{"id":124,"date":"2021-07-08T17:50:49","date_gmt":"2021-07-08T17:50:49","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=124"},"modified":"2023-06-06T16:11:08","modified_gmt":"2023-06-06T16:11:08","slug":"akinwumi-adesina-lafrique-ne-doit-pas-dependre-des-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/124\/akinwumi-adesina-lafrique-ne-doit-pas-dependre-des-autres\/","title":{"rendered":"Akinwumi Adesina : \u00ab L\u2019Afrique ne doit pas d\u00e9pendre des autres \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dflt-txt__lettrine\">A<\/span>lors que le monde continue d\u2019\u00eatre fortement marqu\u00e9 par la pand\u00e9mie de&nbsp;Covid-19 dans ses cons\u00e9quences sanitaires et \u00e9conomiques en attendant ses r\u00e9percussions politiques, quel regard le pr\u00e9sident de la plus grande banque&nbsp;panafricaine de d\u00e9veloppement porte-t-il sur la situation des pays du continent&nbsp;? Entre les d\u00e9placements de&nbsp;<a class=\"Link Link--entity\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/paris\" data-cke-saved-href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/paris\" data-cke-saved- target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Paris<\/a>&nbsp;autant pour le Sommet pour le financement des \u00e9conomies africaines (17 et 18&nbsp;mai) que pour le Forum G\u00e9n\u00e9ration \u00c9galit\u00e9 (du 30&nbsp;juin au 2&nbsp;juillet), rassemblement mondial&nbsp;organis\u00e9 par&nbsp;<a class=\"Link Link--entity\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/onu\" data-cke-saved-href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/onu\" data-cke-saved- target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ONU<\/a>&nbsp;Femmes en partenariat avec les jeunes et la soci\u00e9t\u00e9 civile en faveur de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes, le docteur Akinwumi Adesina a pr\u00e9sid\u00e9 les assembl\u00e9es annuelles (du&nbsp;23&nbsp;au 25&nbsp;juin) du Groupe de la Banque africaine de d\u00e9veloppement \u00e0 la barre de laquelle il se trouve depuis ao\u00fbt 2015. L\u2019occasion d\u2019aborder des sujets strat\u00e9giques pour le continent comme, entre autres, les infrastructures, la dette, la gouvernance, l\u2019industrialisation, le num\u00e9rique, la lutte contre le changement climatique, la cr\u00e9ation de valeur, la sant\u00e9 et notamment le Covid-19 et son pendant vaccinal, la r\u00e9volution agricole, la cr\u00e9ation d\u2019emplois en l\u2019occurrence pour un maximum de jeunes, l\u2019int\u00e9gration avec la Zlecaf, l\u2019<a class=\"Link Link--entity\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/afrique\" data-cke-saved-href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/afrique\" data-cke-saved- target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Afrique<\/a>&nbsp;dans la concurrence internationale, l\u2019avenir du continent en somme. Autant de points sur lesquels le pr\u00e9sident Akinwumi Adesina a accept\u00e9 de se confier au Point Afrique. Entretien.<\/p>\n<p><em><strong><span class=\"glbl-red\">Le Point Afrique&nbsp;:<\/span> En quoi a-t-il \u00e9t\u00e9 important que la Banque africaine de d\u00e9veloppement soit pr\u00e9sente au Forum G\u00e9n\u00e9ration \u00c9galit\u00e9&nbsp;qui s\u2019est tenu \u00e0 Paris&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n<p><span class=\"glbl-red\">Akinwumi Adesina&nbsp;:<\/span>&nbsp;Cela a correspondu au vingt-cinqui\u00e8me anniversaire de la d\u00e9claration de Beijing sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres. \u00c0 titre personnel, je me suis toujours engag\u00e9 pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres. Pour notre banque, c\u2019est un sujet tr\u00e8s important et je salue l\u2019effort du pr\u00e9sident Macron pour avoir organis\u00e9 ce forum avec les Nations unies. La Banque africaine de d\u00e9veloppement soutient fermement l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres \u00e0 travers des actions et des investissements importants dans le domaine de l\u2019acc\u00e8s aux financements et aux cr\u00e9dits. J\u2019a voulu partager avec les participants l\u2019engagement de la Banque sur un programme qui s\u2019appelle AFAWA* pour l\u2019autonomisation des femmes en Afrique. La Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) a d\u00e9j\u00e0 investi 450&nbsp;millions de dollars pour r\u00e9duire les risques pour toutes les institutions bancaires qui appuient les financements des projets de femmes en Afrique. Notre but est de mobiliser 5&nbsp;milliards de dollars de financements pour les femmes en Afrique. En r\u00e9sum\u00e9, je crois beaucoup en l\u2019avenir des femmes en Afrique, raison pour laquelle nous avons fait le d\u00e9placement de Paris.<\/p>\n<p><em><strong>Quelles sont les modalit\u00e9s pour permettre une meilleure insertion des femmes dans l\u2019\u00e9conomie&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n<section class=\"mbl txtcenter\">\n<div id=\"IN_CONTENT_SCROLL\" class=\"txtcenter mbs slotpub\">Les institutions bancaires ne pr\u00eatent pas vraiment attention aux projets des femmes parce qu\u2019elles sont pour beaucoup dirig\u00e9es par des hommes. Le syst\u00e8me bancaire dans son ensemble est insensible \u00e0 ce que font les femmes, en particulier, celles qui sont \u00e0 la t\u00eate de PME, qui n\u2019ont pas beaucoup de moyens et qui rencontrent des difficult\u00e9s pour acc\u00e9der aux financements. Ensuite, il y a encore cette perception autour des risques. 98&nbsp;%, voire 99&nbsp;%, des femmes remboursent leurs pr\u00eats. Le 1&nbsp;% restant, ce sont souvent les hommes qui les emp\u00eachent d\u2019aller payer. Je crois, au contraire, que ce sont les hommes qui repr\u00e9sentent un risque dans le financement. C\u2019est une discrimination de la part du syst\u00e8me bancaire. C\u2019est tr\u00e8s important de r\u00e9duire le niveau des risques et d\u2019augmenter la capacit\u00e9 des femmes \u00e0 d\u00e9velopper leurs business plans afin de changer la vision du syst\u00e8me bancaire.<\/div>\n<\/section>\n<p><em><strong>Au cours des diff\u00e9rentes \u00e9tudes et observations, a-t-on pu \u00e9valuer l\u2019impact de toutes ces initiatives sur la cr\u00e9ation de valeurs, la cr\u00e9ation de PIB, la cr\u00e9ation de richesses, etc. ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, il ressort clairement que lorsque vous donnez aux femmes l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des financements, c\u2019est bon pour l\u2019\u00e9conomie et pour la croissance inclusive. Avec ces financements, elles parviennent \u00e0 s\u2019occuper de leur foyer, envoient les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, s\u2019occupent de leur mari et permettent aussi \u00e0 toute la famille de mieux se soigner ainsi que de mieux se nourrir.<\/p>\n<p>Tous les pays qui favorisent l\u2019autonomisation des femmes ont un taux de croissance plus \u00e9lev\u00e9 et plus inclusif. En Afrique, quand il y a eu les plans d\u2019ajustement structurel, ce sont les femmes qui ont soutenu les \u00e9conomies africaines. Les femmes qui font des affaires sont plus entreprenantes, plus r\u00e9silientes. Il faut les soutenir par des politiques appropri\u00e9es afin de les ins\u00e9rer dans l\u2019\u00e9conomie formelle pour qu\u2019elles soient engag\u00e9es dans le syst\u00e8me.<\/p>\n<section class=\"mbl txtcenter\">\n<div id=\"IN_CONTENT_SCROLL_3\" class=\"txtcenter mbs slotpub\">L\u2019autre approche, c\u2019est la digitalisation. Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, avec la digitalisation, on peut \u00e9largir le niveau d\u2019inclusion financi\u00e8re des femmes. Parall\u00e8lement, une meilleure inclusion des femmes leur permet d\u2019\u00eatre en meilleure sant\u00e9 et donc d\u2019am\u00e9liorer leur niveau de vie et leur productivit\u00e9, entre autres.<\/div>\n<div class=\"txtcenter mbs slotpub\">\n<p><strong><em>Vous avez r\u00e9cemment sign\u00e9 un m\u00e9morandum d\u2019entente avec la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement (Berd). Quelle innovation cela va-t-il apporter dans l\u2019approche et dans la gestion des projets concernant l\u2019Afrique&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Vous savez que les besoins pour l\u2019Afrique en infrastructures sont immenses. Nous avons un d\u00e9ficit qui se situe entre 68&nbsp;milliards de dollars \u00e0 108&nbsp;milliards de dollars par an. Cela couvre les infrastructures routi\u00e8res, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019infrastructure digitale, l\u2019eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou encore l\u2019assainissement. La Banque africaine de d\u00e9veloppement fait beaucoup d\u2019investissements mais, pour aller plus loin, nous travaillons avec d\u2019autres partenaires.<\/p>\n<p>Avec la Berd, c\u2019est surtout dans les pays d\u2019Afrique du Nord tels que le&nbsp;<a class=\"Link Link--entity\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/maroc\" data-cke-saved-href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/maroc\" data-cke-saved- target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Maroc<\/a>, la&nbsp;<a class=\"Link Link--entity\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/tunisie\" data-cke-saved-href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/tunisie\" data-cke-saved- target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tunisie<\/a>, l\u2019\u00c9gypte&nbsp;qu\u2019il s\u2019agit dans un premier temps de renforcer notre cofinancement pour soutenir des projets majeurs d\u2019infrastructures structurants pour ces \u00e9conomies, notamment dans les infrastructures et les transports.<\/p>\n<p>Ensuite, dans un deuxi\u00e8me temps, nous avons souhait\u00e9 renforcer notre engagement pour le financement des petites et moyennes entreprises, mais aussi sur les fonds d\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u2019investissements pour promouvoir la croissance du secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p>Sinon, concernant le secteur de l\u2019\u00e9nergie, ensemble nous travaillons sur les renouvelables dans cette r\u00e9gion. J\u2019aime les projets de type Baobab, c\u2019est-\u00e0-dire des projets structurants sur lesquels plusieurs institutions se donnent la main et travaillent ensemble.<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019Afrique est tiraill\u00e9e entre son besoin en infrastructures et sa volont\u00e9 de respecter les dispositions de lutte contre le r\u00e9chauffement climatique, quelle strat\u00e9gie compte appliquer la Banque africaine de d\u00e9veloppement pour l\u2019accompagner au mieux&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Alors que l\u2019Afrique \u00e9met moins de 4&nbsp;% de l\u2019ensemble des gaz \u00e0 effet de serre, le continent en subit d\u2019importants effets et est impact\u00e9 plus que raison. Cela se traduit par la s\u00e9cheresse au Sahel et la d\u00e9sertification qui avance, par les inondations et les cyclones qui frappent les pays comme le Mozambique, le Zimbabwe, la Zambie ou encore le Malawi. L\u2019intensit\u00e9 accrue des inondations a beaucoup d\u00e9truit des infrastructures sur le continent qui perd entre&nbsp;7&nbsp;et 8&nbsp;milliards de dollars par an \u00e0 cause des effets du changement climatique.<\/p>\n<p>\u00c0 la Banque africaine de d\u00e9veloppement, on estime que la chose la plus importante pour l\u2019Afrique, c\u2019est l\u2019adaptation. Ce n\u2019est pas nous qui avons cr\u00e9\u00e9 le probl\u00e8me, mais il faut quand m\u00eame s\u2019adapter aux probl\u00e8mes cr\u00e9\u00e9s par les autres. C\u2019est la raison pour laquelle la Banque a mis l\u2019accent sur des ressources disponibles pour une meilleure adaptation climatique&nbsp;: 25&nbsp;milliards de dollars vont \u00eatre mobilis\u00e9s d\u2019ici 2025. Pour mesurer l\u2019importance de notre effort, il faut savoir qu\u2019en 2016, nous \u00e9tions \u00e0 9&nbsp;% de nos investissements globaux d\u00e9di\u00e9s au changement climatique. En 2019, nous \u00e9tions \u00e0 35&nbsp;% et nous entendons poursuivre dans ce sens. Cette ann\u00e9e, en 2021, 40&nbsp;% de tous nos financements globaux seront d\u00e9di\u00e9s au financement climat et notamment en faveur de l\u2019adaptation climatique. Il faut savoir que la Banque africaine de d\u00e9veloppement est la seule institution financi\u00e8re multilat\u00e9rale \u00e0 avoir d\u00e9pass\u00e9 les 50&nbsp;% de parit\u00e9 entre acc\u00e9l\u00e9ration et adaptation, Cela veut dire que nous sommes en pointe. Nous avons aussi lanc\u00e9&nbsp;un programme tr\u00e8s strat\u00e9gique qui s\u2019appelle programme pour l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et l\u2019adaptation pour l\u2019Afrique. Moi-m\u00eame, avec l\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies, Monsieur Ban Ki-moon, qui est le pr\u00e9sident du conseil du Centre global pour l\u2019adaptation, nous avons pour ambition&nbsp;de mobiliser en plus 12,5&nbsp;milliards de dollars additionnels.<\/p>\n<p>Je veux \u00e9galement pr\u00e9ciser deux choses&nbsp;: j\u2019\u00e9tais pr\u00e9sent au moment de la d\u00e9claration de Paris. Les pays d\u00e9velopp\u00e9s avaient promis 100&nbsp;milliards de dollars pour soutenir les pays en voie de d\u00e9veloppement dans leur effort pour s\u2019adapter aux changements climatiques. Aujourd\u2019hui, force est de constater que rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait. De fait, le moment est venu de passer aux actes, car on souffre trop. Il faut des financements et il le faut maintenant. Il faut que les 100&nbsp;milliards de dollars qui ont \u00e9t\u00e9 promis soient pay\u00e9s. Ensuite, il est important de voir comment mettre en place des incitations pour le secteur priv\u00e9 afin qu\u2019il investisse dans la croissance verte. Il y a tellement d\u2019opportunit\u00e9s, mais il faut une politique qui soutienne les orientations vers la croissance verte en Afrique. On le voit. Sur ces questions, il y a \u00e0 la fois des \u00e9l\u00e9ments externes qui ne rel\u00e8vent pas de l\u2019Afrique et d\u2019autres qui rel\u00e8vent de sa responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019Afrique, sur le plan de la dette, est au milieu du gu\u00e9. Quelles r\u00e9flexions menez-vous au sein de la Banque africaine de d\u00e9veloppement pour favoriser la remise \u00e0 l\u2019endroit des pays africains face \u00e0 ce d\u00e9fi&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La situation de la dette a \u00e9t\u00e9 rendue tr\u00e8s difficile par la pand\u00e9mie de Covid-19. Si on regarde le ratio du niveau d\u2019endettement par rapport au PIB, il a augment\u00e9 de 15&nbsp;% depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie. En 2019, on \u00e9tait \u00e0 60&nbsp;%&nbsp;; aujourd\u2019hui, on est \u00e0 75&nbsp;% et l\u2019impact du Covid-19 sur nos \u00e9conomies est massif.<\/p>\n<p>La dette est estim\u00e9e \u00e0 842&nbsp;milliards de dollars. C\u2019est un fardeau tr\u00e8s lourd pour l\u2019Afrique mais, ce qu\u2019il y a en plus, c\u2019est qu\u2019il y a un changement au niveau de la structure de la dette. Dans les ann\u00e9es 2000, la dette bilat\u00e9rale avec le Club de Paris \u00e9tait tr\u00e8s importante et \u00e9tait de l\u2019ordre de 52&nbsp;%. Elle est tomb\u00e9e \u00e0 27&nbsp;%. \u00c0 l\u2019inverse, la d\u00e9pendance par rapport au secteur priv\u00e9 et commercial est pass\u00e9e de 17&nbsp;% \u00e0 40&nbsp;%. Cela veut dire que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat se sont accrus et les dur\u00e9es de paiement se sont raccourcies. Cela accro\u00eet bien s\u00fbr les probl\u00e8mes. Beaucoup d\u2019efforts ont \u00e9t\u00e9 faits sur ce sujet. Ainsi de la suspension du service de la dette par le Fonds mon\u00e9taire international qui a aid\u00e9 entre&nbsp;31&nbsp;et&nbsp;38&nbsp;pays africains. Il n\u2019en reste pas moins que le niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat augmente.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me chose qui a \u00e9t\u00e9 faite, c\u2019est le traitement en commun du service de la dette priv\u00e9e du secteur bilat\u00e9ral et public par le G20. Probl\u00e8me,&nbsp;pour l\u2019Afrique, seuls trois pays ont \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s&nbsp;: le Tchad, la Zambie et l\u2019\u00c9thiopie.<\/p>\n<p>Cela dit, la cons\u00e9quence a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s n\u00e9gative pour l\u2019\u00c9thiopie par exemple. Les agences de notation ont imm\u00e9diatement d\u00e9grad\u00e9 sa note de l\u2019\u00c9thiopie. Ce qui n\u2019a pas encourag\u00e9 d\u2019autres pays africains \u00e0 y aller du fait de leur crainte de perdre en quelque sorte leur capacit\u00e9 \u00e0 aller sur les march\u00e9s de capitaux.<\/p>\n<p>Maintenant, nous avons l\u2019occasion de nous tourner vers les droits de tirage sp\u00e9ciaux du Fonds mon\u00e9taire international. La d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise par la communaut\u00e9 internationale de donner 650&nbsp;milliards de dollars au niveau des droits de tirage sp\u00e9ciaux, mais la part qui a \u00e9t\u00e9 allou\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique est vraiment faible. Il s\u2019agit de seulement 33&nbsp;milliards de dollars.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite d\u2019\u00e9changes entre le pr\u00e9sident Macron et nos chefs d&rsquo;\u00c9tat, la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise d\u2019augmenter la part \u00e0 100&nbsp;milliards de dollars. C\u2019est bien mais vient la question de savoir comment utiliser ces fonds&nbsp;? Premi\u00e8rement, les chefs d&rsquo;\u00c9tat ont dit qu\u2019il faut qu\u2019une partie de ses droits de tirage sp\u00e9ciaux soient allou\u00e9s \u00e0 la Banque africaine de d\u00e9veloppement pour pouvoir financer l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des banques de d\u00e9veloppement en Afrique parce que nous avons un programme qui s\u2019appelle \u00ab&nbsp;Finance en commun&nbsp;\u00bb. Il est avec les banques de d\u00e9veloppement en Afrique en \u00e9troite collaboration avec l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement. Au niveau du guichet souverain de la Banque, ces droits de tirage sp\u00e9ciaux vont aider \u00e0 renforcer la croissance verte, l\u2019adaptation climatique et aussi soutenir les pays dans leurs efforts de b\u00e2tir une industrie pharmaceutique forte. Le deuxi\u00e8me volet c\u2019est de pouvoir diminuer un peu le niveau de la dette vers les cr\u00e9anciers priv\u00e9s et commerciaux parce que c\u2019est \u00e7a qui fait mal.<\/p>\n<p>La Banque africaine de d\u00e9veloppement avait propos\u00e9 que le continent africain mette en place un syst\u00e8me de stabilisation financi\u00e8re comme les pays europ\u00e9ens l\u2019ont fait afin de se prot\u00e9ger contre les chocs exog\u00e8nes. Ainsi, on \u00e9viterait les effets de contagion. Aujourd\u2019hui, malheureusement, d\u00e8s que l\u2019Afrique a un probl\u00e8me, on la met dans une salle \u00e0 part.<\/p>\n<p>Prise dans un faisceau de virulentes oppositions et concurrences, dont les principaux protagonistes sont la Chine, les \u00c9tats-Unis, la Russie, la Turquie et l\u2019Europe, l\u2019Afrique doit trouver son chemin pour relever autant les d\u00e9fis \u00e9conomiques que sanitaires et g\u00e9opolitiques. Alors comment la Banque soutient-elle l\u2019Afrique dans ce combat&nbsp;?<\/p>\n<p>Pour moi, l\u2019Afrique ne doit pas d\u00e9pendre des autres. Elle doit mobiliser les ressources internes pour acc\u00e9l\u00e9rer son propre d\u00e9veloppement. On ne se d\u00e9veloppe pas en tenant la main des autres. L\u2019Afrique n\u2019est pas pauvre, mais a beaucoup de ses populations qui sont pauvres.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces d\u00e9fis, nous devons d\u2019abord bien g\u00e9rer nos ressources naturelles. Nous avons le gaz, le p\u00e9trole, les min\u00e9raux et les m\u00e9taux. Nous devons mieux g\u00e9rer ces ressources \u00e0 l\u2019image d\u2019un pays comme la Norv\u00e8ge qui poss\u00e8de d\u2019immenses ressources naturelles et qui les g\u00e8re bien.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me chose contre laquelle nous devons nous mobiliser, c\u2019est la corruption. Il faut \u00e9liminer la corruption et lutter contre les fuites de capitaux illicites. Cela repr\u00e9sente des milliards de dollars perdus et en fuite hors du continent africain. Ce n\u2019est pas seulement le fait de pays africains. Vous avez aussi des compagnies internationales qui ne paient les imp\u00f4ts dus parce qu\u2019ils ont beaucoup d\u2019avantages.<\/p>\n<p>On doit aussi se concentrer sur la mobilisation des ressources internes. Si vous prenez par exemple les fonds de pension en Afrique, ils repr\u00e9sentent&nbsp;8&nbsp;000 milliards de dollars. Ils sont investis dans des instruments qui donnent des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els n\u00e9gatifs alors qu\u2019on reste sans infrastructures, sans eau, sans \u00e9nergie,&nbsp;etc. Donc, il faut changer \u00e7a.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette optique que la Banque veut travailler en \u00e9troite collaboration avec les autres pays pour qu\u2019on puisse r\u00e9orienter nos ressources vers nous-m\u00eames et pas toujours vers l\u2019ext\u00e9rieur. Ensuite, je pense aussi que le secteur priv\u00e9 doit trouver sa place. Le d\u00e9veloppement ne va pas seulement se faire avec le secteur public.<\/p>\n<p>Au moins 75&nbsp;% de la dette africaine est le r\u00e9sultat du fait d\u2019une volont\u00e9 de construire des infrastructures. Les pays veulent combler les d\u00e9ficits, mais cela ne doit pas seulement d\u00e9pendre du secteur public, le secteur priv\u00e9 doit prendre sa part.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c0 la Banque africaine de d\u00e9veloppement, nous avons Africa50 qui r\u00e9pond \u00e0 cette probl\u00e9matique avec diff\u00e9rents instruments pour attirer les investissements du secteur priv\u00e9 dans les infrastructures. L\u2019Afrique doit continuer \u00e0 travailler avec tous ses partenaires, mais dans des partenariats gagnant-gagnant et respectueux.La crise du Covid-19 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019urgence de formaliser les \u00e9conomies africaines pour que le corpus de mesures prises par les gouvernements et les diverses institutions financi\u00e8res et de d\u00e9veloppement soit plus efficient. Que compte faire la Banque africaine de d\u00e9veloppement pour faciliter ce processus&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il faut savoir que le Covid-19 a beaucoup frapp\u00e9 les pays africains. La BAD a tr\u00e8s vite r\u00e9agi. Il n\u2019y a pas beaucoup de ressources en Afrique pour combler tous les effets, mais nous avons quand m\u00eame lanc\u00e9 une facilit\u00e9 de financement de 10&nbsp;milliards de dollars pour soutenir les pays au niveau de la fiscalit\u00e9 avec comme objectif de les aider \u00e0 financer leur secteur de la sant\u00e9, notamment les \u00e9quipements et les mat\u00e9riels m\u00e9dicaux. Nous avons aussi lanc\u00e9 une obligation sociale pour la lutte contre le Covid-19 sur le march\u00e9 international des capitaux.<\/p>\n<p>Nous avons fait vraiment tout notre possible pour r\u00e9agir tr\u00e8s vite, mais on se rend compte que seul 1&nbsp;% de la population africaine a \u00e9t\u00e9 vaccin\u00e9 parce que les pays d\u00e9velopp\u00e9s ont achet\u00e9 tous les vaccins. Nous sommes face \u00e0 un nationalisme vaccinal. Les pays riches se sont occup\u00e9s d\u2019eux en se souciant peu des autres.<\/p>\n<p>Il y a aussi que l\u2019Afrique n\u2019a pas les vaccins qu\u2019il faut. Je pense que l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9e par le syst\u00e8me. C\u2019est la raison pour laquelle elle doit produire ses propres vaccins. On ne peut pas laisser la vie de 1,2 milliard de personnes sur le c\u00f4t\u00e9. Nous avons pris la d\u00e9cision de soutenir \u00e0 hauteur de 3 milliards de dollars l\u2019Union africaine dans l\u2019effort de production de vaccins et avons aussi d\u00e9cid\u00e9 d\u2019investir pour le d\u00e9veloppement d\u2019une industrie pharmaceutique africaine.<\/p>\n<p>Tous les actionnaires de la Banque ont donn\u00e9 leur accord. Nous allons donc travailler en \u00e9troite collaboration avec les autres institutions comme l\u2019OMS, le CDC Africa et les autres organisations bilat\u00e9rales et multilat\u00e9rales pour pouvoir combler les d\u00e9ficits parce que nous ne pouvons pas faire cela tout seuls. La chose la plus importante, c\u2019est de comprendre d\u00e8s aujourd\u2019hui qu\u2019il y a le Covid-19. Mais d\u00e8s demain, il y aura une autre chose, et ce sera le cas apr\u00e8s-demain. Il faut que l\u2019Afrique se pr\u00e9pare et renforce la capacit\u00e9 de ses institutions r\u00e9gionales dans la pr\u00e9paration contre les effets des pand\u00e9mies. C\u2019est dans cette perspective que la Banque africaine de d\u00e9veloppement avait donn\u00e9 28&nbsp;milliards de dollars pour soutenir le Centre africain pour le d\u00e9veloppement et contre les maladies (CDC).<\/p>\n<p>Enfin, il faut aussi \u00e9tablir ce que je peux appeler un syst\u00e8me de d\u00e9fense des soins de sant\u00e9. C\u2019est tr\u00e8s important, parce que vous savez le Covid-19 a vraiment tu\u00e9 beaucoup de personnes. \u00c0 l\u2019avenir, le bioterrorisme devra de plus en plus \u00eatre pris en compte. La question ne rel\u00e8ve plus seulement de la sant\u00e9 mais aussi de la s\u00e9curit\u00e9 et de la D\u00e9fense. Il faudra donc trouver les moyens de se prot\u00e9ger.<\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le monde continue d\u2019\u00eatre fortement marqu\u00e9 par la pand\u00e9mie de&nbsp;Covid-19 dans ses cons\u00e9quences sanitaires et \u00e9conomiques en attendant ses r\u00e9percussions politiques, quel regard le pr\u00e9sident de la plus grande banque&nbsp;panafricaine de d\u00e9veloppement porte-t-il sur la situation des pays du continent&nbsp;? 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