Le gouvernement zimbabwéen a approuvé mardi une réforme constitutionnelle majeure afin de prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa, âgé de 83 ans, jusqu’en 2030. Cette décision a suscité la colère de l’opposition, qui a exigé que toute modification soit soumise à un référendum national.
Mnangagwa est arrivé au pouvoir en 2017 à la suite d’un coup d’État soutenu par l’armée, qui a renversé Robert Mugabe, président depuis 30 ans. Son parti, la Zanu-PF, avait annoncé en octobre son intention de prolonger son mandat au-delà de 2028.
Les amendements approuvés prévoient notamment l’allongement du mandat présidentiel de cinq à sept ans et le transfert de l’élection du président du Parlement au peuple, selon un communiqué du gouvernement.
Le projet de loi sera examiné par le procureur général avant d’être publié au Journal officiel et présenté au Parlement, a déclaré le ministre de la Justice, Ziyambi Ziyambi.
Les politiciens et analystes de l’opposition ont insisté sur le fait que le projet nécessiterait l’approbation des deux tiers des deux chambres du Parlement, majoritairement acquis à la Zanu-PF, ainsi qu’un référendum national.
L’« agenda 2030 » du parti au pouvoir est en préparation depuis des mois, ce qui a incité les dirigeants de l’opposition à promettre de « défendre la Constitution contre toute instrumentalisation ».
Les tentatives de manifester contre ce plan ont été réprimées violemment par la police, conduisant à l’emprisonnement de nombreuses personnes.
Un communiqué publié après la réunion du Conseil des ministres indique que les amendements adoptés « renforceront la stabilité politique et la continuité des politiques afin de permettre la mise en œuvre complète des programmes de développement ».
Parmi les autres dispositions figure l’autorisation donnée au président de nommer dix sénateurs supplémentaires, portant ainsi le nombre de sièges au Sénat à 90.
Instabilité
La limitation constitutionnelle à deux mandats présidentiels de cinq ans a été instaurée en 2013.
Mnangagwa a été élu pour un mandat de cinq ans en 2018 et réélu en 2023, mais il est accusé de laisser la corruption endémique profiter à ses partisans tout en bafouant les droits humains.
« Tout amendement ayant pour effet de prolonger le mandat d’un président en exercice devrait être soumis à référendum », a déclaré à l’AFP David Coltart, homme politique d’opposition, après la déclaration du gouvernement.
« Ils savent que s’ils tentent d’y parvenir, ils échoueront, alors ils feront tout leur possible pour empêcher la tenue d’un référendum », a affirmé M. Coltart, maire de Bulawayo, la deuxième ville du pays.
« Je suis persuadé que la Cour constitutionnelle leur donnera une justification juridique en rendant un arrêt stipulant qu’aucun référendum n’est requis », a-t-il ajouté.
Le professeur Lovemore Madhuku, défenseur de la démocratie, a déclaré que la décision du gouvernement était « totalement inacceptable » et risquait de provoquer de graves troubles dans l’ancienne colonie britannique.
« À notre connaissance, aucun référendum n’est prévu », a-t-il déclaré à l’AFP. « C’est une manière impensable de faire de la politique et… cela va engendrer une instabilité politique. »
« Il est clair que l’attaque contre le cadre démocratique du pays ne peut qu’exiger une réponse politique », a-t-il affirmé, prédisant une « lutte acharnée » à venir.
L’opposition zimbabwéenne, fragmentée et affaiblie après des années de répression, n’est jusqu’à présent pas parvenue à opposer une résistance significative au « programme 2030 ».
« C’est un jour triste pour le Zimbabwe », a déclaré l’avocat des droits de l’homme Paida Saurombe. « Voir la Constitution elle-même… mutilée d’un seul coup et à l’encontre même de son esprit est extrêmement triste », a-t-il ajouté.
« Les fondements de la nation sont attaqués par ceux qui devraient les protéger. »
Mnangagwa a présidé à l’effondrement de l’économie, marquée par l’hyperinflation et le chômage, et minée par des allégations de corruption et de népotisme.
Un journaliste ayant interviewé un vétéran de la guerre d’indépendance exigeant la démission de Mnangagwa a été arrêté en février de l’année dernière et détenu pendant plus de 70 jours, accusé d’incitation à la violence publique.




