{"id":11375,"date":"2024-04-15T08:39:26","date_gmt":"2024-04-15T08:39:26","guid":{"rendered":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/?p=11375"},"modified":"2024-05-01T08:55:22","modified_gmt":"2024-05-01T08:55:22","slug":"culture-africaine-et-developpement-un-dialogue-necessaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/11375\/culture-africaine-et-developpement-un-dialogue-necessaire\/","title":{"rendered":"Culture Africaine et D\u00e9veloppement : Un Dialogue N\u00e9cessaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro-text\">\n<p>On a souvent constat\u00e9, et d\u00e9plor\u00e9, que le d\u00e9veloppement en Afrique, con\u00e7u selon le mod\u00e8le occidental, n\u2019a pas fait beaucoup avancer la cause du continent noir. Dans beaucoup de pays, d\u2019ailleurs, la situation semble \u00eatre devenue pire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale. Car, il n\u2019est pas seulement question de l\u2019exploitation des Africains par les grandes puissances \u00e9conomiques; il faut \u00e9galement se demander si la culture africaine a \u00e9t\u00e9 vraiment prise en compte dans les diff\u00e9rents mod\u00e8les de progr\u00e8s \u00e9conomique et technique propos\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<p>En effet, les fondements de l\u2019anthropologie africaine r\u00e9sistent \u00e0 la modernit\u00e9 et ils devraient, par cons\u00e9quent, constituer l\u2019\u00e2me de tout programme de d\u00e9veloppement en Afrique sub-saharienne.<\/p>\n<h2>L\u2019importance des relations<\/h2>\n<p>De Descartes \u00e0 Kant, la raison est centrale dans la philosophie occidentale. De son c\u00f4t\u00e9, la philosophie africaine, sans nier le r\u00f4le de la raison, fonde plut\u00f4t son \u00e9thique sur la relation interpersonnelle et communautaire. On ne dira pas: \u00ab je pense, donc je suis \u00bb (cogito ergo sum), ni que la raison &#8211; ou la potentialit\u00e9 rationnelle &#8211; est ce qui distingue l\u2019\u00eatre humain des autres esp\u00e8ces. Selon la philosophie africaine, on est un \u00eatre humain dans la mesure o\u00f9 l\u2019on est apparent\u00e9 aux autres. Ceux-ci sont constitu\u00e9 par trois dimensions, \u00e0 savoir les vivants, les morts et les non-encore-n\u00e9s.<\/p>\n<p>La relation de parent\u00e9 ne se limite pas aux membres du m\u00eame clan ou de la m\u00eame ethnie, mais elle a un caract\u00e8re universel. Le concept de \u00ab parent \u00bb n\u2019est donc pas born\u00e9 aux liens biologiques primaires : il peut \u00eatre acquis gr\u00e2ce aux alliances conclues, par exemple, par le pacte de sang ou par le mariage. Finalement, il s\u2019agit d\u2019une conception qui est li\u00e9e \u00e0 l\u2019Etre Supr\u00eame, Dieu, avec qui tout un chacun est apparent\u00e9.<\/p>\n<p>Cette relation, m\u00eame si elle se rapporte en premier lieu aux \u00eatres humains entre eux, se veut cosmique. En effet, dans la philosophie africaine, l\u2019homme et la nature sont profond\u00e9ment li\u00e9s. Le th\u00e9ologien camerounais Engelbert Mveng (1979) a soulign\u00e9 que l\u2019homme est la synth\u00e8se de tout l\u2019univers et peut, en ce sens, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un microcosme au sein du macrocosme. E. Mveng ajoute : \u00ab Voil\u00e0, pourquoi pour nous Africains, le monde m\u00eame mat\u00e9riel n\u2019est pas une r\u00e9alit\u00e9 impersonnelle : il est au contraire un partenaire avis\u00e9 et efficace \u00bb.<\/p>\n<p>Compte tenu de cette id\u00e9e fondamentale en Afrique sub-saharienne, le Franciscain belge Placide Tempels d\u00e9clarait, dans les ann\u00e9es quarante d\u00e9j\u00e0, que selon la conception bantoue &#8211; entendez \u00ab n\u00e9gro-africaine \u00bb &#8211; rien dans l\u2019univers ne peut se mouvoir sans influencer d\u2019autres forces : \u00ab Le monde des forces se tient comme une toile d\u2019araign\u00e9e dont on ne peut faire vibrer un seul fil sans \u00e9branler toutes les mailles \u00bb (1945).<\/p>\n<p>Une telle conception de la personne et du monde a forcement un impact sur le probl\u00e8me actuel de l\u2019\u00e9thique \u00e9cologique. Toutefois, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9cologie, c\u2019est toute la question de l\u2019avenir de l\u2019homme qui est impliqu\u00e9e. C\u2019est dans ce cadre que se situe, entre autres, le probl\u00e8me du d\u00e9veloppement et de l\u2019agir \u00e9conomique responsable.<\/p>\n<h2>La m\u00e9thode de la palabre<\/h2>\n<p>Les trois dimensions de la communaut\u00e9 africaine, \u00e0 savoir les vivants, les morts et les non-encore-n\u00e9s, fixent le cadre d\u2019action du N\u00e9gro-africain. Cela signifie que toute action doit \u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de tous les membres de cette communaut\u00e9 tridimensionnelle.<\/p>\n<p>Pour cela, la communaut\u00e9 utilise la m\u00e9thode de la palabre. Cette coutume de rencontre et de maintien du lien social, qui a un sens p\u00e9joratif en Occident, constitue le moment le plus important de l\u2019\u00e9thique communautaire (Bidima, 1997 ; Bujo, 2003). Aussi bien la palabre ir\u00e9nique, qui se d\u00e9roule dans le calme, que celle agonistique o\u00f9 pr\u00e9vaut un affrontement ambitionnent \u00e0 trouver une juste fa\u00e7on d\u2019agir de mani\u00e8re \u00e0 satisfaire toute la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela qu\u2019au cours de la palabre la parole est \u00ab m\u00e2ch\u00e9e \u00bb et \u00ab dig\u00e9r\u00e9e \u00bb en commun dans une bouche et un estomac communautaires. Lors de la palabre, les discours prononc\u00e9s par les vivants doivent se r\u00e9f\u00e9rer, par anamn\u00e8se, \u00e0 ceux des morts et doivent anticiper l\u2019av\u00e8nement des non-encore-n\u00e9s. En d\u2019autres termes, le pass\u00e9, la communaut\u00e9 des morts, constitue un m\u00e9morial qui fonde le pr\u00e9sent, la communaut\u00e9 des vivants. Toutefois, loin de s\u2019imposer comme un fondamentalisme irr\u00e9versible, le pass\u00e9 n\u2019est, en r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019un indicateur pour g\u00e9rer le pr\u00e9sent en vue d\u2019un avenir meilleur, le temps des non-encore-n\u00e9s.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9panouissement de toute la communaut\u00e9 tridimensionnelle<\/h2>\n<p>Suivant le concept fondamental de l\u2019anthropologie n\u00e9gro-africaine, seule la relation et l\u2019interaction entre les trois cat\u00e9gories de la communaut\u00e9 constitu\u00e9e \u00e0 la fois par le monde visible (les vivants) et invisible (les morts et les non-encore-n\u00e9s) donnent aux membres leur statut d\u2019\u00eatres humains. Les morts ne peuvent s\u2019\u00e9panouir que si par leur parole, leurs gestes et autres faits pass\u00e9s ils se rendent actifs aupr\u00e8s des vivants. Les vivants, \u00e0 leur tour, ne peuvent jouir pleinement de la vie que s\u2019ils n\u2019oublient pas de comm\u00e9morer les morts et leur h\u00e9ritage en le soumettant \u00e0 la palabre. Par ailleurs, les morts et les vivants doivent prendre en consid\u00e9ration les non-encore-n\u00e9s, qui repr\u00e9sentent l\u2019avenir, car tous, vivants et morts-anc\u00eatres, sont d\u00e9pendants de la future descendance qui les comm\u00e9morera de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations, qui ne semblent constituer qu\u2019une th\u00e9orie sans cons\u00e9quences, prennent toute leur ampleur aujourd\u2019hui. En effet, la technologie moderne et l\u2019\u00e9conomie sont, la plupart du temps, d\u00e9shumanisantes pour l\u2019Afrique noire. Selon la rationalit\u00e9 africaine de la communaut\u00e9 tridimensionnelle, l\u2019Africain moderne devrait toujours se poser la question de savoir si sa fa\u00e7on d\u2019agir est susceptible d\u2019encourager la vie et l\u2019\u00e9panouissement de sa communaut\u00e9 tridimensionnelle. Il est d\u00e8s lors l\u00e9gitime de se demander si les discours entendus dans les m\u00e9dias, dans le cadre de la politique ou de l\u2019\u00e9conomie d\u2019aujourd\u2019hui, avec leur credo de globalisation, sont de nature \u00e0 favoriser la communaut\u00e9 selon l\u2019esprit des anc\u00eatres<\/p>\n<h2>La d\u00e9mocratie est-elle une solution ?<\/h2>\n<p>La tradition africaine, fond\u00e9e sur la m\u00e9thode patiente de la palabre, n\u2019indique ni vainqueurs ni vaincus, mais elle s\u2019efforce de trouver une solution satisfaisante pour tous sans faire appel \u00e0 la majorit\u00e9. Or, la d\u00e9mocratie occidentale, avec sa notion de libert\u00e9 individuelle, est une d\u00e9mocratie \u00e9litiste, destin\u00e9e aux personnes jouissant d\u2019un certain degr\u00e9 de scolarisation. La majorit\u00e9 de la population africaine ne poss\u00e8de pas ces connaissances. Les mieux inform\u00e9s en profitent et ne cherchent que la satisfaction de leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, une d\u00e9mocratie calqu\u00e9e sur l\u2019Occident, bas\u00e9e donc sur la loi de la majorit\u00e9 et pas sur celle de la recherche d\u2019une solution qui serait favorable \u00e0 toute la communaut\u00e9, n\u2019est pas de nature \u00e0 am\u00e9liorer la situation politique et \u00e9conomique de la population africaine.<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut faire progresser l\u2019Afrique, il faudra tenir compte de sa culture et faire participer le peuple tout entier au processus de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>M\u00eame si, dans la vie moderne, il n\u2019est pas possible de suivre litt\u00e9ralement la m\u00e9thode traditionnelle, il y a certainement un moyen d\u2019adapter le syst\u00e8me de la palabre, comme certaines tentatives semblent le sugg\u00e9rer. M. R. Afan, dans son livre La participation d\u00e9mocratique en Afrique. Ethique politique et engagement chr\u00e9tien (2001), montre comment le mod\u00e8le traditionnel de palabre a servi de base pour les Conf\u00e9rences nationales en Afrique de l\u2019Ouest, o\u00f9 le peuple a jou\u00e9 un v\u00e9ritable r\u00f4le (voir aussi Koller 2006).<\/p>\n<p>Pour que le mod\u00e8le de la palabre traditionnelle devienne efficace dans le monde moderne, m\u00eal\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments venus d\u2019Occident, il sera n\u00e9cessaire d\u2019analyser \u00e0 la racine la culture africaine, afin de d\u00e9couvrir ce qui constitue la quintessence de la tradition des anc\u00eatres.<\/p>\n<h2>Une identit\u00e9 traditionnelle qui perdure<\/h2>\n<p>Il n\u2019est pas rare d\u2019entendre, m\u00eame de la part de certains Africains fascin\u00e9s par la culture occidentale, que l\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui a perdu son identit\u00e9 traditionnelle et qu\u2019il est illusoire de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la culture africaine. Il est vrai que cette culture n\u2019a pas pr\u00e9serv\u00e9 son innocence originelle. Cependant, il faut reconna\u00eetre que la culture traditionnelle est toujours pr\u00e9sente dans l\u2019Afrique moderne. C\u2019est ainsi qu\u2019on observe, par exemple dans les pratiques religieuses, qu\u2019un chr\u00e9tien africain trouve normal de combiner sa nouvelle foi avec la religion de ses p\u00e8res. De plus, dans les situations critiques, il ne fera pas appel \u00e0 la foi chr\u00e9tienne, mais plut\u00f4t \u00e0 la tradition africaine, en se rendant chez le sorcier ou le devin qui, \u00e0 son avis, le prot\u00e8gent davantage. Dans les Eglises chr\u00e9tiennes, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est appel\u00e9 inculturation du message \u00e9vang\u00e9lique par rapport aux cultures locales.<\/p>\n<p>Souvent limit\u00e9 \u00e0 tort au domaine de la religion, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e9galement pr\u00e9sent dans la vie politique et \u00e9conomique africaine. On sait, \u00e0 titre d\u2019illustration, que beaucoup de responsables politiques, jaloux de conserver leur pouvoir, s\u2019entourent de marabouts ou de devins traditionnels qui leur pr\u00e9disent l\u2019avenir et les pr\u00e9servent du mauvais sort.<\/p>\n<h2>Comprendre la \u00ab culture-noyau \u00bb africaine<\/h2>\n<p>La vie \u00e9conomique africaine est \u00e9galement souvent d\u00e9termin\u00e9e, au moins implicitement, par le fond culturel des anc\u00eatres. C\u2019est ici qu\u2019il convient de d\u00e9cortiquer ce que Verena Tobler M\u00fcller (1997) appelle la \u00ab culture-noyau \u00bb (Kernkultur). La \u00ab culture-noyau \u00bb se rapporte g\u00e9n\u00e9ralement aux fonctions, aux structures et aux codes culturels qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, sont per\u00e7us comme incontournables pour la survie de ses membres. Certaines pratiques, par exemple la fa\u00e7on d\u2019administrer les biens publics ou la mani\u00e8re de se comporter vis-\u00e0-vis du pouvoir public, am\u00e8nent \u00e0 se questionner sur ce fond culturel incontournable de l\u2019Afrique sub-saharienne.<\/p>\n<p>Prenons l\u2019exemple de la corruption : il est l\u00e9gitime de se demander si cette d\u00e9rive est comprise de la m\u00eame fa\u00e7on par les syst\u00e8mes de valeurs occidental et africain. En effet, le syst\u00e8me occidental est bas\u00e9 sur des capitaux qu\u2019il s\u2019agit d\u2019investir dans le cadre d\u2019un concept de libert\u00e9 individuelle.<\/p>\n<p>A l\u2019oppos\u00e9 en Afrique, m\u00eame aujourd\u2019hui, la personne individuelle continue \u00e0 \u00eatre d\u00e9pendante de sa communaut\u00e9 traditionnelle. Un Africain qui endosse une responsabilit\u00e9 n\u2019est pas une entit\u00e9 isol\u00e9e, mais il repr\u00e9sente tout un syst\u00e8me, non pas compos\u00e9 de capitaux, mais de parent\u00e9 ; ce syst\u00e8me est d\u00e9terminant pour ses relations quotidiennes.<\/p>\n<p>Dans sa conception culturelle, les biens ne se poss\u00e8dent pas \u00e0 la mani\u00e8re occidentale : on en est \u00ab administrateur \u00bb ou \u00ab intendant\u00bb, pour les partager avec les parents au sens africain de famille \u00e9largie. Cela se refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 dans certaines langues africaines o\u00f9 le verbe \u00ab avoir\u00bb n\u2019existe pas. C\u2019est le cas du Swahili, du Lingala et du Kilendu, o\u00f9 au lieu de dire : \u00ab j\u2019ai de l\u2019argent \u00bb, on dira : \u00abje suis avec de l\u2019argent \u00bb. La parent\u00e9 primant sur la possession, un agent de l\u2019Etat pourrait nuancer la gravit\u00e9 du fait de retirer l\u2019argent de la caisse publique pour subvenir aux besoins des siens.<\/p>\n<h2>La conception de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9 civile<\/h2>\n<p>D\u00e8s lors, on peut aussi se poser la question concernant la conception m\u00eame de l\u2019Etat en Afrique. Pour beaucoup d\u2019Africains, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence entre l\u2019Etat moderne et le \u00ab gouvernement \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle. Leur sentiment est que seule l\u2019apparence a chang\u00e9, mais que l\u2019essence demeure \u00e9gale. Au contraire, dans le syst\u00e8me occidental, il s\u2019agit d\u2019un changement radical et d\u2019un esprit tout \u00e0 fait diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Une r\u00e9flexion analogue doit \u00eatre men\u00e9e \u00e0 propos de ce qu\u2019on appelle la soci\u00e9t\u00e9 civile. Dans le monde occidental, elle est une autorit\u00e9 face \u00e0 celle de l\u2019Etat. En Afrique, la soci\u00e9t\u00e9 civile est per\u00e7ue tout simplement comme une autre forme du m\u00eame Etat. Toutes les ONG qui sont multipli\u00e9es dans ce cadre ne sont alors que des moyens pour gagner de l\u2019argent, et ne s\u2019occupent pas de cr\u00e9er un nouveau syst\u00e8me susceptible d\u2019op\u00e9rer des changements au niveau du d\u00e9veloppement. Koller (2006) souligne, avec raison, que croire am\u00e9liorer l\u2019administration par la multiplication des ONG comme organes de d\u00e9centralisation revient \u00e0 multiplier les cas de corruption qui se d\u00e9centralisent \u00e9galement.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, toutes les mesures que les organismes de d\u00e9veloppement pr\u00e9conisent pour am\u00e9liorer la situation des pays africains resteront inefficaces si on ignore leur \u00ab culture-noyau \u00bb : elles ne s\u2019occuperont que des sympt\u00f4mes sans atteindre les causes elles-m\u00eames. Il sera inutile, par exemple, de pr\u00f4ner la \u00ab good governance \u00bb tant que la conception de la propri\u00e9t\u00e9 ou la place centrale de la parent\u00e9 en Afrique ne sera pas prise en consid\u00e9ration.<\/p>\n<h2>Exhorter une rencontre \u00e9quilibr\u00e9e des cultures<\/h2>\n<p>Toutes les organisations qui s\u2019occupent de d\u00e9veloppement ou des activit\u00e9s \u00e9conomiques et financi\u00e8res en Afrique doivent se pr\u00e9occuper de la compatibilit\u00e9 de leur syst\u00e8me avec la culture locale. On ne pourra plus se passer de cette question &#8211; \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse que d\u2019une activit\u00e9 n\u00e9ocoloniale ne tenant pas compte de l\u2019humanit\u00e9 du continent noir, mais cherchant seulement \u00e0 assouvir les int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes des pays de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord.<\/p>\n<p>Pour que cela ne se r\u00e9alise pas, il est imp\u00e9rieux que les pratiques technologiques et \u00e9conomiques s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 tous les \u00e9l\u00e9ments culturels des peuples africains. Elles doivent prendre en compte et int\u00e9grer non seulement les structures, les institutions et les r\u00e8gles visibles de la soci\u00e9t\u00e9, mais \u00e9galement les symboles, les rituels, les mythes et les autres \u00e9l\u00e9ments non visibles qui servent \u00e0 interpr\u00e9ter le monde et \u00e0 orienter les peuples.<\/p>\n<p>La globalisation qui fait rage aujourd\u2019hui engendrera un vrai d\u00e9veloppement que si elle ne fait pas fi des traditions. Cela vaut tout particuli\u00e8rement pour les peuples africains, dont la culture des anc\u00eatres constitue le noyau autour duquel gravite tout l\u2019espoir pour une vie d\u2019abondance et d\u2019\u00e9panouissement.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<pre><span style=\"color: #ff0000;\">Mis en ligne sur Cairn.info le 01\/03\/2010<\/span>\r\n<span style=\"color: #ff0000;\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/fbc.028.0040<\/span><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a souvent constat\u00e9, et d\u00e9plor\u00e9, que le d\u00e9veloppement en Afrique, con\u00e7u selon le mod\u00e8le occidental, n\u2019a pas fait beaucoup avancer la cause du continent noir. Dans beaucoup de pays, d\u2019ailleurs, la situation semble \u00eatre devenue pire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale. Car, il n\u2019est pas seulement question de l\u2019exploitation des Africains par les grandes puissances \u00e9conomiques; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11378,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":301,"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"source_name":"CARIN.INFO","source_url":"https:\/\/www.cairn.info\/revue-finance-et-bien-commun-2007-3-page-40.htm","via_name":"","via_url":"","override_template":"0","override":[{"template":"1","single_blog_custom":"","parallax":"1","fullscreen":"1","layout":"right-sidebar","sidebar":"default-sidebar","second_sidebar":"default-sidebar","sticky_sidebar":"1","share_position":"topbottom","share_float_style":"share-monocrhome","show_share_counter":"1","show_view_counter":"0","show_featured":"1","show_post_meta":"1","show_post_author":"0","show_post_author_image":"1","show_post_date":"1","post_date_format":"default","post_date_format_custom":"Y\/m\/d","show_post_category":"1","show_post_reading_time":"0","post_reading_time_wpm":"300","show_zoom_button":"0","zoom_button_out_step":"2","zoom_button_in_step":"3","show_post_tag":"1","show_prev_next_post":"0","show_popup_post":"0","number_popup_post":"1","show_author_box":"0","show_post_related":"1","show_inline_post_related":"1"}],"override_image_size":"0","image_override":[{"single_post_thumbnail_size":"crop-500","single_post_gallery_size":"crop-500"}],"trending_post":"0","trending_post_position":"meta","trending_post_label":"Trending","sponsored_post":"0","sponsored_post_label":"Sponsored by","sponsored_post_name":"","sponsored_post_url":"","sponsored_post_logo_enable":"0","sponsored_post_logo":"","sponsored_post_desc":"","disable_ad":"0"},"jnews_primary_category":{"id":"","hide":""},"jnews_social_meta":{"fb_title":"","fb_description":"","fb_image":"","twitter_title":"","twitter_description":"","twitter_image":""},"jnews_override_counter":{"override_view_counter":"0","view_counter_number":"0","override_share_counter":"0","share_counter_number":"0","override_like_counter":"0","like_counter_number":"0","override_dislike_counter":"0","dislike_counter_number":"0"},"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":["post-11375","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11375"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11375\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11378"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/qiraatafrican.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}