longtemps servi de lien culturel, politique et r\u00e9volutionnaire entre l\u2019\u00c9gypte et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16268,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":19,"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard","override":[{"template":"1","parallax":"1","fullscreen":"1","layout":"right-sidebar","sidebar":"default-sidebar","second_sidebar":"default-sidebar","sticky_sidebar":"1","share_position":"topbottom","share_float_style":"share-monocrhome","show_share_counter":"1","show_featured":"1","show_post_meta":"1","show_post_author_image":"1","show_post_date":"1","post_date_format":"default","post_date_format_custom":"Y\/m\/d","show_post_category":"1","show_post_reading_time":"0","post_reading_time_wpm":"300","post_calculate_word_method":"str_word_count","show_zoom_button":"0","zoom_button_out_step":"2","zoom_button_in_step":"3","show_post_tag":"1","number_popup_post":"1","show_post_related":"1","show_inline_post_related":"1"}],"image_override":[{"single_post_thumbnail_size":"crop-500","single_post_gallery_size":"crop-500"}],"trending_post_position":"meta","trending_post_label":"Trending","sponsored_post_label":"Sponsored by","disable_ad":"0","subtitle":"\u00c9crit par : Rabie Mohamed Mahmoud | Traduit de l\u2019arabe par\u00a0: Sidi-M. OUEDRAOGO","source_name":"Qiraat African"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":{"view_counter_number":"0","share_counter_number":"0","like_counter_number":"0","dislike_counter_number":"0"},"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-16267","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyse-rapport"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16267\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16268"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}